Similitude des rochers tombant dans le lac
Leçons sur l'Épître de saint Paul aux Romains, leçon n° 10
Le récit
Un rocher se détache d'une montagne et tombe violemment dans un lac. L'eau s'ouvre, puis se referme en cercles concentriques qui s'élargissent, s'affaiblissent, « finiraient par s'apaiser et mourir sur la grève ». Un seul rocher, et le lac finit par redevenir un lac.
Mais les chutes se multiplient. Alors le danger augmente, et il augmente de deux façons à la fois : « en proportion du nombre et de la grosseur des rochers qui tombent dans l'eau ». Les vagues ne se calment plus, elles se rencontrent et s'ajoutent.
Au dernier degré, ce n'est plus un rocher qui tombe : c'est un pan entier de la montagne qui se détache. Il n'y a plus alors de cercles à compter — « une catastrophe a lieu », l'eau chassée du lit sort d'un coup et provoque « des inondations soudaines qui sèment la mort et la désolation ».
La morale
◆ Énoncée, mais pas par Jésus. Celui qui parle se présente comme « l'Auteur Très-Saint » ; il nomme le Père et le Christ à la troisième personne, et dans la leçon n° 16 le même locuteur se désigne lui-même : « moi, Esprit Saint ». L'application vient immédiatement après la dernière phrase de l'image, sans qu'un seul élément reste à traduire :
« Voilà décrit l'effet que provoquent les scandales de ceux qui “arborent le nom de Juif, se reposent sur la Loi, et se glorifient en Dieu”, …qui se glorifient par-dessus tout d'être “les ministres de Dieu”, mais ne sont pas guides pour les aveugles, ou lampes pour ceux qui cherchent la lumière. »
Leçons sur l'Épître de saint Paul aux Romains, leçon n° 10
Le reproche est celui de Paul, mot pour mot : ces hommes « enseignent aux autres mais pas à eux-mêmes », et leur vie est pleine des fautes qu'ils reprochent à leur troupeau. Le texte les nomme d'une double expression : « pasteurs-idoles », « pasteurs-mercenaires » — des hommes « qui ont décidé de considérer leur ministère comme un métier plutôt que comme une mission royale ». Ils ne sont pas des maîtres pour les petits, ils sont « confusion, désordre, crépuscule, négation ».
Suit la description précise de l'inondation. Les ennemis de Dieu se servent du scandale pour faire mépriser ses serviteurs ; et la remarque des païens des premiers siècles, qui les menait à la conversion — « Voyez comme ils s'aiment entre eux, et combien leurs prêtres sont parfaits » — se retourne dans la bouche des catholiques les plus fervents : « Regarde nos prêtres, regarde ce qu'ils font. Pire que nous ! S'ils étaient vraiment ministres d'un Dieu, Dieu ne ferait pas passer ces scandales. » De là au reste, la pente est courte : ils concluent que ce Dieu n'existe pas, qu'il n'y a pas de seconde vie, pas de sacrements. Trois mots ferment le passage : « La foi meurt. Meurt la Grâce et la Vie. »
Le destinataire n'est pas nommé — mais il est dans le tableau. La leçon dit « vous » et vise « religieux, prêtres, prophètes, voix de Dieu, élèves de Dieu ». Puis le chapitre bascule : Dieu, dit-il, prend « les Gentils », c'est-à-dire ceux qui ne sont pas ministres, ceux que les pasteurs arrogants « méprisent, persécutent et combattent parce qu'il leur paraît injuste qu'une brebis puisse savoir ce qu'eux-mêmes ne savent pas, et le savoir directement de Dieu ». Il en fait ses « annonciateurs », « une milice nombreuse ». Maria Valtorta n'est pas désignée, mais on lit ici, à la troisième personne, la description exacte de sa situation en 1948 — malade, laïque, contestée, écrivant sous dictée. C'est la seule consolation du chapitre, et elle est placée juste après l'inondation.
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
Les images s'enchaînent l'une dans l'autre. Juste avant le lac, trois comparaisons se suivent : la fissure dans un bateau, la bombe sous un édifice, le levier sous une roche. La troisième produit la quatrième — un levier glissé sous une roche, c'est précisément ce qui fait qu'un rocher se détache d'une montagne. La similitude du lac n'arrive donc pas de nulle part : elle est la suite en mouvement d'une image restée immobile, et le chapitre passe de la cause à l'effet sans le signaler.
La gravité se mesure à la propagation, pas à la faute. Rien dans l'image ne dit ce que pèse moralement chaque rocher. Le seul paramètre est physique : le nombre et la grosseur. C'est une manière très particulière d'évaluer le scandale — non par le péché commis, mais par la surface d'eau qu'il remue. Un pasteur médiocre y devient plus dangereux qu'un pécheur discret, sans que le texte ait besoin de comparer leurs consciences.
Le lac pardonne le premier rocher. C'est le détail le plus inattendu : la chute isolée est absorbée, les cercles meurent d'eux-mêmes sur la grève. L'image accorde donc à la foi des fidèles une capacité de digestion réelle. Ce qui la tue n'est pas l'accident, c'est la série — l'Église survit à un scandale, non à une suite de scandales. Peu de textes reconnaissent aussi tranquillement qu'un scandale unique puisse ne rien casser.
Personne ne pousse les rochers. Dans la similitude, aucune main n'intervient : les pierres se détachent seules, et la montagne d'où elles viennent est celle-là même sur laquelle l'Église est bâtie. Le désastre est présenté comme un phénomène interne, un effritement, non comme une attaque. Les ennemis de Dieu, dans la suite du texte, n'ont d'ailleurs pas d'autre rôle que d'« en profiter ». C'est un déplacement notable pour une page de 1948, écrite dans une Europe où l'Église se pensait volontiers assiégée du dehors.
Résonances bibliques
- Romains 2, 17-29 — le passage commenté, dont le chapitre cite trois fragments comme tels : « arborent le nom de Juif, se reposent sur la Loi, et se glorifient en Dieu » (v. 17), « enseignent aux autres mais pas à eux-mêmes » (v. 21), « à cause d'eux que le nom de Dieu est blasphémé parmi les nations » (v. 24).
- Isaïe 52, 5 — « à cause de vous, mon nom est blasphémé parmi les nations » : la source que Paul cite lui-même, et donc la citation d'une citation.
- Matthieu 18, 6-7 — « malheur à celui par qui le scandale arrive », et la meule au cou de celui qui scandalise un petit : la même eau, la même victime — « les petits du troupeau ».
- Ézéchiel 34, 1-10 — contre les pasteurs d'Israël qui se paissent eux-mêmes et laissent les brebis se disperser ; Dieu y annonce qu'il ira chercher son troupeau lui-même, ce que fait la fin du chapitre.
- Jean 10, 12-13 — le mercenaire, « à qui les brebis n'appartiennent pas », qui voit venir le loup et s'enfuit : le mot même de « pasteurs-mercenaires ».
- Luc 12, 47-48 — « à qui l'on a beaucoup donné, il sera beaucoup redemandé » : le principe qui justifie la rigueur annoncée envers ceux qui « en savent plus ».
Passages cités : Maria Valtorta, Leçons sur l'Épître de saint Paul aux Romains, chapitre 10 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.