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58Première année de vie publiqueChapitre 94Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.

Apologue de David repentant

Première année de vie publique — La synagogue de Chorazeïn, un jour de sabbat. Le chef de la synagogue offre à Jésus un rouleau ; il refuse : « Je n'en ai pas besoin. J'ai déjà le sujet. » Quelques instants plus tôt, Pierre a médit d'un publicain devant lui, et Jésus l'a foudroyé d'un regard qui l'a fait reculer du premier au dernier rang.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 94

Le récit

Le grand roi d'Israël, David de Bethléem, ayant péché, pleura le cœur contrit, cria vers Dieu son repentir et demanda son pardon. Jésus donne d'abord le diagnostic : « David avait eu l'esprit embrumé par la sensualité, et cela l'avait empêché de voir la face de Dieu et de comprendre ses paroles. »

Puis il s'arrête sur ce mot, la face, pour décrire un lieu intérieur :

« Dans le cœur de l'homme, il est un lieu qui garde le souvenir de la face de Dieu, un lieu particulièrement élevé qui est notre “ Saint des Saints ” […]. Cet endroit parfume comme un autel, brille comme un bûcher, résonne de chants comme la demeure des séraphins. »

EMV 94.7

Le péché y répand ses fumées. Le sanctuaire s'obscurcit : plus de lumière, plus de parfum, plus de chant — il ne reste « que l'odeur suffocante d'une lourde fumée et un goût de cendre ».

Puis la clarté revient, « parce qu'un serviteur de Dieu la porte au malheureux sans lumière ». Alors l'homme voit sa laideur, sa déchéance, et, horrifié de lui-même, il crie comme David : « Pitié pour moi, mon Dieu, en ta bonté, en ta grande tendresse efface mon péché. »

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même, et elle tient dans ce que le pécheur ne dit pas.

Jésus insiste sur la formulation exacte du repentir de David, en la distinguant de son contraire :

« Il ne dit pas : “ Je ne peux être pardonné, et pour cela je reste dans mon péché ”, mais au contraire : “ Je suis humilié, j'ai le cœur brisé, mais je te prie […] de m'asperger et de me purifier pour que je redevienne blanc plus que la neige des sommets. ” »

EMV 94.7

Le désespoir est donc traité comme la vraie faute, distincte du péché lui-même : constater sa laideur et en conclure qu'il n'y a rien à faire. Le remède est nommé ensuite, dans les termes du psaume : « Mon sacrifice n'est pas un holocauste de béliers et de bœufs, mais un cœur brisé. »

Vient enfin l'argument a fortiori, qui est la pointe :

« Voilà ce que disait David […] après que Nathan, le serviteur du Seigneur, l'eut amené à se repentir. À plus forte raison, c'est cela que doivent dire les pécheurs, maintenant que le Seigneur leur envoie, non pas un de ses serviteurs, mais le Rédempteur lui-même. »

EMV 94.7

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Le péché n'aveugle pas : il enfume. L'image est précise et physique. Le sanctuaire intérieur n'est ni détruit ni profané — il devient irrespirable. Ce qui explique le mécanisme donné en ouverture : l'esprit « embrumé » empêche de voir la face de Dieu et de comprendre ses paroles. On ne perd pas la foi, on perd la visibilité. Et l'on continue d'habiter le même lieu, devenu invivable.

La lumière revient de l'extérieur. L'homme enfumé ne se rallume pas seul : « un serviteur de Dieu la porte au malheureux sans lumière ». Pour David, ce fut Nathan. La reconnaissance du péché est donc présentée comme un service rendu par un tiers — ce qui suppose quelqu'un d'assez courageux pour aller le dire.

Un sermon adressé à un seul auditeur. Quelques minutes plus tôt, Pierre a détaillé les orgies d'un publicain — ses compagnes, ses taxes doublées, sa conduite vicieuse — et Jésus l'a fait taire d'un regard. Puis, sans rouleau, il improvise sur un roi adultère et meurtrier qui obtient le pardon. Le rapprochement n'est jamais fait, et Pierre est dans l'assistance, au dernier rang, rouge de honte.

Le sacrifice qui plaît n'est pas un animal. Jésus fait dire à David que Dieu ne veut ni béliers ni bœufs, et il le dit dans une synagogue, un jour de sabbat, à des gens dont c'est la religion. La phrase est du psaume, donc irréfutable ; mais l'endroit où elle est prononcée lui donne son tranchant.

Résonances bibliques

  • Psaume 51 (50) — le Miserere, cité presque intégralement en paraphrase : « efface mon péché », « je suis né dans le péché », « lave-moi, je serai blanc plus que neige », « mon sacrifice, c'est un esprit brisé ».
  • 2 Samuel 11-12 — la faute de David avec Bethsabée, et Nathan envoyé pour la lui faire reconnaître par une parabole.
  • Luc 5, 8 — « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un pécheur » : Pierre, qui vient précisément de juger un autre pécheur.
  • Matthieu 7, 1-5 — « Ne jugez pas, afin de n'être pas jugés » : la leçon implicite de la scène.
  • Isaïe 1, 11-18 — « Que m'importe la multitude de vos sacrifices ?… Vos péchés seraient-ils comme l'écarlate, ils deviendront blancs comme la neige. »
  • 2 Corinthiens 7, 10 — « La tristesse selon Dieu produit un repentir qui mène au salut ; la tristesse du monde produit la mort » : exactement la distinction que Jésus établit entre les deux phrases possibles du pécheur.
Apologue de David repentant — Les paraboles de Jésus