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60Première année de vie publiqueChapitre 98Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.Mt 5, 13 · Lc 14, 34×8,5

Parabole du sel de la terre et de la lumière du monde

Première année de vie publique — Aux environs de Tibériade, au bord du lac, le jour même où Jésus a croisé Marie-Madeleine sur l'eau. Il enseigne aux disciples, et leur dit d'abord qu'il les étudie « même pendant votre sommeil ».
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 98

Le récit

Deux images se suivent, l'une longuement développée, l'autre brève et plus dure.

Le sel. Vous êtes le sel de la terre — et Jésus corrige aussitôt : « Voilà ce que vous devez devenir : le sel de la terre. » Le sel préserve les viandes de la corruption. Mais pourrait-il saler s'il n'était pas salé ? « C'est avec vous que je veux saler le monde pour lui donner une saveur céleste. Mais comment pouvez-vous saler si vous perdez toute saveur ? »

Et il explique la perte par deux expériences de dilution, non par un défaut du sel lui-même. Versez une coupe d'eau de mer — imbuvable tant elle est salée — dans une cruche d'eau douce : on peut la boire, « parce que l'eau de mer est tellement diluée qu'elle a perdu son mordant ». Puis dérivez un ruisseau de la mer vers ce lac : sauriez-vous l'y retrouver ? Non, il serait perdu dans une trop grande masse d'eau douce.

« Ainsi en est-il de vous quand vous diluez votre mission — ou plutôt la noyez —, dans tant d'humanité. »

EMV 98.7

La lumière. Vous êtes et devez être la lumière du monde, choisis pour continuer d'éclairer « quand je serai retourné au Père ». Mais peut-on donner la lumière si l'on est « des lanternes éteintes ou fumantes » ? Et Jésus tranche entre les deux :

« La fumée incertaine d'un lumignon est pire que sa mort totale et par votre fumée vous obscurciriez cette lueur de lumière que les cœurs peuvent encore garder. »

EMV 98.7

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même, et prolongée en une invitation à partir.

La leçon n'est pas que les disciples doivent être bons, mais qu'ils doivent rester concentrés : ce qui les rend inutiles n'est pas une faute mais une dissolution. « Qu'est-ce qui vous fait perdre la saveur céleste ? Ce qui est humain. » Non pas le péché : l'humain, les « avalanches de sensations et de sentiments humains » sous lesquelles se disperse une force reçue.

Puis Jésus tire la conséquence, et elle est vertigineuse — il propose à ceux qui ne s'en sentent pas capables de s'en aller :

« Si l'un d'entre vous se sent capable d'être seulement fidèle, mais ne trouve pas en lui l'énergie d'un apôtre, qu'il se retire […]. Cela vaut mieux que de trahir. »

EMV 98.8

Et il décrit sans rien farder ce qu'il offre : « Moi, je n'offre rien d'autre que la sainteté. Sur la terre, c'est la voie la plus étroite, la plus pauvre, la plus escarpée, la plus épineuse, la plus persécutée qui soit. »

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Le sel ne s'affadit pas tout seul. L'Évangile canonique laisse ouverte la question de savoir comment le sel perd sa saveur — chimiquement, il ne le peut pas. Valtorta résout l'énigme par la dilution : le sel reste du sel, mais noyé dans trop d'eau douce, il devient introuvable. Ce n'est pas une dégradation, c'est une dispersion. La sainteté ne se perd donc pas par corruption mais par étalement.

« Vous êtes » corrigé en « vous devez devenir ». Jésus reprend son propre énoncé dans la phrase suivante. La formule de Matthieu est une déclaration d'identité ; ici, elle devient une tâche. Ce déplacement commande tout le reste du discours, qui est un appel à s'examiner et, le cas échéant, à renoncer.

Mieux vaut éteint que fumant. Le jugement est plus sévère qu'il n'y paraît : entre l'apôtre nul et l'apôtre médiocre, c'est le second qui est condamné. Il ne se contente pas de ne pas éclairer — il obscurcit « cette lueur que les cœurs peuvent encore garder ». Ceux qui cherchaient Dieu et trouvent de la fumée « en recevront le scandale et la mort ».

Une porte de sortie offerte, avec les mots pour la franchir. Jésus va jusqu'à rédiger la phrase de départ : « Maître, mes amis, je me rends compte que je ne suis pas fait pour suivre cette voie. Je vous donne un baiser d'adieu, et je vous dis : priez pour moi. » Il est difficile de ne pas entendre, dans ce baiser d'adieu proposé comme honnête alternative, l'écho inversé de celui que l'un d'eux donnera. Le mot trahir est prononcé trois lignes plus loin, et ce sont les disciples qui demandent : trahir qui ?

Il annonce qu'il redemandera. « Vous m'entendrez encore souvent vous poser cette question. Et quand vous l'entendrez, pensez que mon cœur pleure. » La question n'est donc pas un test ponctuel mais une offre permanente, renouvelée jusqu'au bout — et présentée comme douloureuse pour celui qui la pose.

Le texte évangélique

Traduction de l'abbé Augustin Crampon (1923), dans le domaine public. Les passages ci-dessous sont ceux dont la parabole valtortienne est le parallèle.

Matthieu 5, 13 — le sel de la terre

13 Vous êtes le sel de la terre. Si le sel s'affadit, avec quoi lui rendra-t-on sa saveur ? Il n'est plus bon à rien qu'à être jeté dehors et foulé aux pieds par les hommes.

Luc 14, 34 — le sel de la terre

34 Le sel est bon ; mais si le sel s'affadit, avec quoi lui donnera-t-on de la saveur ?

L'écart avec l'Évangile

L'ampleur

Le Crampon cité ci-dessus ne couvre que le sel : 170 caractères pour Matthieu 5, 13 et 84 pour Luc 14, 34. L'EMV consacre au seul sel 1 450 caractères — huit fois et demie le verset de Matthieu. Mais l'Œuvre enchaîne aussitôt sur la lumière, dont la fiche ne cite pas le parallèle : contre Matthieu 5, 13-16 en entier (537 caractères), le développement valtortien complet en fait 2 079, presque quatre fois plus. Le déséquilibre est instructif : le sel est démultiplié par huit, la lumière à peine par deux (628 contre 366). Ce qui intéresse Jésus ici, c'est le sel.

La scène

Crampon ne situe rien : chez Matthieu, la phrase tombe au fil du Sermon devant « cette foule » montée sur la montagne ; chez Luc, au fil de la route, devant « une grande foule ». Ici tout est daté, localisé, compté. On est sur le lac entre Capharnaüm et Tibériade, dans deux barques de louage, sept hommes par barque ; Jésus fait relâcher dans une anse — « Il y a de l'ombre et de la solitude. Cela me plaît. » — à une quinzaine de mètres du rivage, et annonce qu'il veut parler « à vous seulement ».

L'auditoire. Il n'est donc pas une foule mais les treize disciples, seuls, en pleine eau.

Ce qui précède est du même matin : les chaloupes fleuries des Romains ont failli aborder les barques, on a crié aux Galiléens « Ecartez-vous, chiens de juifs que vous êtes », Pierre a rendu coup pour coup, Marie de Magdala s'est levée pour fixer Jésus, et Judas a détaillé à Simon le scandale de la sœur de Lazare.

Ce qui est ajouté

Crampon ne dit pas à quoi sert le sel ; l'EMV le dit : « Le sel sert à préserver de la corruption les viandes et aussi beaucoup d'autres denrées. » Crampon ne dit pas non plus qui sale : ici, « C'est avec vous que je veux saler le monde pour lui donner une saveur céleste. »

Deux expériences. Là où Matthieu pose une hypothèse abstraite — « Si le sel s'affadit » —, Jésus ajoute deux expériences vérifiables : la coupe d'eau de mer versée dans une cruche d'eau douce, qu'on peut alors boire « parce que l'eau de mer est tellement diluée qu'elle a perdu son mordant » ; puis le ruisseau de mer dérivé dans le lac qu'on a sous les yeux, introuvable, « perdu dans une trop grande masse d'eau douce ».

L'origine du sel. S'ajoute encore — « Je vous communique cette force puisque je vous ai appelés » — et donc la nature exacte de la perte : non pas un affadissement mais une dispersion « sous des avalanches de sensations et de sentiments humains ».

Les images ne viennent pas de nulle part. Elles sont prises à l'eau sur laquelle ils flottent, et surtout à Pierre, qui venait de dire à Judas que « poisson d'eau douce et de fond n'est pas fait pour l'eau salée et les tourbillons », donc que « chacun doit rester à sa place ». Jésus reprend son opposition et la retourne : le sel, lui, doit précisément aller dans l'eau douce — sans s'y dissoudre.

Ce qui est changé

Quatre divergences, et la première commande les autres. Matthieu affirme une identité : « Vous êtes le sel de la terre. » Jésus la corrige dans la phrase suivante : « Voilà ce que vous devez devenir : le sel de la terre. » Même correction pour la lumière : là où Matthieu écrit « Vous êtes la lumière du monde », l'EMV donne « Vous êtes et devez être la lumière du monde ». Le constat devient une tâche.

Deuxièmement, le mécanisme. Le verbe de Crampon est intransitif — le sel « s'affadit », le défaut est en lui. Dans l'EMV le sel reste du sel ; c'est l'eau douce qui l'engloutit. La faute vient du dehors, et elle est nommée : « Qu'est-ce qui vous fait perdre la saveur céleste ? Ce qui est humain. » Non pas le péché : l'humain.

Troisièmement, la sanction. Matthieu condamne le sel affadi à « être jeté dehors et foulé aux pieds par les hommes ». Rien de tel ici : celui qui ne se sent pas la force reçoit au contraire une porte de sortie honorable et la promesse d'être couvert — « Je vous jure que ni moi, ni ceux qui me sont fidèles ne vous critiquerons, ne vous désignerons au mépris des foules fidèles. » Le piétinement de Matthieu n'est pas perdu pour autant : il reparaît, presque mot pour mot, dans le sermon sur la montagne du chapitre 169 (n° 65 de ce corpus), où le sel gâté n'est plus « bon qu'à être jeté et foulé aux pieds insouciants des hommes ». Les deux chapitres se partagent le verset.

Quatrièmement, la lumière. Chez Matthieu, le risque est de cacher la lampe sous le boisseau : la faute est une dissimulation, et la lampe reste bonne. Ici, la lampe est en cause, non sa place : « des lanternes éteintes ou fumantes ». Et le mauvais apôtre ne se contente pas de ne pas éclairer, il détruit de la lumière existante — « par votre fumée vous obscurciriez cette lueur de lumière que les cœurs peuvent encore garder ».

Ce qui tombe

La question de Crampon, la même chez Matthieu et chez Luc — « avec quoi lui rendra-t-on sa saveur ? » —, n'est pas posée. Jésus en pose une autre : « comment pouvez-vous saler si vous perdez toute saveur ? » L'un demande si le sel est récupérable, l'autre s'il est encore actif ; l'irréversibilité canonique n'apparaîtra qu'au chapitre 169. Tombe aussi toute la seconde moitié de Matthieu 5, 13 — jeté dehors, foulé aux pieds — et, du côté de la lumière, les trois images qui la portent chez Matthieu : la ville au sommet de la montagne, la lampe et le boisseau, et le chandelier. Le chapitre 98 garde l'énoncé et laisse les comparaisons.

La pointe

Matthieu tourne la conclusion vers le dehors : « Qu'ainsi votre lumière brille devant les hommes, afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. » Ici, la lumière n'a pas pour fin d'être vue mais de prendre la relève : « pour continuer d'éclairer le monde quand je serai retourné au Père ». Et la conséquence est retournée vers l'auditoire au lieu de l'être vers les hommes : le discours ne s'arrête pas à l'image, il continue en un examen de conscience et en une offre de départ — « qu'il se retire […]. Cela vaut mieux que de trahir. » Là où Matthieu veut le disciple visible pour que Dieu soit glorifié, le chapitre 98 finit par garantir l'invisibilité à celui qui s'en va.

Ampleur ×8,5 — Écarts : amplifiée · mobile ajouté · auditoire changé · pointe déplacée · prolongée

Résonances bibliques

  • Matthieu 5, 13-16 — le sel qui s'affadit et la lumière sur le lampadaire, dans le Sermon sur la montagne : les deux images réunies comme ici.
  • Luc 14, 34-35 — « Si le sel devient fade, avec quoi l'assaisonnera-t-on ? », placé chez Luc juste après l'appel à évaluer le coût avant de suivre — exactement l'articulation du chapitre.
  • Marc 9, 50 — « Ayez du sel en vous-mêmes, et soyez en paix les uns avec les autres. »
  • Jean 6, 66-67 — « Voulez-vous partir, vous aussi ? » : la même question posée aux Douze après une défection massive.
  • Luc 14, 28-33 — l'homme qui calcule s'il peut achever la tour avant de la commencer.
  • Luc 12, 48 — « À qui l'on a beaucoup donné, il sera beaucoup demandé », que Jésus formule ici presque mot pour mot.
  • Apocalypse 3, 15-16 — « Tu n'es ni froid ni bouillant » : la préférence pour le tranché sur le tiède.
Parabole du sel de la terre et de la lumière du monde — Les paraboles de Jésus