Parabole du publicain et du pharisien
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 523
Le récit
Deux hommes montent au Temple le même jour, comme le fait tout Juif de passage à Jérusalem. Mais avant de les y suivre, la parabole raconte leur matinée — et c'est là qu'elle se sépare de la version connue.
Le pharisien est venu encaisser. Il inspecte les boutiques dont il est propriétaire, en trouve une bien achalandée, félicite le locataire, se fait dire le montant du loyer et le double sur-le-champ. L'homme proteste : il n'y aura plus aucun bénéfice. Réponse : faut-il donc l'enrichir à ses propres frais ? Paie ou sors. Le second locataire subit le même traitement, puis le troisième, chargé de famille, qui résiste et se retrouve à la rue, marchandise saisie, boutique scellée. Rentré chez lui, le pharisien éplucha les comptes de ses intendants dans l'espoir de leur trouver une négligence à sanctionner. L'un d'eux avait vendu une part de son huile pour soigner un fils mourant ; il demande un délai, promet de rattraper par du travail supplémentaire. Le maître va lui-même au pressoir et emporte ce qui restait — la nourriture de l'homme et l'huile de la lampe qui l'aidait à veiller son enfant la nuit.
Le publicain, lui, verse sa collecte et son supérieur relève un manque : trois cent soixante as. Il explique. Une veuve, sept enfants ; l'aîné pêche seul, trop faible pour s'éloigner du rivage, incapable de payer un homme d'équipage ; le poisson suffit à peine à les nourrir. Il n'a pas eu le cœur d'exiger la taxe de la barque et des filets. Le supérieur comprend mais ne transige pas : qu'ils vendent la barque. C'est leur pain de demain et le souvenir de leur père, répond le publicain — puis il paie les trois cent soixante as de sa poche.
Au Temple, dans la salle du Trésor, le pharisien sort une bourse volumineuse et la vide jusqu'à la dernière pièce, avec tout le bruit voulu : dedans, le surplus arraché aux boutiquiers et le prix de l'huile revendue. Le publicain jette une poignée de piécettes en gardant de quoi rentrer chez lui. Le plus généreux, en apparence, est le premier — sauf qu'il lui reste sa fortune chez lui et du crédit chez les changeurs.
Puis viennent les deux prières. Celle du pharisien, debout, tout en avant, énumère ses mérites, remercie Dieu de ce qu'il est en précisant que c'est par son propre mérite, et désigne nommément le publicain comme un avare qui a partagé son argent en deux pour aller festoyer. Celle du publicain, au fond, la tête basse, avoue son indignité, demande la grâce d'accorder l'obéissance à ses chefs avec la pitié due aux malheureux, et soumet à Dieu l'usage qu'il a fait de l'argent du Trésor : s'il s'est trompé, il remboursera et rentrera chez lui à pied en mendiant.
La morale
● Énoncée par Jésus lui-même.
Le verdict est prononcé sans intermédiaire, et il durcit l'issue :
« Le pharisien sortit du Temple avec un nouveau péché ajouté à ceux déjà faits […] alors que le publicain en sortit justifié. »
EMV 523.9
La raison est donnée dans la foulée : le second a été humble et miséricordieux, et ses actes ont dépassé en sainteté ses paroles ; le premier n'était bon qu'en surface. Suit la sentence traditionnelle sur celui qui s'exalte et celui qui s'abaisse, avec une précision temporelle notable — l'humiliation viendra tôt ou tard, ici ou dans l'autre vie.
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
L'écart avec Luc est massif. Chez Luc, on ne sait rien des deux hommes : tout se joue dans deux prières, et le lecteur doit croire sur parole que l'une vaut mieux que l'autre. Ici, les trois quarts du récit se déroulent avant le Temple. La prière ne fait plus que révéler une conduite déjà connue, et le pharisien qui se dit non rapace vient d'expulser un père de famille. Le déplacement est considérable : la parabole cesse de porter sur la seule disposition intérieure pour devenir une démonstration par les faits.
Une obole de la veuve inversée. Le pharisien donne tout ce qu'il a sur lui ; le publicain garde de quoi rentrer. Selon le critère de l'épisode évangélique bien connu, le premier devrait l'emporter. Le texte prend soin de désamorcer le calcul en signalant les réserves et le crédit du donateur. On peut y voir un avertissement sur la limite des critères visibles, fussent-ils ceux que l'Évangile lui-même a rendus célèbres.
Une théologie du métier. La prière du publicain contient une phrase que Luc n'a pas et qui excède le cadre de la parabole : « Tout travail est saint, s'il est fait avec charité » (EMV 523.8). Elle ne demande pas de quitter un emploi qui fait souffrir autrui, mais la grâce de l'exercer sans y trouver sa condamnation. Adressée, à Jéricho, à des collecteurs d'impôts fraîchement convertis, elle est tout sauf abstraite.
Résonances bibliques
- Luc 18, 9-14 — la version canonique, avec sa conclusion presque mot pour mot.
- Marc 12, 41-44 ; Luc 21, 1-4 — l'obole de la veuve, dont la scène du Trésor propose ici le contre-exemple.
- Osée 6, 6 — « C'est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice » : l'axe même du jugement porté sur les deux offrandes.
- Isaïe 1, 11-17 — le culte abondant récusé au profit du droit de la veuve et de l'orphelin ; la veuve aux sept enfants en est la transposition narrative.
Passages cités : Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 523 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.