Parabole du bon grain et de l'ivraie
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 181
Le récit
Un propriétaire ensemence son champ d'un grain trié, sans mélange. La nuit, pendant que la maison dort, un adversaire passe entre les sillons, y jette de l'ivraie et disparaît. Personne ne remarque rien.
L'hiver fait son œuvre de pluie et de gel ; à la levée, toutes les pousses se ressemblent. C'est plus tard, quand les grains se forment, que la tromperie devient visible : des vrilles fines et tenaces se sont enroulées autour du blé.
Les serviteurs demandent des comptes sur la semence. Le maître la garantit, réfléchit, conclut qu'on a voulu lui nuire. Ils proposent de désherber sillon par sillon ; il refuse, parce qu'on arracherait le bon avec le mauvais. Sa consigne : tout laisser croître jusqu'à la moisson, puis faucher indistinctement — la sécheresse aura alors rendu les vrilles cassantes et les épis durs, et le tri sera possible sans dommage. L'ivraie liée à part sera brûlée, et sa cendre servira d'engrais ; le grain ira au grenier. L'ennemi n'y aura rien gagné.
La morale
● Énoncée par Jésus lui-même.
Devant la foule, il l'applique à l'intérieur de chacun : l'Ennemi sème dans les cœurs, il faut veiller, et trier soi-même — car la farine d'ivraie rend le pain amer et malfaisant. La question est posée sans détour :
« Le sort de l'ivraie, c'est de brûler. Voulez-vous brûler ou devenir citoyens du Royaume ? »
EMV 181.3
La foule partie, Jésus donne aux siens deux autres niveaux. Le premier est le sens universel que rapporte Matthieu : le champ est le monde, les semences sont les fils du Royaume et ceux du Malin, la moisson est la fin du monde et les moissonneurs les anges.
Le second est propre au chapitre : il répond à une inquiétude née la veille — y a-t-il donc des traîtres parmi les disciples ?
« Il peut y en avoir. Il y en a certainement. »
EMV 181.5
Il corrige alors sa propre image : les disciples ne sont pas la semence mais autant de champs, cultivés sans relâche — et surtout ouverts, sans clôture, placés au milieu du monde. Aussi n'y pousse-t-il pas que de l'ivraie : les orties sont les caractères venimeux, le chiendent les parasites qui épuisent le maître, le liseron ceux qui ne s'élèvent qu'en s'appuyant sur autrui, la cuscute ceux qui blessent en s'accrochant, la ciguë enfin — jolie, avec ses baies colorées — les disciples criminels, que leur beauté même rend indétectables. D'où cette phrase, centre de gravité du chapitre :
« Les bons croient les autres aussi bons qu'eux-mêmes ! »
EMV 181.5
Pourquoi ne pas chasser un tel disciple ? Parce que ce serait inutile : chassé, il resterait ennemi, et le deviendrait davantage.
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
Un récit, trois auditoires. Le même apologue reçoit une lecture morale pour la foule, une lecture eschatologique pour l'histoire du monde, une lecture institutionnelle pour le groupe apostolique — et l'ordre n'est pas indifférent : on commence par le cœur de l'auditeur, on finit par le cercle des intimes.
La dernière page. L'exposé achevé, deux apôtres objectent que la faute du disciple s'en trouve allégée : Matthieu, puis Judas, qui pousse l'argument en observant que Dieu permet le mal et s'en sert. La réponse est brève — le discernement existe, donc la liberté aussi. Valtorta ne commente pas cette distribution des répliques ; il est difficile de n'y pas voir une signature.
Le texte évangélique
Traduction de l'abbé Augustin Crampon (1923), dans le domaine public. Les passages ci-dessous sont ceux dont la parabole valtortienne est le parallèle.
Matthieu 13, 24-30, 36-43 — le bon grain et l'ivraie
24 Il leur proposa une autre parabole, en disant : " Le royaume des cieux est semblable à un homme qui avait semé de bon grain dans son champ.
25 Mais, pendant que les hommes dormaient, son ennemi vint et sema de l'ivraie au milieu du froment, et s'en alla.
26 Quand l'herbe eut poussé et donné son fruit, alors apparut aussi l'ivraie.
27 Et les serviteurs du père de famille vinrent lui dire : Seigneur, n'avez-vous pas semé de bon grain dans votre champ ? D'où vient donc qu'il s'y trouve de l'ivraie ?
28 Il leur répondit : C'est un ennemi qui a fait cela. Les serviteurs lui dirent : Voulez-vous que nous allions la cueillir ?
29 Non, leur dit-il, de peur qu'avec l'ivraie vous n'arrachiez aussi le froment.
30 Laissez croître l'un et l'autre jusqu'à la moisson, et au temps de la moisson je dirai aux moissonneurs : Cueillez d'abord l'ivraie, et liez-la en gerbes pour la brûler, et amassez le froment dans mon grenier. "
36 Puis, ayant renvoyé le peuple, il revint dans la maison ; ses disciples s'approchèrent et lui dirent : " Expliquez-nous la parabole de l'ivraie dans le champ. "
37 Il répondit : " Celui qui sème le bon grain, c'est le Fils de l'homme ;
38 le champ, c'est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du royaume ; l'ivraie, les fils du Malin ;
39 l'ennemi qui l'a semé, c'est le diable ; la moisson, la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges.
40 Comme on cueille l'ivraie et qu'on la brûle dans le feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde.
41 Le Fils de Dieu enverra ses anges, et ils enlèveront de son royaume tous les scandales, et ceux qui commettent l'iniquité,
42 et ils les jetteront dans la fournaise ardente : c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents.
43 Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Que celui qui a des oreilles entende !
L'écart avec l'Évangile
L'ampleur
Le récit tient en 905 caractères chez Crampon, en 2 225 dans l'EMV — deux fois et demie plus. L'explication aux disciples : 886 contre 2 232, exactement le même rapport. Les deux morceaux canoniques réunis, 1 791 contre 5 423 — trois fois. Mais l'essentiel du chapitre n'a pas de répondant du tout : la morale adressée à la foule (773 caractères) et le troisième sens réservé aux apôtres (6 258) sont sans parallèle. Le discours entier fait 12 499 caractères, sept fois Matthieu.
La scène
Crampon ne dit que « Il leur proposa une autre parabole » : une parmi une série, sans lieu ni date ni motif. Ici, on est à Chorazeïn au lendemain de l'arrestation de Jean-Baptiste ; Pierre a détourné les barques à la vue de celle d'un pharisien pour éviter Capharnaüm, et il est parti en reconnaissance avec trois autres ; « la foule s'attroupe dans le petit jardin de la maison d'Elie » et Jésus, bien qu'il « n'ait guère envie de parler, affligé comme il l'est par la capture de Jean-Baptiste », cède. Il vient de guérir la fille d'une bergère.
Le choix de l'image. Et il choisit sa parabole sur la saison qu'il a sous les yeux : « En cette belle période où les épis de blés se forment, je veux vous proposer une parabole empruntée au grain de blé. »
Le second auditoire. Il n'est pas non plus celui de Matthieu : non pas « ses disciples » dans la maison, mais « les huit apôtres, plus Elie, son frère, sa mère et le vieil Isaac » — le collège est incomplet, et des laïcs y sont admis.
Ce qui est ajouté
Un calendrier agricole, là où Crampon dit seulement « Quand l'herbe eut poussé et donné son fruit » : « L'hiver vint, apportant pluies et givre », le grain germe « A la fin du mois de Tébet », puis viennent Shebat et Adar.
Une raison à l'invisibilité du mal : « Dans leur enfance innocente, elles paraissaient toutes semblables. »
Une morphologie à l'ivraie, qui explique pourquoi on ne peut la retirer — elle est « bien enroulée avec ses vrilles fines et tenaces sur les tiges du blé » : arracher l'une, c'est tirer sur l'autre.
Un interrogatoire, aussi : les serviteurs ne demandent pas seulement d'où vient l'ivraie, ils mettent la semence en cause — « Est-ce que ce n'étaient pas des graines de choix qui n'étaient pas mélangées à d'autres semences ? » — et le maître doit se défendre : « J'en ai choisi les grains, tous de même qualité. »
Le maître réfléchit. Là où Crampon enchaîne sans délai (« Il leur répondit : C'est un ennemi qui a fait cela »), « Le maître réfléchit, puis il répondit », et il ajoute le mobile : « C'est un ennemi qui m'a fait cela pour me nuire. »
L'offre des serviteurs, enfin, est un plan de travail complet là où Crampon a cinq mots (« Voulez-vous que nous allions la cueillir ? ») : « Veux-tu que nous passions au milieu des sillons et que, patiemment, nous dégagions les épis de l'ivraie en arrachant cette dernière ? Si tu l'ordonnes, nous le ferons. » Et le refus a deux raisons au lieu d'une : outre le froment arraché, « presque certainement d'abîmer les épis encore tendres ».
Ce qui est changé
La divergence est d'abord technique, et elle commande tout le reste.
Le tri. Crampon fait trier sur pied : « Cueillez d'abord l'ivraie, et liez-la en gerbes pour la brûler, et amassez le froment dans mon grenier. » L'EMV fauche indistinctement et ne trie qu'ensuite : « Fauchez tout ensemble ; puis, avant de lier les gerbes, maintenant que la sécheresse a rendu friables les vrilles de l'ivraie et que les épis serrés sont plus robustes et plus durs, séparez l'ivraie du bon grain et faites-en des bottes à part. » L'ordre est inversé — chez Matthieu on lie l'ivraie pour la brûler avant d'engranger, ici on lie après avoir séparé — et surtout l'attente cesse d'être une simple prudence : le temps travaille, il rend l'ivraie cassante et l'épi dur, et fait tout seul ce que la main aurait gâché.
Second changement, dans le même geste : le feu ne détruit pas seulement, il rend. « Vous les brûlerez ensuite, cela formera une fumure pour le sol. » La cendre de l'ivraie retourne au champ.
La conséquence doctrinale. Cette agronomie en a une, et l'EMV la tire. Crampon pose l'équation « la moisson, la fin du monde » ; l'EMV la corrige en passant : « La moisson, ou plutôt la formation des gerbes et leur transport dans les greniers, c'est la fin du monde ». Puisqu'on fauche tout ensemble, la coupe ne peut plus être le jugement : la coupe, c'est la mort de chacun, les justes étant « coupés par la Faucheuse » longtemps avant ; le jugement, c'est le tri qui suit.
Deux autres écarts dans la même explication. Le semeur n'est pas identifié comme chez Crampon (« Celui qui sème le bon grain, c'est le Fils de l'homme ») : la bonne semence, ce sont « les fils du Royaume de Dieu semés par Dieu dans le monde ». Et le royaume dont les anges enlèvent « tous les scandales » est expressément le royaume terrestre, parce que « Dans le Royaume de Dieu, aux Cieux, on aura déjà expulsé les corrompus, car la corruption n'entre pas au Ciel » — la difficulté du verset 41 est vue et désamorcée.
Détail plus mince mais net : les justes ne resplendissent pas « comme le soleil », ils resplendissent « comme autant de soleils ».
La mise en scène. Enfin, celle de l'explication est retournée : Crampon renvoie le peuple et rentre dans la maison avant de parler ; ici « Les gens se dispersent lentement », on reste au jardin, et l'on n'entre dans la maison qu'à la toute fin, pour dormir — « Entrons dans la maison. »
Ce qui tombe
La demande des disciples, qui chez Matthieu déclenche tout — « Expliquez-nous la parabole de l'ivraie dans le champ » — n'existe pas : personne ne demande rien, Jésus propose de lui-même (« Venez autour de moi et écoutez »). Tombent aussi l'identification du semeur au Fils de l'homme, le « Que celui qui a des oreilles entende ! » final, et le « une autre parabole » qui rattachait le récit à la série du chapitre 13.
La pointe
Chez Crampon, la parabole s'achève sur le grenier ; le sort de l'ennemi n'est jamais dit. Ici elle s'achève sur lui. Le bon grain « servira à faire un excellent pain, à la honte de l'ennemi qui n'y aura rien gagné d'autre que d'être méprisable aux yeux de Dieu à cause de sa méchanceté ». Ajoutée à la cendre devenue fumure, la conclusion est un renversement complet : non seulement le saboteur échoue, mais son sabotage engraisse le champ qu'il voulait perdre.
L'application à la foule. Avant cela, elle reçoit une application que Matthieu ne connaît pas — l'ivraie est semée dans les cœurs, la farine mêlée « donne un pain amer et nocif pour les intestins », et la parabole se termine par une question directe : « Le sort de l'ivraie, c'est de brûler. Voulez-vous brûler ou devenir citoyens du Royaume ? »
Le garde-fou. Le chapitre, enfin, se garde lui-même contre sa propre économie : Judas tire la conclusion qui s'impose — « Donc cette erreur elle-même est utile, s'il la permet, et elle sert au triomphe de la volonté divine » — et Jésus la refuse : « Si le Mal existe, le Bien existe aussi, et l'homme a la faculté de discerner, donc la liberté de choisir. » La cendre a beau nourrir la terre, cela n'excuse pas celui qui a semé.
Ampleur ×2,5 — Écarts : amplifiée · mobile ajouté · détail technique · auditoire changé · pointe déplacée · prolongée
Résonances bibliques
- Matthieu 13, 24-30 et 36-43 — seul évangéliste à rapporter cette parabole et son explication. L'écart le plus net est agricole : chez Matthieu, on ramasse d'abord l'ivraie pour la brûler, puis on engrange ; ici, on fauche tout ensemble et l'on ne trie qu'après, une fois l'ivraie desséchée — et sa cendre retourne au champ, de sorte que l'Ennemi finit par fumer la terre qu'il voulait ruiner.
- Matthieu 13, 42-43 — la fournaise avec pleurs et grincements de dents, les justes resplendissant comme le soleil : les deux formules sont reprises presque à l'identique.
Passages cités : Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 181 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.