Parabole des malades qui guérissent
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 523
Le récit
Cette parabole n'est pas une histoire mais une comparaison, développée jusqu'au bout de ses conséquences. Jésus pose deux catégories : ceux qui ont péché puis se sont relevés, et ceux qui n'ont jamais rien commis de grave — cette seconde espèce, note-t-il au passage, étant plus rare que les perles noires. Les premiers sont des malades qui guérissent, les seconds des bien-portants.
Le monde connaît la même division dans l'ordre du corps. Or il ne traite pas les deux de la même manière, et c'est là que le récit bascule. Qu'un malade recouvre la santé — même un lépreux, l'homme dont on avait le plus de raisons de se protéger — et la cité entière fait fête au revenant. On l'examine, on le déclare pur, on l'accueille, on lui refait un toit, on lui rend ses affaires. Chacun voit dans sa guérison le doigt de Dieu et honore Dieu à travers lui. Mieux : lorsque les premières taches apparaissent sur la peau d'un proche, sa famille le comble de tendresse comme pour lui remettre d'un coup les années d'affection qu'il n'aura pas.
Passons à la maladie de l'âme, et tout s'inverse. Voit-on quelqu'un commencer à mal tourner ? Une mère, un père, une épouse, une sœur tenteront peut-être quelque chose ; un frère déjà rarement. Les honnêtes gens, eux, se contentent de commenter, de railler, de s'indigner, de tenir le fautif à distance comme un contagieux ; les autres se font ses complices pour y gagner. Et quand il finit par se relever, on lui reproche de démentir les pronostics de damnation qu'on avait portés sur lui.
La morale
● Énoncée par Jésus lui-même.
Le point de départ est formulé sans détour dès la première phrase :
« À quoi comparerai-je ceux qui, après avoir été pécheurs, se sont ensuite convertis ? À des malades qui guérissent. »
EMV 523.5
Et l'application arrive sous forme de questions dont aucune n'attend de réponse : la maladie spirituelle n'est-elle pas la plus mortelle des deux ? Se réjouir de la guérison d'un bœuf ou d'un pigeon, et non de celle d'une âme, est-ce cohérent ? Le Ciel entier exulte quand un pécheur revient — d'où la formule qui referme le raisonnement :
« Et vous, les hommes, voulez-vous vous montrer plus intransigeants que Dieu ? »
EMV 523.5
Deux consignes suivent, plus exigeantes que la simple tolérance : ne pas mépriser le converti, mais l'imiter, car nul n'est parfait au point de ne rien pouvoir apprendre d'autrui ; et faire en sorte que ses propres actes valident ses propres discours.
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
Une parabole avec des destinataires visibles. Le chapitre a pris soin, quelques lignes plus haut, de placer sous les yeux du lecteur les quinze hommes qui baissent la tête sous les insultes de Jéricho. Jésus les avait fait passer devant lui en leur conseillant l'indifférence au jugement du monde. La parabole vient ensuite : elle ne parle pas d'un cas d'école, elle défend des gens présents. Le vrai public n'est pas celui qu'on croit — ce sont les bien-portants qu'on interpelle.
Le renversement du dispositif de pureté. L'argument emprunte tout son vocabulaire au rituel de la lèpre : l'examen, la purification, la réintégration. Il fait apparaître qu'Israël dispose d'une procédure complète pour réadmettre un corps guéri et d'aucune pour réadmettre une vie changée. Rien n'interdit d'y lire une critique du sacré déplacé — que Jésus formule d'ailleurs juste après, en cherchant la présence de Dieu moins dans l'encens du Temple que dans les âmes redevenues des autels.
Le miracle qui la précède. Jésus vient de guérir à distance le fils mourant d'une femme originaire de Milet, et de faire remarquer qu'elle a cru mieux que beaucoup d'Hébreux. La leçon sur l'étranger et sur le pécheur relevé se répondent : dans les deux cas, la surprise vient d'où l'on n'attendait rien.
Résonances bibliques
- Luc 15, 7 — « Il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour quatre-vingt-dix-neuf justes. » La parabole en tire la conséquence pratique que le verset laissait implicite.
- Luc 15, 25-32 — le fils aîné qui refuse d'entrer dans la fête : le portrait exact du concitoyen décrit ici.
- Lévitique 14 ; Matthieu 8, 4 — le lépreux guéri présenté au prêtre pour être déclaré pur, procédure à laquelle toute l'argumentation est adossée.
- Luc 19, 1-10 — Zachée, chez qui Jésus loge à Jéricho au moment même où il prononce ces mots, et dont la conversion est le cas type visé.
Passages cités : Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 523 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.