Parabole des quatre fleuves du paradis
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 554
Le récit
« Maintenant, nous allons raconter une jolie parabole pour les enfants. Venez ici, tout près. »
Un jour, le Seigneur Dieu dit : je vais faire l'homme, et il vivra dans le paradis terrestre où coule le grand fleuve qui se divise ensuite en quatre — le Phison, le Géhon, l'Euphrate et le Tigre. L'homme sera heureux : il possédera toutes les beautés de la Création, et l'amour de Dieu pour la joie de son esprit. C'était comme une grande île fleurie, avec tous les arbres et tous les animaux, « et tout au-dessus était l'amour de Dieu, qui servait de soleil à l'âme, et la voix de Dieu était dans les vents, plus mélodieuse qu'un chant d'oiseau ».
Puis un serpent entra en rampant — différent de ceux que Dieu avait créés, qui étaient bons, « sans crochet venimeux, sans férocité dans les replis de leur corps sinueux ». Celui-là s'était vêtu d'une peau aux couleurs des plus admirables pierres précieuses, au point de ressembler « à un grand collier de roi qui avançait en ondulant ». Il alla s'enrouler autour de l'arbre au milieu du Jardin.
« Placé là, le serpent avait l'air d'un bijou, il brillait au soleil, et tous les animaux le regardaient, car aucun ne se souvenait de l'avoir vu être créé. Mais personne ne s'en approchait. »
EMV 554.10
Seuls l'homme et la femme s'approchèrent — la femme d'abord, « charmée par cette apparition luisante et majestueuse qui bougeait la tête, semblable à une fleur à moitié éclose ». Elle écouta, désobéit, fit désobéir Adam. Et ce fut seulement ensuite qu'ils virent le serpent tel qu'il était.
Dieu plaça des anges à la limite du Jardin. « Ce fut comme si les hommes étaient jetés de la rive tranquille de l'Éden dans les fleuves remplis d'eau comme quand arrivent les crues du printemps. » Mais il leur laissa deux choses : le souvenir de leur destinée éternelle, et « le saint désir de retrouver le paradis perdu, en menant une vie de juste ».
La morale
● Énoncée par Jésus lui-même, à partir du jeu auquel les enfants viennent de jouer.
Vous avez vu tout à l'heure : tant qu'un bateau descend le courant, il avance facilement ; quand il le remonte, il peine à rester en surface, à ne pas être bousculé, à ne pas s'échouer dans les herbes, le sable ou les pierres.
« Il leur faut toujours rester entre les mains de Dieu, en lui confiant leur volonté, qui est — comme le jonc — aux mains du bon Père qui est dans les Cieux. »
EMV 554.10
Et il faut « avoir l'œil bien ouvert » pour éviter ce qui pourrait « retenir, briser ou engloutir la barque de leur âme en arrachant le fil de la volonté qui les tient unis à Dieu ». Car le Serpent n'est plus dans le Jardin : il est sur la terre, et il cherche à empêcher les âmes de remonter « par l'Euphrate, le Tigre, le Géhon et le Phison jusqu'au grand Fleuve qui court dans le Paradis éternel ».
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
La géographie de la Genèse devient un itinéraire de retour. Les quatre fleuves qui sortaient de l'Éden pour arroser la terre servent ici de chemin inverse : ce qui a distribué l'humanité au loin est ce qu'il faut remonter. La chute est décrite comme une descente de courant, le salut comme une navigation à contre-courant. D'où le mot d'ordre — non pas résister au mal, mais tenir le fil.
Le jonc, c'est la volonté. L'image est prise du jeu de la matinée : Pierre avait amarré les barques d'enfants avec des joncs souples, et celui qui a lâché a perdu la sienne. Le lien n'est ni une chaîne ni un ancrage — c'est une tige flexible qu'on peut lâcher à tout instant, et que quelqu'un d'autre tient à l'autre bout.
Le serpent est beau, et il ne fait pas peur aux bêtes — il les éloigne. Détail propre à ce récit : tous les animaux regardent, aucun n'approche. Seuls l'homme et la femme viennent. L'instinct des bêtes les a préservés ; l'intelligence humaine, elle, s'est laissé charmer. La parabole retourne ainsi l'ordre des dignités qu'on attendrait.
On ne voit le serpent qu'après avoir péché. « Ce fut seulement ensuite qu'ils virent le serpent pour ce qu'il était. » La lucidité arrive quand elle ne sert plus. C'est peut-être la notation la plus adulte d'un récit fait pour des enfants assis sur ses genoux.
Une parabole racontée à trois semaines de la Passion. Ephraïm est le lieu de retraite où Jésus se cache après la résurrection de Lazare, quand le Sanhédrin a décidé sa mort. Il passe un sabbat sur un îlot, avec des enfants sur les genoux, à raconter comment on remonte les fleuves. Un peu plus tôt dans la même journée, il avait dit de l'île elle-même qu'elle était un symbole — le lieu séparé du monde « où pousse un arbre unique : celui de la Sagesse ».
Résonances bibliques
- Genèse 2, 10-14 — le fleuve de l'Éden qui se divise en quatre bras : le Pishôn, le Guihôn, le Tigre et l'Euphrate.
- Genèse 3, 1-24 — la tentation, la découverte de la nudité, le mensonge, et les chérubins postés à l'orient du jardin.
- Apocalypse 22, 1-2 — « le fleuve d'eau de la vie » et l'arbre de vie qui porte douze fruits : le terme de la remontée.
- Apocalypse 12, 9 — « le serpent ancien, appelé Diable et Satan, fut précipité sur la terre » : le Serpent qui n'est plus dans le Jardin.
- 2 Corinthiens 11, 14 — « Satan lui-même se déguise en ange de lumière » : la peau de pierres précieuses.
- Matthieu 18, 3-5 — « Quiconque accueille en mon nom un petit enfant comme celui-ci, c'est moi qu'il accueille. »
Passages cités : Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 554 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.