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50Troisième année de vie publiqueChapitre 567Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.

Parabole de l'âme comparée à un vêtement

Troisième année de vie publique — Sur une hauteur au-dessus d'Éphraïm, quelques semaines avant la Passion. Les femmes disciples, arrivées depuis peu, raccommodent les vêtements des apôtres restés trois mois sans elles. Marie Salomé découvre le trou que son fils Jean a bouché lui-même, à points grossiers ; le tissu manque, il faudra une pièce rapportée.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 567

Le récit

La parabole naît d'une remarque : à cet endroit, dit une des femmes, la reprise maladroite a fini d'user le tissu tout autour, et d'un dommage déjà sérieux on a fait un dommage irréparable — à moins de trouver de quoi remplacer l'étoffe absente ; cela se verra, mais ce sera acceptable. Jésus lui répond qu'elle vient de lui inspirer une comparaison.

Une âme, dit-il, est une pièce de tissu. À l'instant où elle est donnée, elle est neuve : pas d'accroc, pas de trame usée, rien qu'une tache d'origine. Le temps passe, les vices s'installent, l'étoffe se râpe puis se coupe ; l'imprudence la salit, le désordre la déchire.

Vient alors la question du raccommodage. La mauvaise réponse est la réparation hâtive, celle qui aggrave le mal en le tirant de tous côtés. La bonne demande de la patience et de la minutie, de longues reprises appliquées, pour effacer autant qu'il se peut le dégât. Et quand le tissu manque — quand un morceau entier a disparu —, prétendre s'en tirer seul devient de la présomption : il faut porter la pièce à celui qui peut lui rendre son intégrité, ce qui, pour une âme, désigne Dieu et lui seul. Or l'homme fait exactement l'inverse : plus le désastre est étendu, plus il s'obstine à rapiécer avec ce qu'il a sous la main, et plus il aggrave l'infirmité.

Reste l'objection déjà formulée par les femmes : la reprise se verra toujours. Elle se verra, en effet. Mais une âme est un combattant, et il est normal qu'elle porte des marques. Devant un homme couvert de cicatrices, personne n'a jamais dit qu'il était impur : on dit qu'il est brave. Aucun soldat ne cache une blessure honorable ; il va trouver le médecin et lui demande de le remettre sur pied pour d'autres batailles. Ce qu'on dissimule, c'est l'autre sorte de plaie, celle des vices, celle dont on a honte devant les proches et jusque devant les médecins — parfois si bien qu'on attend, pour la montrer, qu'elle se signale par son odeur, et il est alors trop tard.

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même.

Elle est tirée dans la foulée, et elle porte moins sur la blessure que sur l'aveu :

« Les humbles sont toujours sincères […] Les orgueilleux sont toujours menteurs et lâches. »

EMV 567.3

Ce que l'orgueil interdit, c'est une phrase de cinq mots — « Père, j'ai péché. Mais si tu veux, tu peux me guérir » (EMV 567.3) — et faute de la prononcer, des âmes en nombre arrivent au terme sans avoir rien fait réparer. Le mécanisme est décrit jusqu'au bout : ne pouvant plus croire que la miséricorde excède la gangrène, elles se jugent hors délai, et ce désespoir même les perd.

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Le logion évangélique retourné. Les synoptiques connaissent une sentence sur le morceau d'étoffe : on ne coud pas de tissu neuf sur un vieux vêtement, la pièce tire et la déchirure empire. Elle sert là-bas à justifier la nouveauté de l'Évangile contre les vieilles observances. Ici, la même image sert le propos rigoureusement inverse : le vêtement abîmé n'est pas à jeter, il est à réparer — à condition que ce soit fait longuement, patiemment, et par la bonne main. L'écart mérite d'être noté : dans un cas la pièce est une erreur, dans l'autre elle est le salut.

Une parabole reçue d'une femme. Le procédé est inhabituel. Jésus ne choisit pas son image : elle lui est tendue par une remarque de couturière, et il le dit — « Tu m'as inspiré une parabole ! » (EMV 567.2). Rien n'interdit d'y voir une illustration du principe qu'il énonce ailleurs sur la parole reçue à la mesure de qui écoute : la plus humble des scènes fournit la matière, et c'est l'une des femmes présentes qui rétorquera avoir parfaitement compris, elle qui n'est qu'une pauvre femme.

Le commentaire vivant qui suit. Judas déclare n'avoir rien saisi et juge le symbole pauvre. Quelques heures plus tard, dans la même journée, Jean le surprend en train de forcer un coffre et de voler. Suit un affrontement où l'on retrouve, un à un, tous les éléments de la parabole : l'orgueil qui empêche l'aveu, le rapiéçage par ses propres moyens — « je me rachèterai » —, la conviction qu'il est trop tard. Et à la fin, Jésus attend précisément la phrase que la parabole prescrivait, en la réduisant à trois mots : Seigneur, sauve-moi. Judas pleure et ne la dit pas. Le chapitre s'achève sur les larmes du Maître. Que la démonstration suive l'énoncé d'aussi près, et que le seul auditeur à s'être plaint de ne rien comprendre en soit le sujet, est difficile à tenir pour une coïncidence de composition.

Résonances bibliques

  • Marc 2, 21 ; Matthieu 9, 16 ; Luc 5, 36 — la pièce d'étoffe neuve sur un vieux vêtement : même image, conclusion opposée.
  • Matthieu 8, 2 ; Marc 1, 40 ; Luc 5, 12 — « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier », que la formule de l'aveu reprend presque mot pour mot.
  • Luc 15, 18-21 — « Père, j'ai péché », les mots du fils prodigue, ici présentés comme la seule reprise efficace.
  • Jean 20, 27 — les plaies que le Ressuscité montre à Thomas : la cicatrice glorieuse comme signe et non comme honte.
  • Jean 12, 6 — la mention, chez Jean, que Judas tenait la bourse et y puisait, dont ce chapitre développe l'aboutissement.
Parabole de l’âme comparée à un vêtement (pièce de tissu déchirée) — Les paraboles de Jésus