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72Deuxième année de vie publiqueChapitre 221Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.

Parabole du fils difforme

Deuxième année de vie publique — Sur la route de Jabnia vers Acron, en pays philistin, à travers des champs moissonnés ; Jésus répond aux préventions des apôtres, qui répugnent à évangéliser les païens et les tiennent pour des « boucs sauvages ».
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 221

Le récit

Un homme se marie et a plusieurs enfants. L'un d'eux naît avec un corps difforme, et qui paraît d'une autre race. Le père y voit un déshonneur et ne l'aime pas — bien que l'enfant soit innocent. Négligé, il grandit parmi les serviteurs de la plus basse condition, et devient de ce fait inférieur à ses frères jusque dans sa pensée. Sa mère, morte en le mettant au monde, n'est pas là pour adoucir la dureté du père, empêcher le mépris des frères, corriger les idées fausses d'un esprit inculte. C'est « une petite bête sauvage qu'on supportait difficilement près de la maison ».

Il devient un homme. Sa raison mûrit tard, mais elle mûrit. Il comprend alors que ce n'est pas être fils que de vivre dans les étables, de recevoir un quignon de pain, un vêtement en guenilles, et jamais un baiser ni une invitation à entrer. Il mange son pain, mais rien n'apaise la faim de son cœur ; il se couvre de son vêtement, mais il lui reste un grand froid au cœur. De sa tanière monte un cri que tout le village finit par connaître : « Père ! Père ! » On l'appelle « le fou ».

Un serviteur ose enfin l'aborder. Pourquoi ne te jettes-tu pas aux pieds de ton père ? — Je le ferais bien, mais je n'ose pas. — Pourquoi ne viens-tu pas à la maison ? — Cela me fait peur. — Mais le voudrais-tu ? — Oh oui ! C'est de cela que j'ai faim… « Mais je ne sais pas comment on vit dans la maison de mon père. »

Alors le serviteur l'instruit, le rend présentable, le délivre de sa terreur. Il lui dit une phrase qui renverse la situation : « Ton père t'aimerait bien, mais il ne sait pas si, toi, tu l'aimes. Tu le fuis toujours… Enlève à ton père le remords d'avoir été trop sévère. » Et il ajoute que les frères eux-mêmes ne veulent plus le mépriser, parce qu'il leur a raconté sa peine.

Un soir, conduit par le serviteur, le fils s'avance vers la maison et crie : « Père, je t'aime ! Laisse-moi entrer… » Le vieil homme sursaute :

« Ma douleur s'apaise enfin, car, dans la voix de mon fils difforme, j'ai entendu la mienne et son amour prouve que son sang est mon sang et sa chair ma chair. »

EMV 221.7

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même, avec une clé d'interprétation nominative.

« Cela, c'est la parabole. Mais pour ce qui est de son application, vous devez penser que Dieu est le Père de ceux qui sont atteints d'une difformité spirituelle : les schismatiques, les hérétiques, les séparés. […] Son amour n'a jamais fléchi. Il les attend. Amenez-les-lui. C'est votre devoir. »

EMV 221.8

Jésus enchaîne sur une exégèse du Notre Père : ce possessif ne désigne pas les Douze, ni même les disciples, mais les hommes. La demande du pain se fait « pour tous les hommes, présents ou futurs. Pour ceux qui connaissent Dieu comme pour ceux qui ne le connaissent pas ». Et il demande explicitement que la prière des siens s'unisse « aux voix et aux cœurs qui appartiennent à d'autres Églises, qui seront chrétiennes, mais pas apostoliques » — jusqu'à ce que le Père puisse dire des frères difformes ce que le père de la parabole a dit de son fils.

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Un père fautif. C'est la singularité de cette parabole, et elle est considérable. Dans le fils prodigue, le père est irréprochable et le fils seul est coupable. Ici, le père a mal aimé : il a jugé sur l'apparence, relégué un innocent aux étables, et le serviteur parle sans détour de « son remords d'avoir été trop sévère ». Jésus applique pourtant cette figure à Dieu — en corrigeant aussitôt : la rigueur lui a été « contrainte » par des difformités que les fils ont « eux-mêmes voulues ». La parabole tient les deux bouts d'une main mal assurée, et c'est ce qui la rend singulière.

La difformité est produite autant que subie. L'enfant naît difforme, mais son infériorité de pensée, elle, vient de l'éducation qu'il n'a pas reçue : « négligé, il grandit parmi les serviteurs, c'est pourquoi il était inférieur même en pensée ». Le mépris fabrique ce qu'il prétend constater. Appliqué aux séparés et aux hérétiques, l'argument est redoutable — leur éloignement doctrinal est en partie l'œuvre de ceux qui les ont tenus dehors.

Le héros est le serviteur. C'est lui qui traverse, qui parle, qui instruit, qui rassure, qui plaide auprès des frères, qui accompagne jusqu'à la porte. Le père le bénit nommément à la fin. Et Jésus dit aux apôtres : c'est votre devoir. Le rôle qu'il leur assigne n'est ni celui du père ni celui du fils, mais celui de l'intermédiaire qui va chercher — et qui commence par convaincre les frères de cesser leur mépris.

« Je ne sais pas comment on vit dans la maison de mon père. » L'obstacle final n'est ni la faute ni le refus : c'est l'ignorance des usages. Le fils veut entrer et ne sait pas comment on s'y comporte. D'où la nécessité de l'instruction préalable — le serviteur ne se contente pas d'inviter, il apprend à vivre. C'est une définition de l'apostolat qui passe par les manières autant que par la doctrine.

Une parabole œcuménique avant la lettre. Jésus annonce des Églises « chrétiennes, mais pas apostoliques », prescrit de prier avec elles, et souhaite qu'elles reçoivent le pain non « mêlé à des aliments impurs ». Le texte a été reçu par Valtorta dans les années 1940, deux décennies avant Vatican II.

Résonances bibliques

  • Luc 15, 11-32 — le fils prodigue, dont cette parabole est le contre-champ : là un fils parti par sa faute et un père parfait ; ici un fils chassé sans faute et un père qui a des remords. Chez Valtorta, le prodigue figure déjà au corpus (n° 10, chapitre 205).
  • Éphésiens 2, 12-19 — « vous n'êtes plus des étrangers ni des hôtes de passage, mais des concitoyens des saints et des familiers de Dieu » : le mouvement exact de la parabole.
  • Jean 10, 16 — « J'ai encore d'autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie ; il faut que je les amène. »
  • 1 Samuel 16, 7 — « L'homme regarde à l'apparence, mais le Seigneur regarde au cœur » : la faute initiale du père.
  • Isaïe 53, 2-3 — « sans beauté ni éclat… méprisé et abandonné des hommes » : le portrait du Serviteur souffrant, prêté ici à l'enfant rejeté.
  • Matthieu 6, 9-11 — le Notre Père, dont Jésus donne ici une lecture universaliste explicite.
Parabole du fils difforme — Les paraboles de Jésus