Parabole du semeur
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 179
Le récit
Un semeur possède des champs de qualités très inégales — et l'inégalité vient de lui.
Certains, hérités de son père, ont été laissés à l'abandon et les ronces y ont prospéré. D'autres, il les a achetés tels quels à un homme incapable, sans creuser pour éprouver le sous-sol, sans savoir qu'un pavage de pierres s'y cache sous une mince couche de terre. D'autres encore, il les a coupés de sentiers pour s'épargner des détours. Seuls les derniers, ceux qui s'étendent devant sa maison et qu'il a sous les yeux, ont reçu tous ses soins.
Il prend sa meilleure semence et ensemence tout, indistinctement. Puis il rentre en se disant qu'il n'a plus qu'à attendre la récolte.
La moisson lui donne successivement la joie, la stupeur et le deuil. Près de la maison, une mer d'épis. Dans les champs hérités, quelques tiges sous un plafond de ronces qui a tout étouffé. Dans les champs achetés, un foin sec — il creuse, cherche des taupes, ne trouve que la caillasse où les racines n'ont pu descendre. Dans les champs à sentiers, rien : une poussière blanche, et une nuée d'oiseaux qui font la navette entre les chemins et le champ, ayant tout mangé jusqu'au dernier grain.
La morale
◐ Orientée par Jésus, mais non conclue — l'application est laissée à l'auditeur.
Jésus ne livre que la clé du symbole, et il le fait sur une formule d'ouverture, non de conclusion :
« Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. La semence, c'est la Parole : elle est la même pour tous. Les endroits où elle tombe sont vos cœurs. Que chacun en fasse l'application et comprenne. »
EMV 179.6
Le développement est délibérément différé : à l'apôtre qui l'interroge, il répond « Ce soir, je te l'expliquerai » (179.7), et c'est le soir même, dans la cuisine de Pierre, qu'il donnera l'explication détaillée des quatre terrains (chapitre 180). Devant la foule, la leçon reste donc à faire par chacun pour son propre compte.
Mais la réponse avait été donnée avant même la parabole, dans le discours qui l'introduit. Jésus venait d'expliquer pourquoi les païens et les pécheurs avancent plus vite sur sa route que les fils du peuple élu : ces derniers sont « incrustés comme des huîtres perlières » sur leur banc natal, « saturés, remplis, gonflés de leur sagesse » et incapables de rejeter le superflu pour accueillir le nécessaire — quand les autres, n'ayant aucun trésor à défendre, se défont joyeusement de leurs fardeaux.
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
Les terrains ont une histoire, et c'est celle d'un homme. C'est l'écart le plus net avec la version évangélique. Chez Matthieu, Marc et Luc, les quatre terrains sont un donné : le grain tombe où il tombe. Ici, chaque défaut est un acte — une négligence héritée et non corrigée, un achat conclu sans vérifier, une commodité qu'on s'est accordée. Les sentiers, en particulier, ne sont pas un accident du paysage : quelqu'un les a ouverts pour marcher moins. Le mauvais terrain cesse d'être un destin pour devenir un passif accumulé, ce qui déplace toute la parabole du terrain de la fatalité vers celui de la responsabilité — et, du même coup, ouvre la possibilité d'un travail.
Le semeur sait, et sème quand même. Il connaît l'état de ses champs, et il y répand la même semence, sa meilleure. Rien dans le récit ne suggère qu'il calcule son rendement. On peut y lire que la Parole n'est jamais distribuée à proportion des chances de succès.
L'image était déjà en place. Le matin, Pierre s'était plaint de ne rien retenir des enseignements, comparant sa mémoire à une rive que l'eau traverse sans y rien laisser. Jésus lui avait répondu qu'un jour il découvrirait que chaque vague y avait déposé une semence. La parabole prêchée quelques heures plus tard reprend cette image pour toute la foule.
Résonances bibliques
- Matthieu 13, 1-9 ; Marc 4, 1-9 ; Luc 8, 4-8 — les trois versions synoptiques, avec la même structure à quatre terrains et le même « que celui qui a des oreilles entende ». La comparaison des deux textes est ici particulièrement instructive, l'écart portant précisément sur l'origine des terrains.
- Isaïe 55, 10-11 — la parole qui ne revient pas sans avoir accompli sa mission, contrepoint exact des champs stériles.
Passages cités : Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 179 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.