Parabole du pissenlit
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 216
Le récit
Jésus s'afflige de leur lassitude. Simon proteste : ce ne sont pas des privations, c'est leur joie, ils sont tous heureux. Jésus lui coupe la parole — « Tais-toi, Simon. L'humanité crie, même chez les bons » — puis lui demande s'il en est bien sûr. Tous ?
Et pour répondre, il propose un jeu d'enfant. Il cueille un pissenlit monté en graine, parfaitement mûr, poussé au milieu des cailloux. Il le porte à ses lèvres et souffle.
Les ombrelles se dispersent. Il y en avait plus de soixante-dix. Vingt-trois retombent sur sa poitrine « comme si elles étaient éprises de lui ». Les autres, il faut les regarder une à une : certaines errent encore, d'autres sont déjà retombées, entraînées par leur poids ; d'autres montent orgueilleusement, fières de leur panache argenté ; d'autres tombent dans la vase que les gourdes ont remuée.
Puis un bourdon passe. Et parmi celles qui étaient tombées sur lui, sept repartent.
« De quoi avaient-elles peur ? Ou qu'est-ce qui les a attirées ? Peut-être son aiguillon ou bien ses belles couleurs noir et jaune, son aspect gracieux ou ses ailes irisées… Elles sont parties… à la suite d'une beauté mensongère… »
EMV 216.3
La morale
● Énoncée par Jésus lui-même, immédiatement, et avec l'inventaire des causes.
« Simon, il en sera ainsi de mes disciples. Les uns s'en iront par agitation, d'autres par inconstance, d'autres par pesanteur, d'autres encore par orgueil, par légèreté, à cause de l'attrait de la fange, par peur ou par naïveté. »
EMV 216.3
Huit motifs, un par trajectoire observée. Chaque graine a sa manière propre de partir, et aucune n'est accusée de méchanceté : ce sont des défauts de poids, de tenue, de constance. Puis vient la question, qui est la vraie pointe :
« Crois-tu que, à l'heure décisive de ma mission, je retrouverai à mes côtés tous ceux qui me disent aujourd'hui : “ Je viens avec toi ” ? »
EMV 216.3
Et l'aveu qui clôt : « Ainsi en sera-t-il, et je pense à tout ce qui lutte en vous pour me rester fidèles. » La parabole ne s'adresse pas d'abord aux partants, mais à celui qui reste — pour lui dire que sa fidélité, elle aussi, est un combat.
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
Une parabole faite, non racontée. Jésus ne dit pas « il était une fois un pissenlit ». Il en cueille un et souffle dessus, puis lit à haute voix ce que le hasard du vent vient d'écrire. C'est le hasard qui fournit les proportions, et Jésus les commente en direct — y compris le bourdon, qui n'était pas prévu. La parabole se compose sous ses yeux.
Le jeu d'enfant comme forme de la prophétie. « Jouons à ce vieux jeu auquel tu as sûrement joué toi aussi quand tu étais enfant. » Le geste le plus léger qui soit — souffler sur une fleur — sert à annoncer la dispersion des disciples et, à terme, l'abandon de Gethsémani. Le contraste entre la futilité du moyen et la gravité de l'annonce n'est jamais souligné.
Un décompte qui ne tombe pas juste. Le texte donne plus de soixante-dix ombrelles, vingt-trois retombées sur lui, sept reparties au passage du bourdon — puis Jésus conclut « il n'y en a plus que sept maintenant sur ma poitrine ». Les chiffres ne se recoupent pas exactement. On peut y voir une inexactitude de la vision, ou le fait que le compte a continué de baisser pendant qu'il parlait. Le texte ne s'en explique pas.
Ce que Jésus regarde ensuite. À peine la parabole finie, il invite Simon à venir voir des libellules danser sur l'eau. Et pendant que Simon lui avoue qu'il n'arrive pas à aimer Judas et lui demande si Judas est sincère, Jésus reste silencieux, fasciné par ces libellules dont les ailes irisées font un petit arc-en-ciel — « un précieux arc-en-ciel qui sert à attirer un moucheron curieux aussitôt avalé ». Puis la libellule est happée par un crapaud, qui la mange avec le moucheron. La beauté qui sert d'appât, exactement comme le bourdon une minute plus tôt ; et le prédateur lui-même dévoré. Jésus ne commente pas, et ne répond pas non plus à la question sur Judas.
Poussé au milieu des cailloux. Le pissenlit choisi n'a pas poussé dans un pré. Le détail est donné en passant, et il double la parabole du semeur — sauf qu'ici la plante des cailloux est arrivée « à sa parfaite maturité ». Ce ne sont plus les conditions du sol qui décident, mais ce que devient la graine une fois lâchée dans l'air.
Résonances bibliques
- Jean 6, 66 — « Dès lors, beaucoup de ses disciples se retirèrent, et ils n'allaient plus avec lui » : l'accomplissement exact de la parabole.
- Luc 8, 13 — ceux qui reçoivent la parole avec joie, « croient pour un temps, et se retirent au moment de l'épreuve ».
- Matthieu 26, 56 — « Alors tous les disciples l'abandonnèrent et prirent la fuite. »
- Éphésiens 4, 14 — « flottants et emportés à tout vent de doctrine » : la même image du disciple sans lest.
- Psaume 1, 4 — les méchants « comme la paille que le vent balaie ».
- Isaïe 40, 6-8 — « Toute chair est comme l'herbe… le souffle du Seigneur a soufflé dessus » : ici c'est le souffle du Fils qui éprouve ce qui tient.
Passages cités : Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 216 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.