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59Première année de vie publiqueChapitre 94Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.

Apologue de Samson et Dalila

Première année de vie publique — La synagogue de Chorazeïn, même sabbat que l'apologue de David, dont celui-ci est la suite immédiate. Jésus vient de guérir « la Belle de Chorazeïn », une pécheresse frappée par la maladie, et il parle devant ceux-là mêmes qui l'ont autrefois fréquentée.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 94

Le récit

Samson, fils de Manoah, était destiné à vaincre les Philistins qui opprimaient Israël. Sa mission tenait à deux conditions. La première : être tenu vierge, dès sa conception, de tout ce qui excite bassement les sens — le vin, les boissons fermentées, les viandes grasses. La seconde : être consacré au Seigneur dès l'enfance et le rester par un naziréat perpétuel. Et cette consécration ne demandait pas seulement une sainteté extérieure, mais intérieure. « Alors Dieu est avec lui. »

Mais « la chair est la chair, et Satan est la Tentation ». Trois fois Samson fut lié — de sept cordes de nerfs frais, puis de sept cordes neuves, enfin fixé au sol par sept tresses de sa chevelure. Trois fois il fut vainqueur.

Il ne fuit pas Dalila. Excédé à en mourir — Jésus précise : « dit le Livre » —, sa force d'âme une fois amoindrie — « dit encore le Livre » —, il livra son secret : « Ma force réside dans mes sept tresses. » Il s'endormit épuisé sur le sein de la femme, et fut vaincu. Aveugle, esclave, impuissant, « pour avoir refusé de rester fidèle à son vœu ».

Il ne redevint le fort, le libérateur, « que lorsque la douleur d'un vrai repentir lui rendit sa vigueur ».

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même, avec une exigence précise sur ce que le pardon suppose.

« Lui pardonne, pardonne, pardonne. Mais il exige la volonté de sortir du péché pour continuer à pardonner. Il est bien sot, celui qui implore : “ Seigneur, pardon ” et ensuite ne fuit pas ce qui le pousse continuellement au péché ! »

EMV 94.8

Le péché de Samson n'est donc pas d'avoir succombé, mais d'être resté. Trois victoires n'ont servi à rien parce qu'il n'a pas quitté la place. Jésus le dit sans ménagement : « on ne met pas en vain le Seigneur à l'épreuve, pas même dans le domaine de sa bonté ».

Puis il interpelle directement quelqu'un dans l'assistance :

« N'y a-t-il personne parmi vous qui, sous le découragement dû à son péché, ne sente sa vie spirituelle s'affaiblir — car rien n'accable autant que la conscience du mal consenti — et ne soit sur le point de se livrer vaincu à l'Ennemi ? Non, qui que tu sois, ne le fais pas. »

EMV 94.8

Et la conclusion, en quatre mots suivis d'une promesse : « Repentir, patience, constance, héroïsme : alors, ô pécheurs, je vous promets que vous serez vos propres libérateurs. » Avec le corollaire qui vise le culte : « il n'est pas de baptême qui vaille ni de rite qui serve, s'il n'y a ni repentir ni volonté de renoncer au péché ».

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Les sept tresses sont sept vertus. Jésus donne lui-même la clé — « les sept tresses symboliques, ses vertus, autrement dit sa fidélité au naziréat » — et déplace ainsi tout le récit : ce que Samson livre à Dalila, ce n'est pas une information capillaire, c'est le mode d'emploi pour le détruire. Trahir son secret, c'est enseigner à l'ennemi comment on perd ses vertus.

Vaincre trois fois n'est pas vaincre. La structure du récit est celle d'une victoire qui prépare la défaite : chaque triomphe rassure Samson et le maintient auprès du danger. Jésus en tire une règle contre-intuitive — la force éprouvée n'autorise pas à rester. Le seul acte efficace aurait été de partir, ce que le fort ne fait jamais.

Le fort tombe par épuisement, non par plaisir. Le texte insiste : « excédé à en mourir », « épuisé, il s'endormit ». La chute n'est pas décrite comme une jouissance mais comme une reddition de fatigue. C'est ce qui permet à Jésus d'enchaîner sur le découragement de ses auditeurs : ce qui perd, c'est l'usure.

Le libérateur qui se libère lui-même. Formule paradoxale placée dans la bouche du Rédempteur : « vous serez vos propres libérateurs ». Elle vaut d'être notée dans un discours où Jésus vient de dire que le pécheur ne retrouve la lumière que si un serviteur de Dieu la lui porte. Les deux affirmations coexistent sans être conciliées.

Le sermon prépare une quête. Aussitôt après, Jésus tend la main pour la femme guérie — et confie la collecte à Pierre, « pas moi ». Puis il avertit les notables qui murmurent : « Je n'étais pas au monde quand elle était la Belle. Vous, vous y étiez. Je n'ajoute rien. » L'apologue sur la sensualité qui perd les forts était donc adressé à des hommes précis, et ils le comprennent : l'un d'eux se lève pour demander s'il les accuse d'avoir été ses amants.

Résonances bibliques

  • Juges 13-16 — le cycle de Samson : l'annonce à Manoah, le naziréat, les liens rompus trois fois, la trahison de Dalila, les yeux crevés, et la force retrouvée à la fin.
  • Nombres 6, 1-8 — la loi du naziréat : l'abstention de vin et le rasoir qui ne passe pas sur la tête.
  • Proverbes 5, 3-8 — « Éloigne ta route de la femme étrangère, ne t'approche pas de la porte de sa maison » : le conseil de fuite que Samson n'a pas suivi.
  • 1 Corinthiens 10, 12-13 — « Que celui qui croit être debout prenne garde de tomber », et Dieu qui ménage une issue.
  • Genèse 39, 12 — Joseph qui laisse son manteau et s'enfuit : le contre-exemple exact de Samson.
  • Hébreux 11, 32-34 — Samson compté parmi les héros de la foi, « qui de faibles devinrent forts » : la réhabilitation finale que Jésus évoque en une ligne.
Apologue de Samson et Dalila — Les paraboles de Jésus