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12Deuxième année de vie publiqueChapitre 206Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.Mt 22, 1-14×3

Parabole du roi qui fait les noces à son fils

Deuxième année de vie publique — Béthanie, le soir du même jour, sur un pré fraîchement fauché où presque tout le village s'est réuni autour d'un feu, avec Lazare, Marthe, les apôtres et la Vierge Marie. Jésus vient de parler longuement des pauvres, seuls à n'avoir que Dieu, et enchaîne pour montrer comment les richesses ferment le Royaume.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 206

Le récit

Un roi marie son fils unique et veut que rien ne manque à la fête. Le grand repas est préparé longtemps à l'avance, chaque détail surveillé. Le moment venu, des serviteurs portent l'invitation aux amis du souverain, à ses alliés, aux grands du royaume. Tous se dérobent.

Le roi met ce refus sur le compte d'un message mal transmis. Il envoie une seconde ambassade, chargée d'insister et de décrire ce qui attend les convives : la salle prête, les vins rassemblés de partout, les bêtes grasses dans les cuisines. Rien n'y fait. Les uns refusent net, d'autres allèguent des occupations, d'autres promettent puis vaquent à leurs champs, à leurs commerces, à des affaires moins avouables. Quelques-uns, excédés par l'insistance, tuent les messagers.

Le souverain envoie alors ses troupes contre les meurtriers et châtie ceux qui l'ont méprisé, se réservant de récompenser les hommes de parole. Mais le soir venu, la salle reste vide : personne n'est venu, pas même ceux qui avaient promis.

Le roi refuse que son fils soit fêté dans une salle déserte. Il envoie ses serviteurs aux places et aux carrefours arrêter les passants sans distinction. Ils ramènent tout ce qu'ils trouvent, bons et mauvais, riches et pauvres — et, avant de les introduire, leur fournissent ce qu'il faut pour paraître dignement. La salle se remplit d'une foule joyeuse. Passant l'assemblée en revue, le roi remarque pourtant un homme qui, malgré ce qu'on lui avait donné, ne porte pas la tenue des noces. L'interrogé n'a rien à répondre, faute d'excuse. On le lie et on le jette dehors, dans la nuit et la boue gelée.

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même.

L'application est immédiate, et brûlante. Les invités qui se dérobent sont les alliés, les amis et les grands du peuple de Dieu — faux alliés, faux amis, grands de nom seulement. Ceux qui assassinent les serviteurs ont tué les prophètes hier et tueront les disciples demain. Le rassemblement aux carrefours, lui, a déjà commencé, par la main de Celui qui parle et qui ajoute aider lui-même les nouveaux venus à se rendre présentables. Restent ceux qui détourneront les vêtements et les parfums fournis par le roi pour en tirer un profit personnel : la sentence finale leur est destinée.

« nombreux sont les appelés, mais peu nombreux ceux qui, pour savoir rester fidèles à l'appel, parviennent à être choisis. »

EMV 206.13

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

La difficulté de l'habit de noces est levée. Chez Matthieu, le lecteur bute toujours sur la même question du roi :

« Comment se fait-il que tu sois entré ici sans les vêtements de noces ? »

EMV 206.12

Comment la poser à un homme qu'on vient de ramasser dans la rue ? Ici, les serviteurs équipent les invités avant de les faire entrer. L'homme expulsé n'est donc plus un pauvre pris au dépourvu, mais quelqu'un qui a reçu et n'en a rien fait — ou qui a détourné le don. La sévérité devient cohérente, et la formule sur les appelés et les élus se comprend comme une question de fidélité, non de quota.

Deux paraboles, un même seuil. Le chapitre en contient une autre, celle des dix vierges, donnée quelques heures plus tôt : là aussi une salle de noces, une porte qui se ferme, des exclues qui invoquent leur titre. L'imprévoyance d'un côté, le mépris de l'autre, et le même dehors.

Un enchaînement à ne pas manquer. Le discours sur les pauvres précède immédiatement la parabole, et le lien est explicite : soucis, biens et festins empêchent d'entrer. La scène est jouée devant Lazare, riche, dans sa propre propriété — que Jésus prend soin de nommer comme l'exception qui atteste la règle.

Le texte évangélique

Traduction de l'abbé Augustin Crampon (1923), dans le domaine public. Les passages ci-dessous sont ceux dont la parabole valtortienne est le parallèle.

Matthieu 22, 1-14 — les noces du fils du roi, et l'habit de noces

1 Jésus, prenant la parole, leur parla de nouveau en paraboles, et il dit :
2 " Le royaume des cieux est semblable à un roi qui faisait les noces de son fils.
3 Il envoya ses serviteurs appeler ceux qui avaient été invités aux noces, et ils ne voulurent pas venir.
4 Il envoya encore d'autres serviteurs, en disant : Dites aux conviés : Voilà que j'ai préparé mon festin ; on a tué mes bœufs et mes animaux engraissés ; tout est prêt, venez aux noces.
5 Mais ils n'en tinrent pas compte, et ils s'en allèrent, l'un à son champ, l'autre à son négoce ;
6 et les autres se saisirent des serviteurs, et après les avoir injuriés, ils les tuèrent.
7 Le roi, l'ayant appris, entra en colère ; il envoya ses armées, extermina ces meurtriers et brûla leur ville.
8 Alors il dit à ses serviteurs : le festin des noces est prêt, mais les conviés n'en étaient pas dignes.
9 Allez donc dans les carrefours, et tous ceux que vous trouverez, invitez-les aux noces.
10 Ces serviteurs, s'étant répandus par les chemins, rassemblèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, bons ou mauvais ; et la salle des noces fut remplie de convives.
11 Le roi entra pour voir ceux qui étaient à table et ayant aperçu là un homme qui n'était point revêtu d'une robe nuptiale,
12 il lui dit : Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir une robe de noces ? Et cet homme resta muet.
13 Alors le roi dit à ses serviteurs : Liez-lui les mains et les pieds, et jetez-le dans les ténèbres extérieures : c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents.
14 Car il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus. "

L'écart avec l'Évangile

L'ampleur

Crampon raconte en 1 488 caractères — les treize premiers versets, du roi qui marie son fils à l'homme jeté dehors — ce que l'Œuvre développe en 4 149 : presque trois fois plus. Scène complète, phrase d'introduction et application comprises : 8 021 caractères contre 1 538 pour Matthieu 22, 1-14, soit plus de cinq fois.

La scène

Crampon écrit que Jésus « leur parla de nouveau en paraboles » sans dire ni où, ni quand, ni à qui — le pronom n'a même pas d'antécédent dans le passage. L'Œuvre situe tout. C'est le dernier soir du séjour à Béthanie, sur la propriété de Lazare ; Jésus a promis de parler « au milieu de la première vigile », et l'on s'est assis sur un pré « récemment fauché » dont l'herbe qui sèche sent fort, autour d'un feu « allumé entre lui et les auditeurs ».

L'auditoire. Il est nommé : les apôtres, la Vierge Marie, Marthe et Lazare avec ceux de sa maison, Isaac et ses disciples, l'enfant Marziam, presque tout le village.

Ce qui précède immédiatement n'est pas une controverse mais un éloge des pauvres — « Les riches possèdent beaucoup. Les pauvres n'ont que Dieu. » — assorti d'une réserve pour l'hôte du lieu : « Lazare est une exception parmi les riches ».

L'objet annoncé. La parabole l'annonce elle-même, ce que Matthieu ne fait nulle part : « Mais écoutez-moi et vous comprendrez mieux comment les inquiétudes, les richesses et les ripailles empêchent d'entrer dans le Royaume des Cieux. »

Ce qui est ajouté

Là où Crampon a « un roi qui faisait les noces de son fils », l'Œuvre précise que « C'était son unique fils » et qu'il « épousait sa bien-aimée », et que le repas fut préparé « en s'y prenant tôt, veillant sur chaque détail ». Les anonymes « qui avaient été invités aux noces » reçoivent un rang social : « ses amis et ses alliés, mais aussi les principaux grands de son royaume ».

Le second message. Il tient chez Crampon en un inventaire de boucherie — « on a tué mes bœufs et mes animaux engraissés ; tout est prêt » ; ici les serviteurs récitent la cuisine entière, les vins « apportés de partout », les esclaves qui pétrissent la farine « pour confectionner des desserts », les mortiers, les arômes rares, et jusqu'aux « danseuses et les musiciens les meilleurs ».

Les mobiles. Chaque conduite reçoit sa cause : le roi renvoie une ambassade « pensant que les premiers serviteurs ne s'étaient pas expliqués convenablement » ; les meurtriers, « agacés par tant d'insistance », « les tuèrent pour les faire taire » parce que les serviteurs ajoutaient une menace que Matthieu ignore — « Ne refuse pas cela au roi sinon il pourrait t'en arriver malheur. »

Les menteurs polis. Une catégorie nouvelle apparaît : « d'autres firent semblant d'accepter l'invitation », si bien que le roi, en frappant, se réserve « de récompenser ceux qui avaient promis de venir ». D'où un coup de théâtre qui n'existe pas dans l'Évangile : « Mais, le soir de la fête, à l'heure fixée, il ne vint personne. » La salle vide donne au roi son motif — « Qu'il ne soit pas dit que mon fils reste sans personne pour le fêter en cette soirée de ses noces. » —, et aux « bons ou mauvais » de Crampon s'ajoutent « riches ou pauvres ».

L'ajout décisif. Une phrase glissée entre le ramassage et le banquet : les serviteurs « leur fournirent le nécessaire pour qu'ils puissent entrer dignement dans la salle du banquet ».

Ce qui est changé

Cet ajout retourne toute la fin. Chez Matthieu, on interpelle sur son vêtement un homme qu'on vient de cueillir dans la rue ; ici le narrateur prend soin de rappeler que le roi voit un homme qui n'était pas en habits de noces « malgré le nécessaire procuré par les serviteurs ». Le manque n'est plus une pauvreté, c'est un refus. Le silence, du coup, change de nature : Crampon note seulement « Et cet homme resta muet », l'Œuvre tranche — « Il ne sut que répondre car, effectivement, il n'avait pas d'excuses. »

Trois autres divergences, plus petites et nettes. L'ordre aux serviteurs : Crampon dit « Allez donc dans les carrefours, et tous ceux que vous trouverez, invitez-les aux noces » ; l'Œuvre dit « postez-vous aux carrefours, arrêtez les passants » — on n'invite plus, on intercepte. L'entrée du roi : Crampon écrit « Le roi entra pour voir ceux qui étaient à table », l'Œuvre « pour voir si on pouvait commencer les festivités » — le repas n'a pas commencé, et l'inspection est fortuite. Enfin la répression, chez Crampon, ne touche que les meurtriers ; ici les troupes vont « punir les assassins de ses serviteurs et châtier ceux qui avaient méprisé son invitation », c'est-à-dire aussi ceux qui n'ont fait que refuser — tandis que les menteurs, eux, devaient être récompensés.

Ce qui tombe

La ville des meurtriers n'est pas brûlée : de « il envoya ses armées, extermina ces meurtriers et brûla leur ville », il ne reste que la punition des hommes. Les serviteurs ne sont pas insultés avant d'être tués — « après les avoir injuriés » disparaît. Le roi ne dit pas « Mon ami » à l'homme sans habit. Et les « ténèbres extérieures » cèdent la place à un dehors physique : « jetez-le hors de ma demeure, dans la nuit et la boue gelée ». La formule de comparaison elle-même manque : rien ici ne répond à « Le royaume des cieux est semblable à » — le récit commence à sec, « Un jour, un roi fêta le mariage de son fils. »

La pointe

Crampon s'arrête sur la maxime, sans la commenter. L'Œuvre nomme aussitôt les rôles : les conviés sont « de faux alliés, de faux amis » qui « ne sont grands que de nom » ; ceux qui tuent les serviteurs sont ceux qui ont tué les prophètes et tueront « mes disciples qui sont ses serviteurs à partir d'aujourd'hui ».

Au présent. Surtout, la parabole cesse d'être au passé : « Déjà — et par ma main, par ma main de Fils et de serviteur de Dieu — ce rassemblement a commencé. » Et celui qui parle prend sur lui l'office des serviteurs qui habillent : « Et moi, je les aide à se faire propres et beaux pour la fête des noces. »

L'homme sans habit. Il n'est donc plus un homme, mais une classe à venir, ceux qui « soustrairont parfums et vêtements pour en tirer un avantage illicite », s'en servant « non pour les noces du Fils, mais pour leurs noces avec Satan ».

La maxime finale. Elle suit ce déplacement : au lieu de « Car il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus », l'Œuvre donne « nombreux sont les appelés, mais peu nombreux ceux qui, pour savoir rester fidèles à l'appel, parviennent à être choisis ». L'élection cesse d'être un chiffre pour devenir une fidélité. La boue gelée du récit, elle, revient à la fin transfigurée en « les ténèbres et la boue d'un marais éternel ».

Ampleur ×3 — Écarts : amplifiée · mobile ajouté · détail technique · auditoire changé · pointe déplacée

Résonances bibliques

  • Matthieu 22, 1-14 — le parallèle direct, avec les mêmes trois temps : refus, invitation aux carrefours, homme sans habit de noces. Matthieu ajoute l'incendie de la ville des meurtriers, absent ici.
  • Luc 14, 16-24 — la version brève : les prétextes des invités et l'ordre d'aller chercher les gens des rues, sans épisode du vêtement.
  • Apocalypse 19, 7-9 — les noces de l'Agneau et la béatitude des invités au festin.
Parabole du roi qui fait les noces à son fils — Les paraboles de Jésus