Parabole du levain et de la farine impure
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 79
Le récit
Judas objecte : cette femme veut peut-être se racheter, et a besoin d'être instruite. Jésus répond qu'elle a déjà en elle « bien des étincelles capables d'allumer l'incendie dans lequel son vice peut se consumer ». Puis il annonce : « Écoutez une courte parabole. »
Cette femme, c'est la farine — mais une farine « où le Malin a mélangé ses poussières d'enfer ». Lui, Jésus, est le levain : c'est-à-dire que sa parole est le levain.
Or s'il y a trop de son dans la farine, ou qu'on y a mêlé du gravier, du sable et de la cendre, peut-on faire du pain, même avec un levain excellent ? Non. Il faut d'abord extraire patiemment tout cela. Et Jésus décrit trois cribles successifs :
Le premier, que la miséricorde apporte : « il est fait de courtes vérités fondamentales », celles qu'il faut pour être comprises par quelqu'un qui est pris « dans le filet d'une complète ignorance, du vice, des erreurs du paganisme ». Si l'âme les accueille, la première purification commence.
Le second, que l'âme se donne à elle-même : elle confronte son être avec l'Être qui vient de se manifester, « elle a horreur d'elle-même et commence son travail ». Elle ôte les pierres, puis le sable, puis la cendre — et va jusqu'à retirer ce qui est déjà de la farine, mais dont les grains restent « trop grossiers pour donner un pain excellent ».
Alors seulement la miséricorde revient, se mêle à la farine préparée, la fait lever et la transforme en pain.
La morale
● Énoncée par Jésus lui-même, et elle est une décision autant qu'une doctrine.
La leçon porte moins sur la conversion que sur ce qu'il faut s'interdire pendant qu'elle se fait :
« Laissons-la faire, si elle le veut, sans la troubler. Tout est trouble pour l'âme qui travaille sur soi : la curiosité, le zèle inconsidéré, les intransigeances aussi bien qu'une pitié exagérée. »
EMV 79.6
Quatre manières de nuire sont nommées, et deux d'entre elles sont des vertus mal placées. Jésus ajoute que « c'est une longue opération qui requiert la “ volonté ” de l'âme » — d'où l'impossibilité de la faire à sa place.
Et il joint le geste à la parole : non seulement personne n'ira, mais on part immédiatement, « pour que nul d'entre vous n'en soit tenté ».
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
Le levain n'est pas la première étape mais la dernière. La parabole du levain que Jésus rappelle en ouverture — « le levain qui agit sur toute la pâte » — dit l'efficacité de la parole ; celle-ci en corrige l'usage. Un bon levain dans une mauvaise farine ne donne rien. Avant l'action, il y a le tamisage, et le tamisage n'est pas l'affaire du levain.
Le tri, c'est l'âme qui le fait. Le premier crible vient de la miséricorde, mais le deuxième — de loin le plus long et le plus fin — est tenu par la personne elle-même. Jésus n'accorde à l'apôtre qu'un rôle initial : quelques vérités courtes, et puis se retirer. C'est une théorie de l'accompagnement spirituel qui consiste très largement à s'abstenir.
Le refus n'est pas de la froideur. Les quatre « non » sont « secs et impérieux », et Élie s'inquiète d'avoir mal agi. Jésus le rassure aussitôt : « Tu n'as pas mal agi, mais il n'y a rien de plus à faire. » L'inaction est ici présentée comme le sommet du soin — et elle est manifestement plus difficile à faire admettre que l'action.
Ce que la femme a compris toute seule. Elle a dit : « Je sais que c'est l'or du péché… mais il sera purifié s'il sert pour qui est pauvre et saint. » Elle a donc déjà trouvé, sans qu'on le lui enseigne, le principe même de la parabole — qu'une matière souillée peut être rendue bonne. Jésus le confirme en disant qu'elle « possède déjà en elle-même ce minimum qu'il était juste de lui donner ». Le texte ne souligne pas qu'elle a devancé la leçon.
Judas est celui qui veut intervenir. C'est lui qui plaide qu'il faut aller instruire cette femme, et Jésus lui adresse une incise en passant — « cela aussi est préparation, Judas ». L'homme qui, plus tard, forcera les événements pour hâter le Royaume est ici celui qui ne supporte pas d'attendre qu'une âme fasse son travail.
Résonances bibliques
- Matthieu 13, 33 — le levain qu'une femme enfouit dans trois mesures de farine « jusqu'à ce que tout ait levé » : la parabole que Jésus rappelle et complète.
- Luc 7, 36-50 — la pécheresse pardonnée, qui vient d'elle-même, sans avoir été cherchée.
- Luc 22, 31 — « Satan a demandé à vous cribler comme le blé » : le même vocabulaire du tamis, employé en mauvaise part.
- Malachie 3, 3 — « Il sera comme le feu du fondeur… il purifiera les fils de Lévi » : la purification comme travail long et patient.
- 1 Corinthiens 5, 6-8 — « Un peu de levain fait lever toute la pâte » : la puissance du levain, dont dépend toute l'objection de Jésus.
- Marc 4, 26-29 — la semence qui pousse d'elle-même, « que l'homme dorme ou qu'il veille, sans qu'il sache comment » : l'argument de la non-intervention.
Passages cités : Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 79 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.