Parabole des mal conseillés
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 569
Le récit
Un souverain envoie son fils bien-aimé dans une portion de son royaume dont il veut éprouver la droiture. Le mandat est total : faire le bien au nom du père, le faire connaître, le faire aimer.
Or la région est déchirée. Des malheurs anciens l'ont fracturée en provinces hostiles, dont chacune assiège le roi de suppliques pour l'assurer qu'elle est la meilleure et que ses voisines méritent d'être punies. Deux traits sont communs à toutes : la certitude de valoir mieux que les autres, et le désir de ruiner la province d'à côté dans l'estime du souverain. Le fils entreprend patiemment de les ramener à la justice, et il y parvient — lentement, et seulement auprès des cœurs droits. Une remarque, ici, retourne toute la géographie du récit : c'est là où l'on prétendait qu'il y avait le moins de sagesse qu'il rencontre le plus grand désir de l'écouter.
Le calcul des provinces rivales est immédiat. Si les faveurs du roi doivent aller aux méprisés, il faut aller troubler les méprisés. On simulera donc la conversion, on se répandra chez l'ennemi sous le masque de l'amitié, et l'on y prodiguera des conseils excellents sur la manière de mieux honorer le fils du roi. En réalité ces conseillers le haïssent et veulent le faire paraître incapable devant son père. La ruse est si bien conduite que beaucoup accueillent comme bon ce qui était mauvais et quittent la voie droite. La mission échoue chez un grand nombre.
La morale
● Énoncée par Jésus lui-même.
Il pose trois questions — qui a le plus péché, quel est le péché des uns et des autres, envers qui le roi fut le plus sévère — laisse un silence, puis répond lui-même.
Le pire est celui qui a poussé son prochain au mal : haine du prochain qu'il enfonce dans l'ignorance, haine du fils dont il sabote la mission, haine du père enfin, car la haine dirigée contre le fils remonte à celui qui l'a envoyé. Ce péché-là mêle le mensonge et la préméditation. Ceux qui ont suivi le conseil en le croyant bon relèvent d'autre chose :
« le péché de ceux qui avaient suivi ce conseil en le croyant bon était uniquement un péché de sottise. »
EMV 569.2
Vient alors la distinction décisive, et elle ne va pas dans le sens de l'indulgence générale. L'homme intelligent répond de ses actes ; seul l'irresponsable est couvert par un autre. Ce qui est reproché aux trompés n'est donc pas d'avoir été trompés, mais de ne pas s'être informés auprès du fils avant de croire — car lui seul connaît réellement la volonté du père. D'où l'interdit posé sur l'excuse la plus universelle :
« Que personne ne prenne cette excuse : “Ils nous ont dit d'agir ainsi.” Mais que chacun reconnaisse sincèrement : “J'ai voulu commettre tel acte.” »
EMV 569.3
Le principe est ensuite formulé abstraitement : le même conseil peut perdre dix personnes et en sauver dix autres, car ce n'est pas lui qui décide, c'est l'accueil. Un mauvais conseil rejeté par un cœur fidèle change même de nature et devient un mérite.
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
Une théologie du libre arbitre déguisée en fait divers. Le sujet réel n'est pas la calomnie mais la responsabilité. Valtorta fait dire à Jésus que le conseil possède deux valeurs — celle de sa source et celle du cœur qui le reçoit — et que la seconde seule est irrévocable. Autrement dit : la tentation n'est jamais une circonstance atténuante, parce qu'elle n'a pas de pouvoir propre.
Le lieu n'est pas neutre. Que le récit soit adressé à la Samarie, méprisée par les Judéens, donne un tranchant particulier à la province « qu'on disait la moins sage » et qui écoutait le mieux. L'auditoire est ainsi consolé et averti dans la même phrase : la province humiliée est aussi celle où l'on est venu semer de faux avis.
Un exemple biblique inattendu. Jésus n'illustre pas son propos par une figure de Jérusalem mais par un ménage et un sacerdoce : Anne, qui suit le conseil intérieur d'un ange et enfante un prophète ; les fils d'Éli, qui refusent celui de leur père et meurent violemment. Le contraste porte sur la docilité, non sur le rang.
Résonances bibliques
- 1 Samuel 1–4 — le vœu d'Anne (1 S 1, 11), la vaine remontrance d'Éli à ses fils (1 S 2, 22-25), leur mort au combat (1 S 4, 11) : les deux exemples cités par Jésus dans le chapitre.
- Genèse 3, 12-13 — le premier « ils nous ont dit d'agir ainsi » de l'Écriture : Adam accuse la femme, la femme accuse le serpent. La parabole ferme précisément cette échappatoire.
- Jean 5, 23 — honorer le Fils comme le Père, et déshonorer le Père en déshonorant le Fils : c'est l'axiome sur lequel repose le raisonnement du chapitre.
- Matthieu 18, 6-7 — le malheur annoncé à celui par qui le scandale arrive, pesé plus lourdement que la faute de celui qui y succombe.
Passages cités : Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 569 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.