Parabole de la voile et du tourbillon
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 565
Le récit
Jean rapporte les mots de Samuel : « Généralement, en vivant près de quelqu'un qui est vraiment bon, on devient bon. Mais Judas ne l'est pas, bien qu'il vive avec le Maître depuis trois ans. » Et il ajoute : « Je n'ai su que dire… car c'est vrai. » Puis vient sa question, qui est celle d'un ami loyal :
« Mais pourquoi Judas est-il ainsi ? Est-il possible qu'il ne change jamais ? Et pourtant… nous avons tous les mêmes enseignements… et quand il est venu parmi nous, il n'était pas pire que nous… »
EMV 565.16
Jésus l'embrasse sur le front et lui répond dans les cheveux, à voix basse. Puis il prend l'image dans le métier de Jean.
Tu es pêcheur : tu sais comment réagit la voile quand le tourbillon la presse. Elle s'incline si fort vers l'eau qu'elle pourrait renverser la barque — au point qu'il faut parfois l'abaisser « et se passer d'aile pour aller au nid ».
« Car la voile, prise par le tourbillon, n'est plus une aile, mais du lest qui l'entraîne au fond, à la mort, au lieu de l'amener à terme. Mais si le souffle féroce du tourbillon s'apaise, ne serait-ce que de courts instants, la voile redevient aussitôt une aile et court rapidement vers le port. »
EMV 565.16
La morale
● Énoncée par Jésus lui-même, et elle est une explication autant qu'une espérance.
« Il en est ainsi de beaucoup d'âmes. Il suffit que le tourbillon des passions s'apaise pour que l'âme abaissée, et pour ainsi dire submergée par… par ce qui n'est pas bon, recommence à avoir des aspirations vers le Bien. »
EMV 565.16
Ce qui répond exactement à la question posée : Judas n'est pas d'une autre étoffe que les autres. Sa voile est la même. C'est le vent qui diffère — et le vent peut tomber. La phrase précédente donnait déjà le diagnostic : « Certaines personnes semblent vivre pour détruire le bien qui est en elles. »
Jean insiste alors : « Est-ce que Judas arrivera jamais à ton port ? » Et Jésus refuse de répondre :
« Ne me fais pas regarder l'avenir de l'un de mes plus chers apôtres ! J'ai devant moi l'avenir de millions d'âmes pour lesquelles mes souffrances seront vaines… La nausée me bouleverse. […] Ne me fais pas regarder cela ! Laisse-moi me désaltérer et me réconforter à une source qui ignore la corruption […] en te regardant toi seul, toi qui es ma paix ! »
EMV 565.16
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
Le même objet devient aile ou lest. C'est tout le propos, et il tient dans une seule pièce de toile. Rien n'est ajouté ni retranché à la voile : selon le vent, elle porte ou elle noie. La passion n'est donc pas une substance étrangère qui s'introduirait dans l'âme — c'est ce qui devait servir à avancer, retourné contre la barque.
Il faut parfois renoncer à la vitesse pour rentrer. Le détail technique est une règle spirituelle : « il faut parfois l'abaisser et se passer d'aile pour aller au nid ». Amener la voile, c'est renoncer à ce qu'on a de meilleur pour survivre à la bourrasque. Le salut passe alors par la privation volontaire de ses propres dons.
Une réponse qui ne condamne pas. Jean demandait comment Judas peut ne pas changer ; il reçoit une explication qui l'excuse presque — la voile n'y est pour rien, c'est le tourbillon. Et l'espérance est maintenue : « ne serait-ce que de courts instants ». À la date de ce chapitre, la trahison est proche, et Jésus continue de dire qu'un apaisement suffirait.
Le seul refus de Jésus dans tout le corpus. Il ne dit pas qu'il ignore l'avenir de Judas : il demande qu'on ne l'oblige pas à le regarder. Et il donne la raison — ce qu'il verrait n'est pas seulement Judas, mais « les millions d'âmes pour lesquelles mes souffrances seront vaines », tout un fleuve d'abjections « jusqu'à la fin des siècles ». La parabole débouche ainsi sur le seul aveu de nausée de l'Évangile.
Ce qu'il demande à Jean. Non pas une consolation, mais un point de fixation : « laisse-moi me désaltérer à une source qui ignore la corruption […] en te regardant toi seul ». Le Maître demande à son disciple de lui servir de refuge. Ils marchent enlacés, front contre cheveux, dans un chapitre dont le titre porte le nom d'un autre — celui qui vient de les interrompre.
Résonances bibliques
- Marc 4, 37-39 — la tempête apaisée : « Il se leva, menaça le vent, et dit à la mer : Silence ! tais-toi. »
- Jacques 1, 6 — « Celui qui doute est semblable au flot de la mer, agité par le vent et poussé de côté et d'autre. »
- Jacques 3, 4 — l'image du navire que « les vents impétueux poussent » et qu'un très petit gouvernail dirige.
- Romains 7, 15-19 — « Je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. »
- Jean 13, 23 — « Un des disciples, celui que Jésus aimait, était couché sur le sein de Jésus » : la même proximité, quelques semaines plus tard, le soir de la trahison.
- Ézéchiel 33, 11 — « Je ne prends pas plaisir à la mort du méchant, mais à ce qu'il se détourne de sa voie et qu'il vive. »
Passages cités : Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 565 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.