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68Deuxième année de vie publiqueChapitre 174Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.

Apologue d'Adam et Ève corrompus par Satan

Deuxième année de vie publique — Sur la montagne, pendant le sixième sermon ; Jésus enseigne sur les compromis — on ne sert pas deux maîtres, on ne pactise ni avec Dieu ni avec Mammon — et vient d'affirmer que la corruption commence par le regard.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 174

Le récit

Jésus reprend le récit de la Genèse que tous connaissent, mais il le raconte autrement : non par le dialogue du serpent, par une série de trois baisers.

« Satan donna un baiser sur l'œil de la femme et l'ensorcela de telle façon que toute vision jusqu'alors pure prit pour elle un aspect impur et éveilla d'étranges curiosités. »

EMV 174.9

Puis Satan lui donna un baiser sur les oreilles, et les ouvrit « aux paroles d'une science inconnue : la sienne ». La pensée d'Ève voulut alors connaître ce qui n'était pas nécessaire. Enfin Satan montra à cet œil et à cette pensée désormais éveillés au mal tout ce qu'ils n'avaient ni vu ni compris jusque-là — et tout en Ève s'éveilla et se corrompit.

Alors la femme alla trouver l'homme. Elle lui révéla son secret et le persuada de goûter au fruit nouveau, « si beau à voir et interdit jusqu'alors ». Elle l'embrassa et le regarda « avec une bouche et des yeux déjà pris par le trouble satanique ». La corruption pénétra en Adam ; il vit le fruit défendu, et par suite le désira. Il y mordit avec sa compagne, « et tomba de si haut dans la boue ».

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même, en deux temps, comme loi de contagion puis comme règle de conduite.

D'abord la loi générale, tirée de l'épisode :

« Quand un homme est corrompu, il entraîne l'autre dans la corruption, à moins que ce ne soit un saint au vrai sens du mot. »

EMV 174.9

Puis l'application au regard, qui est le vrai sujet du passage : « Attention à votre regard, vous les hommes, au regard des yeux comme à celui de l'esprit. » L'œil est la lumière du corps, la pensée est la lumière du cœur ; si l'œil n'est pas pur, « les nuées de la séduction créeront en toi des imaginations impures ». Jésus donne le mécanisme dans les deux sens : une pensée corrompue corrompt les sens, et un œil habitué aux visions troubles finit par rendre inutile la contemplation des choses les plus saintes — « c'est inutilement que tu regarderas les choses les plus saintes ».

Il enchaîne enfin sur la tentation, avec une distinction précise : « Être tenté n'est pas un mal. C'est par la lutte que l'athlète se prépare à la victoire. Mais le mal, c'est d'être vaincu faute d'entraînement et d'attention. »

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

L'ordre de la chute est inversé. Dans la Genèse, Ève voit que le fruit est bon, puis en mange. Ici, la corruption du regard précède entièrement l'objet : Satan altère l'œil, et c'est l'œil altéré qui rend le fruit désirable. Le fruit ne change pas — le regard change, et fabrique la convoitise. D'où la conséquence pratique que Jésus en tire : on ne se garde pas en fuyant les objets, mais en gardant les yeux.

Trois baisers, aucune parole. Le serpent de la Genèse argumente, discute, contredit Dieu. Ici, Satan ne dit rien : il embrasse. La séduction opère par contact et non par persuasion, ce qui la rend beaucoup plus difficile à réfuter — on ne discute pas un baiser. Ève ne se laisse pas convaincre, elle est ensorcelée ; puis c'est elle qui argumente auprès d'Adam.

Ève n'est pas seulement coupable, elle est d'abord victime. Le récit distingue soigneusement ce qui lui est fait — les baisers, l'ensorcellement — et ce qu'elle fait ensuite : révéler, persuader, embrasser. Elle est contaminée avant d'être contaminante. Ce qui illustre exactement la loi que Jésus en tire, et qui vaut pour ses auditeurs : celui qui a été corrompu corrompra, presque mécaniquement.

Le contexte est l'excuse de la mauvaise fréquentation. Juste avant, Jésus a cité ceux qui se plaignent : « j'ai fréquenté un tel, j'ai lu ceci, et le mal est entré en moi ». Il refuse l'excuse — « cela prouve que tu avais déjà créé le terrain favorable » — et décrit l'âme poreuse dont « les digues sont défoncées en mille endroits ». L'apologue vient donc après un refus d'excuser, et non avant : il explique la contagion sans l'absoudre.

Résonances bibliques

  • Genèse 3, 1-7 — le récit source : la femme voit que le fruit est bon, en mange, en donne à son mari.
  • Matthieu 6, 22-23 — « L'œil est la lampe du corps… si ton œil est mauvais, tout ton corps sera dans les ténèbres », que Jésus reprend ici presque littéralement.
  • 1 Jean 2, 16 — « la convoitise des yeux » comme l'une des trois racines de ce qui vient du monde.
  • 2 Corinthiens 11, 3 — « Je crains que, comme le serpent séduisit Ève par sa ruse, vos pensées ne se corrompent. »
  • Jacques 1, 14-15 — la convoitise qui conçoit, enfante le péché, et le péché qui enfante la mort : le même enchaînement en trois temps.
  • Siracide 9, 8-9 — « Détourne ton regard de la femme belle » : la garde des yeux comme discipline.
  • 1 Corinthiens 9, 25-27 — l'athlète qui s'entraîne et qui dompte son corps, image que Jésus emploie juste après.
Apologue d'Adam et Ève corrompus par Satan — Les paraboles de Jésus