Toutes les paraboles
5Deuxième année de vie publiqueChapitre 180Non déterminé.Mt 13, 10-23×4

Explication de la parabole du semeur — et pourquoi les paraboles

Deuxième année de vie publique — Le soir du même jour, dans la cuisine de Pierre à Bethsaïde, après un long repas et une discussion entre apôtres sur la manière dont on peut connaître Dieu. Pierre réclame l'explication promise le matin.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 180

La question posée

Ce chapitre n'est pas une parabole mais sa clé — et il en donne deux : celle du semeur, et celle du procédé parabolique lui-même. Les apôtres formulent la seconde très directement : pourquoi leur parles-tu en paraboles ?

Les deux explications

● Entièrement explicites. Ce chapitre est l'un des rares où Jésus commente sa propre méthode.

Pourquoi des paraboles. Parce que tous ne peuvent recevoir davantage que ce qui est dit ; aux apôtres, il est donné plus, car ils doivent connaître le mystère pour le transmettre. Suit la formule décisive :

« Je leur parle en paraboles pour que, en voyant, ils découvrent seulement ce qu'éclaire leur volonté d'adhésion à Dieu. »

EMV 180.5

La prophétie d'Isaïe sur les oreilles dures et les yeux fermés est citée dans la foulée, et l'on remarquera que le motif est ici la bonne volonté absente, non un décret d'aveuglement.

Les quatre champs. Chacun reçoit son âme.

Les champs fertiles : les âmes honnêtes, préparées par leur travail propre et par un véritable apôtre. Jésus s'interrompt pour distinguer les faux — ceux qui, par intransigeance, hâte, reproches et menaces, « éloignent pour toujours de Dieu », et ceux qui, à l'inverse, font pourrir la semence « par un arrosage continuel de bienveillance déplacée ».

Les champs épineux : les intérêts personnels que l'incurie a laissés proliférer. C'est ici que revient l'image des fourmis, sous une forme cette fois inquiétante — celles qui envahissent une maison, contournent chaque défense, reviennent toujours, et qu'aucune victoire ne dispense de surveiller.

Les champs pierreux : les « fils des lois », dont l'âme est pavée de la caillasse des préceptes humains empilés sur la Loi unique. Ils reçoivent la parole avec joie, mais une crainte suffit à la tarir, faute de racine.

Les champs à sentiers : les mondains, dont le confort est la loi. Les oiseaux y figurent la dissipation, qui dévore tout sur un terrain ouvert de toutes parts.

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

La difficulté classique est ici retournée. Le verset de Marc 4, 12 — Jésus parlant en paraboles « pour qu'ils ne se convertissent pas » — a embarrassé les commentateurs depuis toujours, puisqu'il semble faire de l'obscurité un moyen d'exclusion. La formulation de ce chapitre lève l'objection en déplaçant la cause : la parabole ne voile pas, elle révèle à la mesure de ce que le regard consent à recevoir. L'obscurité vient de l'œil, non du récit. Si l'on ne devait retenir qu'une page de tout le corpus pour comprendre comment lire les cinquante-trois autres paraboles, ce serait celle-ci.

Une catégorie absente de l'Évangile. L'insertion sur les faux apôtres n'a pas d'équivalent dans les versions synoptiques, et elle est sévère : la dureté et la mollesse y sont mises sur le même plan, comme deux façons de tuer une âme. Le reproche adressé aux seconds — dévitaliser ceux dont ils s'occupent à force de bienveillance — est le plus inattendu des deux.

Les fourmis retournées. Au chapitre 91, leur ténacité illustrait la force de l'unité ; elles reviennent ici pour figurer l'obstination du mal à revenir après chaque éradication. La même observation naturelle sert deux fois, en sens contraire — ce qui dit assez que l'image, chez Valtorta, ne vaut jamais par elle-même mais par ce qu'on lui fait porter.

Le contraste final. Le chapitre ne s'achève pas sur la doctrine : on frappe à la porte, et Jean annonce que le Baptiste a été capturé — livré par l'un de ses propres disciples, qui s'est servi du nom de Jésus pour l'attirer hors de son refuge. La théorie des quatre terrains reçoit sa vérification la plus sombre dans la minute qui suit son exposé.

Le texte évangélique

Traduction de l'abbé Augustin Crampon (1923), dans le domaine public. Les passages ci-dessous sont ceux dont la parabole valtortienne est le parallèle.

Matthieu 13, 10-23 — l'explication du semeur, et pourquoi les paraboles

10 Alors ses disciples s'approchant lui dirent : " Pourquoi leur parlez-vous en paraboles ? "
11 Il leur répondit : " A vous, il a été donné de connaître les mystères du royaume des cieux ; mais à eux, cela n'a pas été donné.
12 Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance ; mais à celui qui n'a pas, on ôtera même ce qu'il a.
13 C'est pourquoi je leur parle en paraboles, parce qu'en voyant, ils ne voient pas, et qu'en entendant, ils n'entendent ni ne comprennent.
14 Pour eux s'accomplit la prophétie d'Isaïe : " Vous entendrez de vos oreilles et vous ne comprendrez point ; vous verrez de vos yeux, et vous ne verrez point.
15 Car le cœur de ce peuple s'est appesanti ; ils ont endurci leurs oreilles et fermé leurs yeux : de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n'entendent, que leur cœur ne comprenne, qu'ils ne se convertissent et que je ne les guérisse. "
16 Pour vous, heureux vos yeux parce qu'ils voient, et vos oreilles parce qu'elles entendent !
17 Je vous le dis en vérité, beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu ; entendre ce que vous entendez, et ne l'ont pas entendu.
18 Vous donc, écoutez ce que signifie la parabole du semeur :
19 " Quiconque entend la parole du royaume et ne la comprend pas, le Malin vient, et il enlève ce qui a été semé dans son cœur : c'est le chemin qui a reçu la semence.
20 Le terrain pierreux où elle est tombée, c'est celui qui entend la parole et la reçoit aussitôt avec joie :
21 mais il n'y a pas en lui de racines ; il est inconstant ; dès que survient la tribulation ou la persécution à cause de la parole, aussitôt il succombe.
22 Les épines qui ont reçu la semence, c'est celui qui entend la parole ; mais les sollicitudes de ce siècle et la séduction des richesses étouffent la parole, et elle ne porte point de fruit.
23 La bonne terre ensemencée, c'est celui qui entend la parole et la comprend ; il porte du fruit, et donne l'un cent, un autre soixante, un autre trente pour un. "

L'écart avec l'Évangile

L'ampleur

Crampon tient en 1 972 caractères ce que l'EMV développe en 8 094 — quatre fois plus. Mais le rapport n'est pas le même des deux côtés du texte. Le passage sur le pourquoi des paraboles (versets 10-17) passe de 1 137 à 2 675 caractères, deux fois et demie ; l'explication des quatre terrains (versets 18-23) passe de 834 à 5 405, six fois et demie. C'est l'application que l'Œuvre gonfle, pas la théorie.

La scène

Chez Matthieu, la question n'a ni heure ni lieu : « Alors ses disciples s'approchant lui dirent ». Ici c'est le soir, dans la cuisine de Pierre à Bethsaïde, les plats et les amphores encore en désordre sur la table, la femme de Pierre dans son coin qui écoute.

D'où vient la question. Elle ne surgit pas d'un aparté au bord du lac : elle clôt une dispute entre apôtres sur la manière de connaître Dieu — Pierre sur la tour de Babel, Simon le Zélote sur « le Dieu immanent », Judas qui crie à l'hérésie, Jude qui tranche : « Les fils des lois, mais pas de la Loi. »

Une récompense réclamée. L'explication n'est même pas demandée, elle est réclamée comme un dû : Jésus vient de louer Pierre devant tous, et Pierre en profite — « Eh bien, alors, donne-moi la récompense. La parabole de ce matin… »

Le fil tient jusqu'au bout. Quand Jésus arrive au terrain pierreux, il reprend la formule de son frère, « comme l'a relevé très justement mon frère Jude ». L'explication est cousue à la conversation qui l'a précédée, elle ne pourrait pas être dite ailleurs.

Ce qui est ajouté

Là où Crampon écrit « Vous donc, écoutez ce que signifie la parabole du semeur », l'EMV donne d'abord une consigne de méthode : « Demandez si vous ne comprenez pas l'esprit de la parabole. »

Pourquoi les prophètes n'ont pas vu. Au verset 17, ils ont désiré voir et n'ont pas vu, sans qu'on dise pourquoi ; ici la raison est fournie — la lumière prophétique s'éteint, et les paroles reçues restent « comme des charbons éteints, même pour le saint qui les avait reçues », l'incapacité de comprendre les enserrant « comme les bandelettes d'une momie ».

Une promesse à Pierre. Suit une promesse personnelle qui n'a aucun équivalent canonique dans ce passage : « Un jour viendra où tu retrouveras tout ce que je t'ai donné », et la lumière viendra sur lui d'une union qui « rendra infaillible ton enseignement sur ce qui concerne le Royaume de Dieu ».

Les faux apôtres. Dans l'explication des terrains, l'ajout massif est une cinquième catégorie qui n'est pas un terrain : les faux apôtres, « plus meurtriers pour les volontés en formation que les oiseaux, les épines et les pierres », en deux espèces — les durs, et ceux qui font pourrir la semence « par un arrosage continuel de bienveillance déplacée ».

Trois autres ajouts. S'ajoutent les païens qui donnent cent pour cent, la parenthèse des fourmis avec sa mécanique domestique (« La femme met le repas dans la crédence : elles passent par la serrure. »), et une agronomie que Matthieu n'a pas : sur le sol pavé de préceptes, « L'eau fait pourrir la semence parce qu'elle stagne sur les pavés des sillons. »

Ce qui est changé

Six désaccords, dont un central.

Le verset 11. Il pose un partage net — « mais à eux, cela n'a pas été donné » — que l'EMV remplace par une différence de degré et de fonction : « Parce qu'il n'est pas accordé à tous de comprendre plus que ce que j'explique », et aux apôtres « il est donné beaucoup plus car vous devez connaître le mystère ».

Le verset 12. Il change de critère : Crampon donne « à celui qui a » ; l'EMV donne à celui qui a donné — « Ainsi, à celui qui a donné on donnera, et en abondance. » L'avoir devient un avoir donné.

Le verset 13, le point capital. Crampon fait de l'aveuglement la cause de la parabole : « je leur parle en paraboles, parce qu'en voyant, ils ne voient pas ». L'EMV en fait une fin, et une fin positive : « Je leur parle en paraboles pour que, en voyant, ils découvrent seulement ce qu'éclaire leur volonté d'adhésion à Dieu ». La parabole n'est plus donnée à des yeux fermés, elle est calibrée sur ce que l'œil consent à ouvrir.

La citation d'Isaïe. Elle suit — et elle est encadrée : devant, « Leur âme est privée de bonne volonté » ; derrière, la béatitude des yeux qui voient reçoit une cause que Matthieu ne lui donne pas, « en raison de votre bonne volonté ! ».

Deux détails de la citation elle-même. Crampon place la perte au niveau du sens — « vous ne comprendrez point » ; l'EMV la place plus tôt, au niveau de l'écoute — « Vous écouterez avec vos oreilles et vous n'entendrez pas. » Et surtout, la chaîne du verset 15, où tout est nié jusqu'au bout (« de peur que … qu'ils ne se convertissent et que je ne les guérisse »), s'arrête de nier une phrase plus tôt : « pour ne pas comprendre avec leurs cœurs et ne pas se convertir afin que je les guérisse ». La guérison, dans l'Œuvre, n'est pas ce qu'on refuse ; elle reste offerte au bout d'une conversion qui, elle, n'a pas lieu.

L'ordre des quatre terrains. Il est exactement retourné. Matthieu va du chemin à la bonne terre ; l'EMV va des champs fertiles aux champs à sentiers. Le chiffre du rendement change avec lui : Crampon dit « l'un cent, un autre soixante, un autre trente pour un », une multiplication ; l'EMV dit « ici cent pour cent, plus loin soixante, ailleurs encore trente pour cent », une proportion. Cent fois la semence devient la totalité de la semence.

Le diagnostic de chaque terrain. La bonne terre, chez Matthieu, est « celui qui entend la parole et la comprend » — un rapport à deux, l'homme et le mot. Ici ce sont « les âmes honnêtes, les âmes de bonne volonté, préparées par leur travail personnel et par celui d'un apôtre » : un tiers entre, et de ce tiers dépend la récolte, ce qui est précisément la raison pour laquelle la digression sur les faux apôtres a sa place ici et nulle part ailleurs.

Le terrain pierreux. Il ne succombe plus « dès que survient la tribulation ou la persécution à cause de la parole » : il suffit de la peur d'une persécution, formulée en calcul — « Il suffit de la crainte de représailles humaines, il suffit d'une réflexion : “ Mais après cela ? Que me feront les puissants ? ” ».

Le chemin. Chez Matthieu, c'est celui qui « entend la parole du royaume et ne la comprend pas » ; ici c'est le mondain, dont « Leur confort est leur loi, la jouissance est leur but. » L'incompréhension devient un choix de vie.

Les épines. Seules elles restent quasi littérales : « Les soucis mondains, la duperie des richesses créent cet enchevêtrement » répond mot pour mot aux « sollicitudes de ce siècle » et à « la séduction des richesses ».

Ce qui tombe

Peu de choses, mais elles se ressemblent. La phrase d'exclusion pure du verset 11 disparaît, et avec elle la proposition causale du verset 13. Le mot même de semeur tombe : « Vous donc, écoutez ce que signifie la parabole du semeur » devient « Maintenant, écoutez l'esprit de la parabole. » Tombent aussi l'inconstance du verset 21 et la persécution réelle, et l'enlèvement de la semence par le Malin au verset 19 — le Malin subsiste, mais assimilé à autre chose et rejeté à la dernière ligne : « L'esprit du monde – c'est-à-dire du Malin – dévore et détruit toute semence ».

Le dehors. Il tombe enfin : chez Matthieu la foule est encore là, au bord de la mer, et l'explication est un aparté au milieu d'un jour public. Ici la journée est finie, la porte est fermée, il n'y a plus personne à qui l'on parlerait en paraboles.

La pointe

Matthieu finit sur la moisson : le dernier mot du chapitre est « il porte du fruit », cent, soixante, trente. L'ordre retourné fait que l'EMV finit sur l'inverse — le terrain le plus stérile, « ouvert à toutes les sensualités et à toutes les légèretés ».

Sur la question des paraboles. Le déplacement est du même ordre : Matthieu clôt sur un privilège reçu, les yeux heureux de voir ce que les prophètes n'ont pas vu ; l'EMV clôt sur un différé, la promesse que Pierre retrouvera plus tard ce qu'il ne retient pas aujourd'hui. Le mystère n'est pas réservé à quelques-uns, il est ajourné.

La suite du chapitre. Et il ne s'arrête pas là. On frappe à la porte, Jean entre couvert de poussière : le Baptiste a été pris, trahi par l'un de ses propres disciples, qui l'a fait sortir de sa cachette en lui disant que le Messie était mourant et voulait le voir — « Il ne serait pas sorti de son refuge pour un autre que toi… ». La théorie des quatre terrains est vérifiée dans la minute qui suit son exposé, et c'est le pire des quatre qui la vérifie.

Ampleur ×4 — Écarts : amplifiée · mobile ajouté · détail technique · pointe déplacée · prolongée

Résonances bibliques

  • Matthieu 13, 18-23 ; Marc 4, 13-20 ; Luc 8, 11-15 — les explications synoptiques du semeur.
  • Matthieu 13, 10-17 ; Marc 4, 10-12 — le passage sur le pourquoi des paraboles, avec la citation d'Isaïe 6, 9-10 et la béatitude des yeux qui voient.
Explication de la parabole du semeur — Pourquoi les paraboles ? — Les paraboles de Jésus