Parabole de la brebis perdue
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 233
Le récit
Le récit s'ouvre sur un portrait du bon berger. Il choisit ses pâturages avec discernement : non les plus gras, où se cachent serpents et plantes toxiques, mais les hauteurs où la rosée garde l'herbe fraîche. Il connaît ses bêtes une à une, panse les blessées, gronde la gloutonne, présente de sa main des herbes amères à celle qui ne mange plus.
Une brebis s'en va pourtant : la plus jeune, la plus aimée. Un tentateur passe sur le chemin qui longe le pré. Il n'a ni la casaque rude, ni la ceinture de cuir où pendent la hache et le couteau, ni le bâton qui sert à rassembler et à défendre : il porte des couleurs, des grelots au son doux, un encensoir de pierreries d'où monte une fumée qui étourdit. Il chante, et sème derrière lui des poignées de sel qui brillent dans l'ombre. Sur cent bêtes, quatre-vingt-dix-neuf ne bronchent pas ; la dernière bondit et le suit. Le berger appelle en vain. Elle lèche ce sel qui la brûle, s'enfonce dans les bois, sent des reptiles s'enrouler à son cou.
Le berger met les autres à l'abri et part. Il l'aperçoit enfin de loin, ivre au point de n'avoir plus aucune nostalgie du visage qui l'aime, et qui se moque de lui. Il la suit quand même, pleure sur les indices semés en chemin — touffes de laine, sang, immondices — que le texte glose au passage. Puis il la rejoint, et le récit bascule : ce n'est plus une histoire racontée, c'est le berger qui parle, et sa voix devient celle de Jésus. Il promet d'ensevelir le péché en lui, de faire écran de son corps contre les pierres, de la porter jusqu'aux pâturages sûrs. Puis il s'ouvre les veines pour nourrir celle que le mal a épuisée.
La morale
◐ Orientée par Jésus, mais non conclue — l'application est laissée à l'auditeur.
La clé du symbole est donnée dès l'ouverture, et par Jésus lui-même :
« C'est ainsi que se comporte le bon Père qui est aux Cieux avec ses enfants qui errent sur la terre. Son amour est la houlette qui les rassemble, sa voix leur sert de guide, ses pâturages c'est sa Loi, son bercail le Ciel. »
EMV 233.1
Mais il ne sort jamais de la fiction pour appliquer le récit à son auditoire. La sentence des quatre-vingt-dix-neuf justes est prononcée à l'intérieur de la parabole, par le berger et à la brebis :
« qu'on fait une plus grande fête parmi les bons pour une brebis perdue qui revient que pour les quatre-vingt-dix-neuf justes qui ne se sont pas éloignées du bercail. »
EMV 233.4
Puis le chapitre s'achève sur les larmes muettes de Marie de Magdala, sans un mot d'application. Jésus renvoie même l'explication à plus tard : « Le commentaire se trouve dans la vision, mais je t'en reparlerai » (233.5). Reste implicite, en particulier, l'identité du berger qui parle à la fin — Père au départ, il est devenu, dans le mouvement du récit, celui qui ouvre ses veines.
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
Une auditrice unique. La scène finale est de composition. Marie de Magdala est arrivée par le chemin, derrière le talus, invisible de la foule ; elle pleure exactement au moment où le berger dit avoir retrouvé sa bien-aimée. Jésus ne se retourne pas une seule fois. La parabole a deux auditoires superposés : une foule qui entend une leçon générale, et une personne qui reçoit un message adressé.
La brebis est active. Chez Luc, l'animal se perd, passivement. Ici, il choisit : il voit passer un séducteur, bondit, refuse de revenir, se moque du berger. Le vocabulaire de la faute est plaqué sur les traces laissées en chemin. L'histoire d'un égarement devient une histoire de trahison, ce qui rend le pardon final beaucoup plus coûteux.
Une phrase qui déplace tout.
« Ton péché est enseveli dans mon cœur. »
EMV 233.3
Le pardon n'est pas seulement remise de dette : il est prise en charge et silence gardé contre les accusateurs. Le berger annonce qu'il fera écran de son corps devant les pierres — image qui, ici, désigne peu de choses d'autre que la Passion.
Résonances bibliques
- Luc 15, 4-7 ; Matthieu 18, 12-14 — les versions synoptiques. Chez Luc, le berger laisse les quatre-vingt-dix-neuf au désert et rapporte la brebis sur ses épaules ; ici, il les enferme d'abord en sûreté, et la joie est précédée d'une longue traque.
- Ézéchiel 34, 11-16 — Dieu se fait lui-même pasteur, cherche la brebis perdue et panse la blessée : l'arrière-plan du portrait qui ouvre le chapitre.
- Psaume 23 — les pâturages, les eaux tranquilles, le bâton qui rassure.
- Jean 10, 11 — le bon pasteur qui donne sa vie, vers quoi converge le geste final.
Passages cités : Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 233 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.