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49Troisième année de vie publiqueChapitre 558Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.

Parabole de la goutte d'eau sur la pierre dure

Troisième année de vie publique — Sur une route déserte de montagne, entre Éphraïm et Sichem, quelques semaines avant la Passion. Jésus raccompagne un groupe de Samaritains et deux enfants juchés sur des ânes. Ses hôtes viennent de le presser de rester chez eux : Sion ne l'aimera jamais, l'Ébal et le Garizim l'accueilleront mieux.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 558

Le récit

Jésus commence par un argument tiré du métier de ses interlocuteurs. Ces Samaritains sont des commerçants : renoncent-ils à traiter dans une ville sous prétexte qu'on ne les y aime pas ? Non — seule compte l'affaire, et une seule bonne transaction justifie le déplacement, sachant qu'on en fera trois la fois suivante, puis sept, puis des dizaines. Il en va de même pour les conquêtes du Ciel : une âme suffit à payer la peine, et les mépris rencontrés en chemin sont à tenir pour désirables.

Puis il montre, en contrebas d'une source, une pierre.

La source est chétive : elle ne jaillit pas, elle suinte. Une goutte se détache, tombe de la corniche, frappe la roche en saillie et s'y perd. Cette roche n'est ni du calcaire friable ni de l'albâtre tendre : c'est du basalte, la matière la plus rétive qui soit. Et pourtant, au sommet même de la masse bombée, là où l'eau ne devrait pas tenir, s'est formée une petite vasque — de la taille d'une corolle de nénuphar, assez large tout de même pour porter un reflet de ciel et pour désaltérer les oiseaux du voisinage.

Aucune main humaine n'a taillé cette coupe. La première goutte n'y suffisait évidemment pas, ni la millième : il en a fallu des milliards, tombant à intervalles réguliers comme le sable d'un sablier, à travers les heures, les sabbats, les lunaisons, les siècles. Un homme, impatient par orgueil, aurait jeté ses outils au bout de quelques coups en déclarant la chose impossible. La goutte, elle, faisait simplement ce pour quoi elle existait.

Deux détails achèvent l'image. Une fois la vasque creusée, la goutte n'a pas passé la main aux pluies et aux rosées : c'est elle qui continue de la remplir, l'été comme l'hiver, tandis que les averses ne font que rider un miroir qu'elles ne sauraient ni élargir ni approfondir. Et la source, qui sait bien que ses gouttes descendent y mourir, ne les retient pas : elle en envoie d'autres derrière, pour que celle qui se perd ne soit pas seule et se prolonge dans les suivantes.

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même.

L'application est donnée aussitôt, et elle est double. Jésus est la goutte, les cœurs fermés sont le basalte, et son œuvre se poursuivra par ceux qu'il enverra après lui jusqu'à la fin des temps ; sa Loi finira par entrer partout où il y a des hommes. Si ceux-ci referment ensuite les passages ouverts à si grands frais, la faute ne retombera ni sur lui ni sur ses successeurs.

Vient alors la contre-épreuve, posée aux Samaritains sous forme de question : si la source, découragée par la dureté de la pierre, avait dévié vers un pré, qu'aurait-on trouvé ? De l'herbe un peu plus drue, ou des racines pourries, ou de la boue — et rien de plus. D'où la conclusion sur le choix du terrain difficile :

« S'il n'y a pas de fatigue, il n'y a pas de mérite, et guère de profit : on fait peu de conquêtes, puisqu'on se borne aux personnes déjà justes. »

EMV 558.4

Toute la parabole tient d'ailleurs dans une formule de quatre mots, au cœur du récit : « Le rocher résistait, la goutte persistait » (EMV 558.3).

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Un refus poli. Ce que les Samaritains proposent est une retraite honorable : rester là où l'on est aimé. La parabole est la réponse, et elle a la courtoisie de ne jamais nommer l'offre qu'elle décline. Travailler auprès des cœurs favorables serait, dit le texte, un arrangement agréable entre le devoir et le plaisir. Que cette leçon soit adressée à des gens dont le seul tort est d'accueillir trop bien lui donne une saveur particulière.

Une parabole tournée vers l'après. Peu de paraboles évangéliques intègrent aussi explicitement la succession : la goutte n'agit pas seule, la source en envoie d'autres pour que le travail continue après elle. On peut y voir une image de l'Église, mais aussi une réponse anticipée à l'objection soulevée par les Samaritains eux-mêmes — il te faudrait des siècles, et tu n'es qu'un homme. La réplique tient en ceci que le creusement ne dépend pas de la durée d'une vie.

La question de l'échec. Le raisonnement s'achève sur un point rarement traité : si les passages ouverts sont refermés, personne n'en répond devant Dieu que celui qui les referme. Rien n'interdit d'y lire une consolation destinée moins aux auditeurs de ce jour qu'aux apôtres qui liront plus tard la scène — et qui connaîtront, eux aussi, le basalte.

Résonances bibliques

  • Jean 4, 5-42 — la Samaritaine près de Sichem, et le mot sur l'adoration « en esprit et en vérité », ni sur cette montagne ni à Jérusalem : le chapitre y renvoie presque littéralement quelques lignes plus loin.
  • Jean 10, 16 — « il y aura un seul troupeau et un seul pasteur », que reprend la promesse d'un seul peuple, d'un seul Temple, d'une seule foi.
  • Job 14, 19 — les eaux qui creusent la pierre : la seule image biblique où l'usure lente de la roche par l'eau est déjà un motif de méditation, ici retournée du pessimisme à l'espérance.
  • Luc 15, 4-7 — la valeur d'une seule brebis retrouvée, principe économique de toute la première partie du dialogue.
Parabole de la goutte d’eau sur la pierre dure — Les paraboles de Jésus