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65Deuxième année de vie publiqueChapitre 169Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.Mt 5, 13. 15 · Mc 4, 21 · Lc 11, 33 ; 14, 34×6

Parabole du sel et de la lampe sous le boisseau

Deuxième année de vie publique — Sur la montagne, premier des sermons. Jésus s'adresse cette fois aux apôtres et aux disciples réunis, en prévenant les premiers qu'ils ont déjà entendu ces idées, et les seconds qu'ils ne les ont reçues que « d'une manière fragmentaire ».
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 169

Le récit

Jésus pose d'abord la raison du discours : le troupeau grandit, le nombre des loups aussi, et il veut mettre entre leurs mains « les armes nécessaires pour défendre la Doctrine ». Suit une distinction dont tout dépend :

« Ce qui suffit au troupeau ne vous suffit pas à vous, petits bergers. S'il est permis aux brebis de faire des erreurs en broutant des herbes qui rendent le sang amer […], il ne vous est pas permis, à vous, de commettre les mêmes erreurs en amenant un troupeau nombreux à sa ruine. »

EMV 169.6

Le sel. Le don reçu se perd de trois manières : dilué « dans les eaux fades et souillées de l'humanité », affadi « par la douceur corrompue des sens », et mêlé de déchets — orgueil, avarice, gourmandise, luxure, colère, paresse. Jésus chiffre le désastre : « un grain de sel pour sept fois sept grains de chaque vice ». Le résultat n'est plus du sel mais de la pierraille, « qui crisse sous les dents, qui laisse dans la bouche un goût de terre et rend la nourriture désagréable, répugnante ». Il n'est même plus bon aux usages inférieurs : bon à être jeté et foulé aux pieds.

La hauteur. Vous êtes comme ce sommet, « le dernier d'où le soleil ait disparu et le premier à recevoir la lumière argentée de la lune ». Et Jésus développe longuement pourquoi l'œil monte : en voyage, le regard cherche les cimes pour oublier la longueur du chemin ; en bas la boue, en haut la pureté ; en bas la chaleur, en haut la fraîcheur ; en bas l'horizon fermé, en haut l'espace sans limites. C'est pourquoi, dans la vraie religion comme dans les fausses, on a toujours bâti les temples sur des lieux élevés — et à défaut de colline, on a construit une plate-forme à force de bras.

La lampe. Quand on l'allume le soir, où la met-on ? Dans un trou, sous le four, dans la cave, dans un coffre, sous le boisseau ? Non — « il serait alors inutile de l'allumer ». On la pose sur une console ou on l'accroche en hauteur, pour qu'elle éclaire toute la pièce.

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même, avec un critère d'entretien plutôt qu'un idéal.

Ce qui empêche d'éclairer n'est pas l'obscurité extérieure mais l'état de la lampe :

« Une lampe sale, une lampe qui n'est pas garnie d'huile, fume et ne donne pas de lumière, elle sent mauvais et n'éclaire pas. »

EMV 169.8

Et Jésus décrit précisément le verre encrassé : derrière un tube de quartz sale, la flamme ne produit plus « le jeu brillant de la lumière sur le minéral propre », elle reste faible derrière un voile de fumée noire. D'où la conclusion, qui est une consigne d'hygiène quotidienne :

« La lumière de Dieu resplendit là où se trouve une volonté diligente pour enlever chaque jour les scories que produit le travail, avec les contacts, les réactions, les déceptions. La lumière de Dieu resplendit quand la lampe est garnie d'un liquide abondant d'oraison et de charité. »

EMV 169.8

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Une reprise, non un doublon. Jésus avait déjà dit à ses disciples qu'ils étaient le sel et la lumière, aux environs de Tibériade (chapitre 98, n° 60 de ce corpus). Il l'annonce d'ailleurs : « vous avez déjà entendu ces idées, mais vous les comprendrez plus profondément désormais. » Là, l'accent portait sur la dilution et sur la possibilité de se retirer ; ici, sur l'entretien quotidien et sur la responsabilité du berger envers le troupeau. Le même énoncé sert deux fois à des fins différentes.

Le sel gâté est pire qu'inutile. Il ne disparaît pas : il devient de la pierraille qui gâte le plat et crisse sous la dent. L'apôtre manqué ne laisse pas un vide — il ajoute quelque chose de désagréable. C'est le même jugement que sur la lampe fumante : le nuisible commence là où l'inefficace s'arrête.

Le paganisme intérieur. Formule frappante : « faites en sorte de ne pas avoir en vous le paganisme aux sept éléments » — les sept vices comme sept divinités. Sinon, dit Jésus, « vous deviendriez des hauts lieux profanes avec des bois sacrés ». Le disciple corrompu n'est pas décrit comme un temple en ruine mais comme un temple occupé par d'autres dieux, et qui continue d'attirer.

Pourquoi les hommes bâtissent en haut. La digression sur les temples est une petite anthropologie religieuse : partout, dans le vrai culte comme dans les faux, on a cherché l'altitude, parce que « la seule vue tourne nos pensées vers Dieu ». Jésus valide donc un instinct commun à toutes les religions — et fait de ses disciples l'équivalent vivant de ces sanctuaires visibles de loin.

Le texte évangélique

Traduction de l'abbé Augustin Crampon (1923), dans le domaine public. Les passages ci-dessous sont ceux dont la parabole valtortienne est le parallèle.

Matthieu 5, 13 — le sel de la terre

13 Vous êtes le sel de la terre. Si le sel s'affadit, avec quoi lui rendra-t-on sa saveur ? Il n'est plus bon à rien qu'à être jeté dehors et foulé aux pieds par les hommes.

Luc 14, 34 — le sel de la terre

34 Le sel est bon ; mais si le sel s'affadit, avec quoi lui donnera-t-on de la saveur ?

Matthieu 5, 15 — la lampe sous le boisseau

15 et on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison.

Marc 4, 21 — la lampe sous le boisseau

21 Il leur dit encore : " Apporte-t-on la lampe pour la mettre sous le boisseau ou sous le lit ? N'est-ce pas pour la mettre sur le chandelier ?

Luc 11, 33 — la lampe sous le boisseau

33 Personne n'allume une lampe pour la mettre dans un lieu caché ou sous le boisseau : on la met sur le chandelier, afin que ceux qui entrent voient la lumière.

L'écart avec l'Évangile

L'ampleur

Les cinq versets réunis ci-dessus font 688 caractères ; le passage correspondant de l'EMV, d'un seul tenant en 169.7, en fait 4 315 — six fois plus. Le détail est plus parlant que le total. Pour le sel : 170 caractères en Matthieu, 84 en Luc, contre 1 270 dans l'Œuvre, soit sept fois et demie Matthieu. Pour la lampe : 136 caractères en Mt 5, 15, 141 en Mc 4, 21, 157 en Lc 11, 33 — les trois versets ensemble ne font pas les 618 caractères de la similitude valtortienne, qui vaut à elle seule quatre fois et demie Matthieu. Entre les deux images s'intercale la digression sur les hauteurs et les temples, 2 425 caractères qui ne répondent à aucun des versets cités ; et la lampe repart en 169.8 pour 1 948 caractères de plus.

La scène

Les cinq versets ne disent ni le lieu ni l'heure. L'Œuvre donne les deux, et ils comptent. C'est le soir, puis la nuit, au sommet d'une montagne près de Tibériade ; les gens ont été renvoyés exprès — « Que les gens ne viennent pas aujourd'hui. Je veux m'adresser à vous seuls » — et l'on a attendu le coucher du soleil pour que la foule se disperse dans les bourgades. Le repas est pris, les auditeurs se pressent en cercle : « Entre disciples et apôtres, ils sont une centaine environ, peut-être plus. » Deux feux les éclairent, la nouvelle lune est « une petite virgule dans le ciel ».

La lampe et le soir. La similitude de la lampe qu'on allume le soir est donc prononcée le soir, dans le seul cercle de lumière du paysage — et le sommet dont Jésus dit qu'il a été « le dernier d'où le soleil ait disparu » est celui où ils sont assis.

Ce qui précède, ce n'est pas les Béatitudes mais le retour de la première mission des Douze et le bilan que Jésus en tire.

Un doublon avec le chapitre 98. Enfin, le passage n'est pas neuf dans l'Œuvre : au chapitre 98, au bord du lac, Jésus avait déjà dit aux disciples qu'ils étaient le sel de la terre et la lumière du monde, avec la même explication par la dilution — « quand vous diluez votre mission – ou plutôt la noyez –, dans tant d'humanité » — et déjà l'image des « lanternes éteintes ou fumantes ». Ici Jésus le signale lui-même : « Vous, les apôtres, vous avez déjà entendu ces idées. » Le matériau se recoupe donc sur le sel dilué et sur la lampe qui fume ; le boisseau, lui, n'apparaît qu'ici.

Ce qui est ajouté

Crampon écrit « Si le sel s'affadit » sans dire ni comment ni par la faute de qui : le verbe est intransitif et le sel est un sujet neutre. L'Œuvre nomme un coupable et trois causes — « vous l'avez perdu en le diluant dans les eaux fades et souillées de l'humanité, en l'affadissant par la douceur corrompue des sens, en mêlant au sel pur de Dieu des monceaux de déchets d'orgueil, d'avarice, de gourmandise, de luxure, de colère, de paresse ». Elle va jusqu'à donner la proportion du mélange : « un grain de sel pour sept fois sept grains de chaque vice ».

Le sel gâté. Au « bon à rien » de Matthieu répond une description du produit gâté, qui n'est plus du sel mais de la pierraille « qui crisse sous les dents, qui laisse dans la bouche un goût de terre et rend la nourriture désagréable, répugnante ».

Les emplois de second rang. Le degré existe chez Luc, qui descend d'un cran après le « bon à rien » de Matthieu — « Inutile et pour la terre et pour le fumier, on le jette dehors » (14, 35) —, mais sans dire pourquoi ces emplois-là sont fermés eux aussi. L'Œuvre le dit : « Il n'est même plus bon pour des usages inférieurs car un savoir pétri des sept vices nuirait même aux missions humaines » — et l'on apprend au passage que ce sel est un savoir, ce que Matthieu ne précise nulle part. Le raté n'est donc pas seulement inutile à Dieu, il est inutilisable ailleurs.

Côté lampe. Les trois évangélistes offrent une ou deux cachettes, le boisseau, le lit chez Marc, « un lieu caché » chez Luc ; l'Œuvre en énumère cinq — « Dans un trou, sous le four ? Dans la grotte qui sert de cave ? Ou renfermée dans un coffre ? Ou tout simplement la cache-t-on sous le boisseau ? » — et donne la raison qu'aucun des trois ne donne : « Non, parce qu'il serait alors inutile de l'allumer. » Puis vient tout l'entretien de 169.8, dont Crampon n'a pas un mot : l'huile, la saleté, le tube de quartz encrassé, les scories à enlever chaque jour.

Ce qui est changé

Quatre désaccords, et le dernier est le plus lourd.

La question laissée ouverte. Matthieu la pose, « avec quoi lui rendra-t-on sa saveur ? » ; l'Œuvre y répond, et par un verdict : « Rien ne pourra plus vous rendre cette saveur. »

Le sel nuisible. Ensuite, chez Crampon le sel affadi est inerte, « il n'est plus bon à rien » ; ici il est nuisible, il gâte le plat où on le met — le ratage n'est plus un vide, c'est un ajout désagréable.

Troisième écart, le piétinement : Matthieu en fait un châtiment subi, le sel est « foulé aux pieds par les hommes » ; l'Œuvre le retourne en consentement, « ces appelés auront permis au peuple insouciant de les écraser », les pieds deviennent « aux pieds insouciants des hommes », et la plainte de Jésus ne va pas au sel mais aux passants, « Que de monde, que de monde pourra ainsi piétiner les hommes de Dieu ! ».

Enfin la lampe. Dans les trois versets, elle est un objet passif, tout dépend de celui qui la place, et rien n'est demandé à la lampe. Chez Valtorta elle devient responsable — « elle doit être à la hauteur de son devoir ».

Ce qui tombe

Le chandelier, que les trois évangélistes nomment et qui est le seul meuble de la scène, disparaît : la lampe est posée « sur une console » ou accrochée « à un support élevé ». Le lit de Marc s'en va avec, remplacé par le four et le coffre, et son « Apporte-t-on la lampe » cède à un « on allume ». De Luc 14, 34 rien ne subsiste de la première proposition, « Le sel est bon » : l'Œuvre ne dit jamais du sel qu'il est bon en soi, elle part d'un don reçu et déjà menacé. Perte plus sensible, Luc 11, 33 éclaire « ceux qui entrent », c'est-à-dire ceux du dehors ; l'Œuvre n'éclaire que « toute la pièce et tous ceux qui s'y trouvent », ceux qui sont déjà là — le signal fait au passant disparaît d'un discours qui est pourtant tout entier sur la mission.

La pointe

Chez Crampon, les deux images se suffisent : le sel affadi finit dehors sous les pieds, la lampe éclaire la maison, et l'évidence tient lieu de démonstration. L'Œuvre les fait converger vers autre chose, annoncé avant elles — « Ce qui suffit au troupeau ne vous suffit pas à vous, petits bergers » — et conclu après, dans les « Malheur ! Trois fois malheur » adressés aux pasteurs.

Le danger change de nature. Le verset évangélique dénonce une absurdité que personne ne commet : allumer une lampe pour la cacher. Valtorta dénonce une négligence, que tout le monde commet : la lampe est bien sur la console, en vue, et elle ne donne rien parce qu'elle est sale — « Une lampe sale, une lampe qui n'est pas garnie d'huile, fume et ne donne pas de lumière, elle sent mauvais et n'éclaire pas. » L'alternative canonique visible / caché est remplacée par une alternative d'entretien, propre / encrassé, huilé / à sec. On ne demande plus où l'on a mis sa lampe, mais quand on l'a nettoyée pour la dernière fois.

Ampleur ×6 — Écarts : amplifiée · mobile ajouté · détail technique · auditoire changé · pointe déplacée · prolongée

Résonances bibliques

  • Matthieu 5, 13-16 — le sel affadi, la ville sur la montagne, la lampe qu'on ne met pas sous le boisseau : les trois images réunies dans le même ordre.
  • Marc 4, 21 · Luc 8, 16 · Luc 11, 33 — les autres occurrences de la lampe et du boisseau.
  • Ézéchiel 34, 2-10 — le réquisitoire contre les bergers d'Israël qui se paissent eux-mêmes et laissent le troupeau se disperser.
  • Jacques 3, 1 — « Ne soyez pas nombreux à devenir des maîtres : vous savez que nous serons jugés plus sévèrement » : la distinction bergers/brebis énoncée par l'apôtre.
  • Matthieu 25, 3-4 — les vierges folles qui n'ont pas pris d'huile avec leurs lampes.
  • 2 Rois 17, 9-11 — les hauts lieux et les bois sacrés élevés par Israël sur toutes les collines : l'image du « paganisme aux sept éléments ».
Parabole du sel et de la lampe sous le boisseau — Les paraboles de Jésus