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48Troisième année de vie publiqueChapitre 523Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.Lc 18, 9-14×11

Parabole du publicain et du pharisien

Troisième année de vie publique — À Jéricho, dans la même prise de parole publique que la parabole des malades qui guérissent, aussitôt après elle. Jésus l'annonce comme un remède à une pensée très répandue : chacun se juge soi-même, et comme il ne s'en trouve guère qu'un sur mille pour être vraiment humble, chacun se croit le seul parfait tout en comptant les fautes du voisin par centaines.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 523

Le récit

Deux hommes montent au Temple le même jour, comme le fait tout Juif de passage à Jérusalem. Mais avant de les y suivre, la parabole raconte leur matinée — et c'est là qu'elle se sépare de la version connue.

Le pharisien est venu encaisser. Il inspecte les boutiques dont il est propriétaire, en trouve une bien achalandée, félicite le locataire, se fait dire le montant du loyer et le double sur-le-champ. L'homme proteste : il n'y aura plus aucun bénéfice. Réponse : faut-il donc l'enrichir à ses propres frais ? Paie ou sors. Le second locataire subit le même traitement, puis le troisième, chargé de famille, qui résiste et se retrouve à la rue, marchandise saisie, boutique scellée. Rentré chez lui, le pharisien éplucha les comptes de ses intendants dans l'espoir de leur trouver une négligence à sanctionner. L'un d'eux avait vendu une part de son huile pour soigner un fils mourant ; il demande un délai, promet de rattraper par du travail supplémentaire. Le maître va lui-même au pressoir et emporte ce qui restait — la nourriture de l'homme et l'huile de la lampe qui l'aidait à veiller son enfant la nuit.

Le publicain, lui, verse sa collecte et son supérieur relève un manque : trois cent soixante as. Il explique. Une veuve, sept enfants ; l'aîné pêche seul, trop faible pour s'éloigner du rivage, incapable de payer un homme d'équipage ; le poisson suffit à peine à les nourrir. Il n'a pas eu le cœur d'exiger la taxe de la barque et des filets. Le supérieur comprend mais ne transige pas : qu'ils vendent la barque. C'est leur pain de demain et le souvenir de leur père, répond le publicain — puis il paie les trois cent soixante as de sa poche.

Au Temple, dans la salle du Trésor, le pharisien sort une bourse volumineuse et la vide jusqu'à la dernière pièce, avec tout le bruit voulu : dedans, le surplus arraché aux boutiquiers et le prix de l'huile revendue. Le publicain jette une poignée de piécettes en gardant de quoi rentrer chez lui. Le plus généreux, en apparence, est le premier — sauf qu'il lui reste sa fortune chez lui et du crédit chez les changeurs.

Puis viennent les deux prières. Celle du pharisien, debout, tout en avant, énumère ses mérites, remercie Dieu de ce qu'il est en précisant que c'est par son propre mérite, et désigne nommément le publicain comme un avare qui a partagé son argent en deux pour aller festoyer. Celle du publicain, au fond, la tête basse, avoue son indignité, demande la grâce d'accorder l'obéissance à ses chefs avec la pitié due aux malheureux, et soumet à Dieu l'usage qu'il a fait de l'argent du Trésor : s'il s'est trompé, il remboursera et rentrera chez lui à pied en mendiant.

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même.

Le verdict est prononcé sans intermédiaire, et il durcit l'issue :

« Le pharisien sortit du Temple avec un nouveau péché ajouté à ceux déjà faits […] alors que le publicain en sortit justifié. »

EMV 523.9

La raison est donnée dans la foulée : le second a été humble et miséricordieux, et ses actes ont dépassé en sainteté ses paroles ; le premier n'était bon qu'en surface. Suit la sentence traditionnelle sur celui qui s'exalte et celui qui s'abaisse, avec une précision temporelle notable — l'humiliation viendra tôt ou tard, ici ou dans l'autre vie.

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

L'écart avec Luc est massif. Chez Luc, on ne sait rien des deux hommes : tout se joue dans deux prières, et le lecteur doit croire sur parole que l'une vaut mieux que l'autre. Ici, plus de la moitié du récit se déroule avant le Temple — 52 %, mesuré. La prière ne fait plus que révéler une conduite déjà connue, et le pharisien qui se dit non rapace vient d'expulser un père de famille. Le déplacement est considérable : la parabole cesse de porter sur la seule disposition intérieure pour devenir une démonstration par les faits.

Une obole de la veuve inversée. Le pharisien donne tout ce qu'il a sur lui ; le publicain garde de quoi rentrer. Selon le critère de l'épisode évangélique bien connu, le premier devrait l'emporter. Le texte prend soin de désamorcer le calcul en signalant les réserves et le crédit du donateur. On peut y voir un avertissement sur la limite des critères visibles, fussent-ils ceux que l'Évangile lui-même a rendus célèbres.

Une théologie du métier. La prière du publicain contient une phrase que Luc n'a pas et qui excède le cadre de la parabole : « Tout travail est saint, s'il est fait avec charité » (EMV 523.8). Elle ne demande pas de quitter un emploi qui fait souffrir autrui, mais la grâce de l'exercer sans y trouver sa condamnation. Adressée, à Jéricho, à des collecteurs d'impôts fraîchement convertis, elle est tout sauf abstraite.

Le texte évangélique

Traduction de l'abbé Augustin Crampon (1923), dans le domaine public. Les passages ci-dessous sont ceux dont la parabole valtortienne est le parallèle.

Luc 18, 9-14 — le pharisien et le publicain

9 Il dit encore cette parabole en vue de quelques gens persuadés de leur propre perfection, et pleins de mépris pour les autres :
10 " Deux hommes montèrent au temple pour prier ; l'un était Pharisien, l'autre publicain.
11 Le Pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : O Dieu, je vous rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont voleurs, injustes et adultères, ni encore comme ce publicain.
12 Je jeûne deux fois la semaine ; je paie la dîme de tous mes revenus.
13 Le publicain, se tenant à distance, ne voulait pas même lever les yeux au ciel ; mais il frappait sa poitrine en disant : O Dieu, ayez pitié de moi qui suis un pécheur !
14 Je vous le dis, celui-ci descendit justifié dans sa maison, plutôt que celui-là ; car quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé. "

L'écart avec l'Évangile

L'ampleur

Crampon tient en 810 caractères, l'EMV en 8 872 — onze fois plus. Mais l'écart n'est pas réparti également. Les deux prières, versets 11 à 13, passent de 439 à 2 898 caractères, soit six fois et demie ; la conclusion du verset 14, de 154 à 821, soit cinq fois. Le gonflement vient d'ailleurs : le verset 10, « Deux hommes montèrent au temple pour prier », 87 caractères, devient 3 950 caractères de récit — quarante-cinq fois plus. Sur les 7 657 caractères du récit proprement dit, un peu plus de la moitié se joue avant que les deux hommes aient mis le pied au Temple.

La scène

Crampon ne situe qu'un auditoire, et par un trait moral : « quelques gens persuadés de leur propre perfection, et pleins de mépris pour les autres ». Ici, on est à Jéricho, la matinée avancée ; Jésus vient de sortir de la maison de Zachée, il parle du haut du perron d'une maison devant un endroit « déjà noir de monde », et il ouvre par « Ecoutez, habitants de Jéricho, les paraboles du Seigneur ».

Ceux qui écoutent. L'essentiel tient à eux. Quinze hommes suivent le groupe, d'anciens pécheurs récemment venus à Jésus, dont certains gardent dans le regard ce que « leur long entraînement à des occupations… d'escroquerie fiscale ou de commandement brutal a rendus rapaces et durs » ; Jésus les a fait passer devant lui, au premier rang, sous les murmures de la ville. La parabole du publicain est donc dite en présence d'anciens publicains, et devant ceux qui les montrent du doigt.

Ce qui est ajouté

Le verset 10 dit que deux hommes montèrent au Temple « pour prier ». Ici, ils sont venus « à Jérusalem pour affaires », et la montée n'est qu'un usage : « comme il convient à tout bon juif chaque fois qu'il met les pieds dans la Cité sainte ».

La matinée du pharisien. Suit la matinée que Luc ignore entièrement. Le pharisien passe encaisser ses loyers : un tenancier paie « Cent didrachmes par mois », il double la redevance et exige l'année d'avance — « Ou bien tu me donnes tout de suite deux mille quatre cents didrachmes, ou bien je te mets dehors, et je prends la marchandise » ; le troisième locataire résiste, alors « il appela les gardes et fit poser les scellés en jetant le malheureux dehors ». Rentré, il éplucha les registres de ses intendants « pour trouver de quoi les punir comme paresseux et s'accaparer la part qu'ils s'étaient réservée de droit », et repartit du pressoir avec l'huile que l'un d'eux gardait « pour sa misérable nourriture et pour alimenter la lampe qui lui permettait de veiller son fils pendant la nuit ».

La matinée du publicain. Il rend des comptes sur un manque de trois cent soixante as : « Je n'ai pas eu le cœur d'exiger la taxe » d'une veuve à sept enfants ; son supérieur tranche — « Que le jeune change de métier et vende la barque s'ils ne peuvent pas payer » — et il paie de sa bourse.

Au Trésor. S'ajoute encore une scène entière, que Luc n'a pas : le pharisien « tira avec ostentation de son sein une bourse volumineuse et il la secoua jusqu'au dernier sou dans le Trésor », le publicain « jeta une poignée de piécettes après avoir gardé ce qui lui était nécessaire pour retourner chez lui » — et le narrateur prend soin de préciser que le premier « avait des crédits ouverts auprès des riches changeurs ».

Les places. Le « debout » de Crampon devient « tout en avant près de la limite de la Cour des Juifs, vers le Saint », et le « se tenant à distance » devient « tout au fond, presque sous la voûte qui menait dans la Cour des Femmes ».

Ce qui est changé

Le point le plus net tient dans un mot. Crampon fait dire au pharisien qu'il n'est pas « comme le reste des hommes, qui sont voleurs, injustes et adultères » ; l'EMV remplace « voleurs » par « rapace » — « Je ne suis pas rapace, injuste, adultère, pécheur comme ce publicain » — et le lecteur vient de le voir doubler trois loyers, sceller une boutique et enlever à un père l'huile de la lampe de son fils mourant. L'accusation la plus détaillée qu'il porte est fausse de la même manière : « Cet avare, au contraire, a fait deux parts et il t'a donné la plus petite. Il va certainement garder l'autre pour faire bombance et pour les femmes » — alors que la seconde part, on le sait, est passée à la taxe de la veuve.

Ensuite, l'action de grâces. Chez Luc, le pharisien rend grâce à Dieu de ce qu'il est ; ici il précise à qui revient le mérite : « bien que je sache que c'est par mon mérite que je le suis, je te remercie, comme la loi le prescrit, de ce que je suis ». Le remerciement devient une formalité légale posée sur un mérite qu'il s'attribue. Sa prière, que Luc dit faite « en lui-même », est ici parlée à haute voix devant un homme qu'il désigne.

Le publicain. Il change aussi : Luc ne lui donne qu'un cri, l'EMV lui donne un plaidoyer, où il expose et soumet à Dieu son propre calcul — « j'ai pensé que prendre l'argent destiné au Temple pour soulager huit cœurs malheureux valait mieux que le verser au Trésor » — avec une réparation offerte au cas où il se serait trompé : « je te rendrai jusqu'au dernier sou et je retournerai au village à pied en mendiant mon pain ».

Les yeux. Enfin, ils ne se lèvent pas vers le même point : chez Crampon il ne veut « pas même lever les yeux au ciel », ici il « n'osait lever les yeux vers les portes précieuses du hécal ».

Ce qui tombe

Peu de chose, et toujours par substitution. Les destinataires nommés du verset 9 disparaissent comme groupe : au lieu de « quelques gens », l'EMV pose un diagnostic général, « un homme sur mille est vraiment humble ». Le « en lui-même » du verset 11, le « au ciel » du verset 13 et le comparatif du verset 14, « plutôt que celui-là », n'ont pas d'équivalent. La liste des mérites, elle, se maintient presque mot pour mot : « je jeûne deux fois par semaine, je paie la dîme sur tout ce que je possède », et le publicain frappe toujours sa poitrine.

La pointe

Luc pèse deux prières et rend un verdict comparatif : l'un descend justifié « plutôt que » l'autre, sans qu'on dise l'autre condamné. L'EMV supprime la comparaison et rend deux verdicts pleins : le pharisien sort « avec un nouveau péché ajouté à ceux déjà faits », et de lui il est dit que « Dieu le haïssait pour ce motif ».

Le critère déplacé. La raison donnée le porte hors de la prière : le publicain est justifié parce que « ses actes avaient été encore plus saints que ses paroles », le pharisien perdu parce qu'il « n'était bon qu'en paroles et extérieurement ». La sentence finale reçoit enfin une échéance que Luc laisse ouverte — « Si ce n'est pas ici, ce sera dans l'autre vie » — et la prière du publicain a glissé au passage une maxime qui n'appartient plus à la parabole : « Tout travail est saint, s'il est fait avec charité ».

Ampleur ×11 — Écarts : amplifiée · mobile ajouté · détail technique · auditoire changé · pointe déplacée

Résonances bibliques

  • Luc 18, 9-14 — la version canonique, avec sa conclusion presque mot pour mot.
  • Marc 12, 41-44 ; Luc 21, 1-4 — l'obole de la veuve, dont la scène du Trésor propose ici le contre-exemple.
  • Osée 6, 6 — « C'est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice » : l'axe même du jugement porté sur les deux offrandes.
  • Isaïe 1, 11-17 — le culte abondant récusé au profit du droit de la veuve et de l'orphelin ; la veuve aux sept enfants en est la transposition narrative.
Parabole du publicain et du pharisien — Les paraboles de Jésus