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4Deuxième année de vie publiqueChapitre 179Jésus donne la clé du symbole mais laisse l'application à l'auditeur.Mt 13, 3-9 · Mc 4, 1-9 · Lc 8, 4-8×8

Parabole du semeur

Deuxième année de vie publique — Bethsaïde, depuis une barque écartée de quelques mètres du rivage pour que la foule puisse entendre sans presser. Le matin même, trois hommes se sont proposés de suivre Jésus, et il n'en a retenu que deux.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 179

Le récit

Un semeur possède des champs de qualités très inégales — et l'inégalité vient de lui.

Certains, hérités de son père, ont été laissés à l'abandon et les ronces y ont prospéré. D'autres, il les a achetés tels quels à un homme incapable, sans creuser pour éprouver le sous-sol, sans savoir qu'un pavage de pierres s'y cache sous une mince couche de terre. D'autres encore, il les a coupés de sentiers pour s'épargner des détours. Seuls les derniers, ceux qui s'étendent devant sa maison et qu'il a sous les yeux, ont reçu tous ses soins.

Il prend sa meilleure semence et ensemence tout, indistinctement. Puis il rentre en se disant qu'il n'a plus qu'à attendre la récolte.

La moisson lui donne successivement la joie, la stupeur et le deuil. Près de la maison, une mer d'épis. Dans les champs hérités, quelques tiges sous un plafond de ronces qui a tout étouffé. Dans les champs achetés, un foin sec — il creuse, cherche des taupes, ne trouve que la caillasse où les racines n'ont pu descendre. Dans les champs à sentiers, rien : une poussière blanche, et une nuée d'oiseaux qui font la navette entre les chemins et le champ, ayant tout mangé jusqu'au dernier grain.

La morale

◐ Orientée par Jésus, mais non conclue — l'application est laissée à l'auditeur.

Jésus ne livre que la clé du symbole, et il le fait sur une formule d'ouverture, non de conclusion :

« Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. La semence, c'est la Parole : elle est la même pour tous. Les endroits où elle tombe sont vos cœurs. Que chacun en fasse l'application et comprenne. »

EMV 179.6

Le développement est délibérément différé : à l'apôtre qui l'interroge, il répond « Ce soir, je te l'expliquerai » (179.7), et c'est le soir même, dans la cuisine de Pierre, qu'il donnera l'explication détaillée des quatre terrains (chapitre 180). Devant la foule, la leçon reste donc à faire par chacun pour son propre compte.

Mais la réponse avait été donnée avant même la parabole, dans le discours qui l'introduit. Jésus venait d'expliquer pourquoi les païens et les pécheurs avancent plus vite sur sa route que les fils du peuple élu : ces derniers sont « incrustés comme des huîtres perlières » sur leur banc natal, « saturés, remplis, gonflés de leur sagesse » et incapables de rejeter le superflu pour accueillir le nécessaire — quand les autres, n'ayant aucun trésor à défendre, se défont joyeusement de leurs fardeaux.

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Les terrains ont une histoire, et c'est celle d'un homme. C'est l'écart le plus net avec la version évangélique. Chez Matthieu, Marc et Luc, les quatre terrains sont un donné : le grain tombe où il tombe. Ici, chaque défaut est un acte — une négligence héritée et non corrigée, un achat conclu sans vérifier, une commodité qu'on s'est accordée. Les sentiers, en particulier, ne sont pas un accident du paysage : quelqu'un les a ouverts pour marcher moins. Le mauvais terrain cesse d'être un destin pour devenir un passif accumulé, ce qui déplace toute la parabole du terrain de la fatalité vers celui de la responsabilité — et, du même coup, ouvre la possibilité d'un travail.

Le semeur sait, et sème quand même. Il connaît l'état de ses champs, et il y répand la même semence, sa meilleure. Rien dans le récit ne suggère qu'il calcule son rendement. On peut y lire que la Parole n'est jamais distribuée à proportion des chances de succès.

L'image était déjà en place. Le matin, Pierre s'était plaint de ne rien retenir des enseignements, comparant sa mémoire à une rive que l'eau traverse sans y rien laisser. Jésus lui avait répondu qu'un jour il découvrirait que chaque vague y avait déposé une semence. La parabole prêchée quelques heures plus tard reprend cette image pour toute la foule.

Le texte évangélique

Traduction de l'abbé Augustin Crampon (1923), dans le domaine public. Les passages ci-dessous sont ceux dont la parabole valtortienne est le parallèle.

Matthieu 13, 3-9 — le semeur

3 et il leur dit beaucoup de choses en paraboles : — le semeur, dit-il, sortit pour semer.
4 Et pendant qu'il semait, des grains tombèrent le long du chemin, et les oiseaux du ciel vinrent et les mangèrent.
5 D'autres grains tombèrent sur un sol pierreux, où ils n'avaient pas beaucoup de terre, et ils levèrent aussitôt, parce que la terre était peu profonde.
6 Mais le soleil s'étant levé, la plante, frappée de ses feux et n'ayant pas de racine, sécha.
7 D'autres tombèrent parmi les épines, et les épines crûrent et les étouffèrent.
8 D'autres tombèrent dans la bonne terre, et ils produisirent du fruit, l'un cent, un autre soixante, et un autre trente.
9 Que celui qui a des oreilles entende ! "

Marc 4, 1-9 — le semeur

1 Jésus se mit de nouveau à enseigner au bord de la mer. Une si grande foule s'assembla auprès de lui, qu'il monta et s'assit dans la barque, sur la mer, et toute la foule était à terre le long du rivage.
2 Et il leur enseignait beaucoup de choses en paraboles, et il leur disait dans son enseignement :
3 " Ecoutez. — Le semeur sortit pour semer.
4 Et comme il semait, des grains tombèrent le long du chemin, et les oiseaux vinrent et les mangèrent.
5 D'autres tombèrent sur un sol pierreux, où ils n'avaient pas beaucoup de terre ; ils levèrent aussitôt, parce que la terre était peu profonde.
6 Mais le soleil s'étant levé, la plante, frappée de ses feux et n'ayant point de racine, sécha.
7 D'autres grains tombèrent parmi les épines ; et les épines montèrent et les étouffèrent, et il ne donnèrent point de fruit.
8 D'autres tombèrent dans la bonne terre ; montant et croissant, ils donnèrent leur fruit et rapportèrent l'un trente pour un, l'autre soixante et l'autre cent. "
9 Et il ajouta : " Que celui qui a des oreilles, entende bien. "

Luc 8, 4-8 — le semeur

4 Une grande foule s'étant amassée, et des gens étant venus à lui de diverses villes, Jésus dit en parabole :
5 " Le semeur sortit pour répandre sa semence ; et pendant qu'il semait, une partie tomba le long du chemin, et elle fut foulée aux pieds, et les oiseaux du ciel la mangèrent.
6 Une autre partie tomba sur la pierre, et, aussitôt levée, elle sécha, parce qu'elle n'avait pas d'humidité.
7 Une autre partie tomba parmi les épines, et les épines croissant avec elle l'étouffèrent.
8 Une autre partie tomba dans la bonne terre, et ayant levé, elle donna du fruit au centuple. " Parlant ainsi, il disait à haute voix : " Que celui qui a des oreilles entende bien. "

L'écart avec l'Évangile

L'ampleur

La parabole seule tient en 687 caractères chez Matthieu, 660 chez Luc ; l'EMV la développe en 5 520 — huit fois plus. Scène complète, du moment où l'on quitte la maison de Pierre jusqu'à la clé du symbole : 8 972 caractères contre les 1 028 de Marc 4, 1-9, qui est la seule des trois versions à camper le décor.

La scène

Matthieu ne situe rien : « le semeur, dit-il, sortit pour semer ». C'est Marc que l'Œuvre suit — « il monta et s'assit dans la barque, sur la mer, et toute la foule était à terre le long du rivage » devient une manœuvre motivée, et la raison est acoustique : « Pierre a soin d'éloigner la barque à quelques mètres du rivage de façon que tous puissent entendre la voix de Jésus, mais en laissant un peu d'espace entre lui et les auditeurs. »

Le lieu. On est à Bethsaïde, où l'on vient d'arriver de Capharnaüm en barque ; les « gens étant venus à lui de diverses villes » de Luc 8, 4 sont ici ceux qui ont suivi les barques depuis l'autre rive.

L'origine. Jésus dit lui-même d'où lui vient la parabole : « De Capharnaüm à ici, j'ai réfléchi à ce que j'allais vous dire. Et j'ai trouvé des indications dans les événements de la matinée. » Ces événements sont les trois hommes venus se proposer, dont deux ont été retenus, et la plainte de Pierre sur sa mémoire qui ne garde rien.

L'appel à écouter. Enfin le « Ecoutez. » qui n'appartient qu'à Marc (4, 3) est bien là, mais prolongé en annonce de programme : « Ecoutez, et peut-être comprendrez-vous mieux comme peuvent être différents les fruits d'un même travail. »

Ce qui est ajouté

Le semeur de Crampon n'a ni maison, ni champs, ni passé : il « sortit pour semer », et l'on n'en saura pas davantage. Celui de l'Œuvre possède « de nombreux champs, de différentes sortes », et chacun des quatre porte la marque d'une décision. Là où Matthieu écrit « D'autres tombèrent parmi les épines », l'EMV écrit : « Certains étaient un héritage de son père et la négligence y avait laissé proliférer les plantes épineuses ». Là où Matthieu écrit « sur un sol pierreux, où ils n'avaient pas beaucoup de terre », l'EMV : « il les avait achetés tels quels à un homme incapable et les avait laissés en l'état ». Là où Matthieu écrit « le long du chemin », l'EMV : « cet homme recherchait toujours ce qui est le plus commode et il ne voulait pas faire beaucoup de détours pour aller d'un endroit à l'autre ».

Le mobile est fourni quatre fois sur quatre, car la bonne terre en reçoit un elle aussi, et qui n'est pas très glorieux : il y a « consacré tous ses soins pour avoir une vue agréable devant sa maison ».

Les aveux du propriétaire. Il se met d'ailleurs en cause lui-même à la moisson — « J'ai été négligent à cet endroit », puis le regret de n'avoir pas « creusé et testé le fond avant d'acquérir ces champs comme un bon terrain », puis l'aveu « J'y ai ouvert les chemins ». Trois échecs, trois aveux.

S'y ajoute une compétence d'agriculteur dont Crampon n'a rien. Les épines ne repoussent pas d'elles-mêmes : la charrue les a coupées, et c'était le piège — « elles paraissaient avoir disparu, mais elles étaient toujours là car seul le feu, cette destruction radicale des mauvaises plantes, les empêche de renaître ».

Le sol pierreux. Il n'est pas mince par nature, il est mal préparé : les pierres n'ont pas été ôtées et « y formaient un pavage dur dans lequel les racines tendres ne pouvaient pénétrer », sous un peu de terre qui « n'était qu'un trompe-l'œil ».

Les sentiers. Ils ne se contentent pas d'être stériles, ils salissent : ils « y amenaient la crasse de poussières arides sur la terre fertile ».

Le retour à la moisson. Le semeur, enfin, y revient, ce que Crampon ne lui fait pas voir : il « déchira ses vêtements de douleur » et « tomba sur le sol en gémissant ».

Ce qui est changé

Quatre divergences.

La première : un renversement de mécanique. Chez Matthieu et Marc, le grain du sol pierreux lève « aussitôt » et meurt d'un coup : « Mais le soleil s'étant levé, la plante, frappée de ses feux et n'ayant pas de racine, sécha » ; chez Luc, « aussitôt levée, elle sécha, parce qu'elle n'avait pas d'humidité ». Dans l'EMV il n'y a ni soleil ni manque d'eau, et surtout pas de mort rapide : le blé y pousse longtemps et bien, et c'est le propriétaire lui-même qui le constate — « Pourtant, le blé avait poussé, dru et beau ! On le voit aux feuilles bien formées et nombreuses. Alors pourquoi tout est-il mort sans faire d'épis ? » L'échec ne se déclare qu'à l'épiaison. La logique du récit l'exige : si la faute est dans le labour, elle doit rester invisible longtemps.

Deuxième : les oiseaux. Chez les trois évangélistes ils mangent le grain tombé sur le chemin, et rien d'autre ; le champ voisin n'est pas en cause. Ici, les sentiers servent de tête de pont : les oiseaux « avaient mangé d'abord le grain tombé sur les chemins, puis celui du champ jusqu'au dernier grain ». Or ce champ ravagé est une bonne terre, et le texte y insiste — « Il n'y a là ni épines ni pierres, car ce sont nos champs », un fonds que trois générations ont rendu fertile. Le seul rendement nul de la parabole valtortienne frappe donc le meilleur des terrains après celui de la maison, uniquement parce qu'on l'a traversé.

Troisième : les chiffres. Matthieu en fait trois degrés de la bonne terre : « D'autres tombèrent dans la bonne terre, et ils produisirent du fruit, l'un cent, un autre soixante, et un autre trente. » L'EMV garde l'ordre décroissant de Matthieu — Marc monte de trente à cent, Luc n'a que « au centuple » — mais il les répartit entre des champs différents : « Ainsi l'ensemencement, le même pour tous les champs, avait donné là-bas cent pour un, ailleurs soixante ou trente, et ici rien. » Les mauvais terrains rendent donc quelque chose, ce que Marc 4, 7 refuse expressément aux épines : « et il ne donnèrent point de fruit ». De fait, sous les ronces, « seuls quelques rares épis avaient pu lever ».

Quatrième : l'ordre. Matthieu va du pire au meilleur et s'arrête sur le fruit ; l'Œuvre sème d'abord dans la bonne terre et moissonne à rebours — la maison, les ronces, les pierres, les sentiers —, pour finir sur « Ici, il n'y avait rien, absolument rien » et sur un homme prosterné en larmes. Le lecteur de Matthieu est laissé sur le centuple, celui de Valtorta sur le zéro.

Ce qui tombe

Le soleil de Matthieu 13, 6 et de Marc 4, 6 disparaît du récit, et avec lui la seule cause extérieure que les synoptiques donnaient à la stérilité — la logique de la parabole valtortienne l'exige, puisque la faute est dans le labour et doit rester invisible longtemps. Il n'est pas perdu pour autant : il revient intact le lendemain, dans l'explication du chapitre 180, « Le soleil échauffe les sillons et brûle les petites plantes » (180.6). Les deux causes de Matthieu, celle de l'image et celle du sens, sont donc conservées, mais échangées de place. Disparaissent aussi les deux détails propres à Luc, « elle fut foulée aux pieds » (8, 5) et « parce qu'elle n'avait pas d'humidité » (8, 6). Et le « beaucoup de choses en paraboles » de Matthieu 13, 3 n'a pas d'équivalent : ce jour-là, il n'y en a qu'une.

La pointe

Matthieu conclut sur une convocation sans clé : « Que celui qui a des oreilles entende ! » L'Œuvre donne la clé sur-le-champ, et à la foule — « La semence, c'est la Parole : elle est la même pour tous. Les endroits où elle tombe sont vos cœurs » —, ce que Matthieu réserve à l'explication privée des disciples ; mais elle retire aussitôt l'application, « Que chacun en fasse l'application et comprenne », et à Pierre qui insiste répond « Ce soir, je te l'expliquerai. »

Une clé incomplète. Elle nomme la semence et les terrains, jamais le propriétaire. Or c'est lui qui a fait les terrains ce qu'ils sont ; si les terrains sont « vos cœurs », l'homme négligent ne peut être que l'auditeur, et la parabole du semeur devient celle d'un mauvais propriétaire.

Ce qui l'a provoquée. La parabole ne tombe pas non plus de nulle part comme chez Matthieu : elle répond à une question posée juste avant elle, celle des fils d'Israël « saturés, remplis, gonflés de leur sagesse » qui reçoivent moins bien que les païens.

Trop tard. Chez Matthieu le terrain est ce qu'il est ; ici il est ce qu'on en a fait — et le récit prend soin d'ajouter qu'il est trop tard : « Mais c'était désormais trop tard et ses regrets étaient inutiles. »

Ampleur ×8 — Écarts : amplifiée · mobile ajouté · détail technique · pointe déplacée · prolongée

Résonances bibliques

  • Matthieu 13, 1-9 ; Marc 4, 1-9 ; Luc 8, 4-8 — les trois versions synoptiques, avec la même structure à quatre terrains et le même « que celui qui a des oreilles entende ». La comparaison des deux textes est ici particulièrement instructive, l'écart portant précisément sur l'origine des terrains.
  • Isaïe 55, 10-11 — la parole qui ne revient pas sans avoir accompli sa mission, contrepoint exact des champs stériles.
Parabole du semeur — Les paraboles de Jésus