Parabole des fourmis
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 91
Le récit
Jésus interrompt son enseignement pour faire observer le sol. Une colonne de fourmis converge vers un même point : l'une d'elles a découvert, sous une large feuille, une mie de pain — un trésor mille fois plus gros qu'elle, qu'elle ne pourra jamais déplacer seule.
Elle n'essaie pas. Elle envoie aussitôt une sœur alerter la fourmilière, en la pressant de faire vite, avant qu'un oiseau ne repère la trouvaille. Et toutes accourent : celles qui rangeaient les réserves, et jusqu'à celles qui se reposaient, épuisées par la journée. L'une tombe. Une autre manque de se briser entre le pain et un caillou. Une jeune s'arrête à bout de forces — puis repart. La miette avance, lentement, jusqu'au nid, où le travail recommence pour la réduire en fragments et la mettre à l'abri.
La morale
● Énoncée par Jésus lui-même.
Elle est donnée en une phrase, sans détour, au terme de l'observation :
« Ce sont des fourmis, rien d'autre que des fourmis. Pourtant elles sont fortes parce qu'elles sont unies. Méditez là-dessus. »
EMV 91.3
La leçon avait d'ailleurs été posée avant l'image. Jésus venait de dire aux siens qu'il était « absolument nécessaire » qu'ils s'aiment et ne fassent qu'un, et il en avait donné la contre-épreuve : une famille divisée où le père s'épuise en vain, où les ressources s'effritent, où les querelles font le jeu des ennemis du dehors. La fourmilière est la démonstration inverse — la faiblesse individuelle poussée à l'extrême, et pourtant victorieuse par le seul fait du nombre accordé.
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
Le geste initial. Tout tient dans ce que fait la fourmi qui découvre : elle appelle. Elle ne tente pas d'abord seule, ne garde pas sa trouvaille, ne s'attribue rien. On peut y lire le modèle exact de ce que Jésus attend d'apôtres qu'il s'apprête à envoyer : ce qu'ils recevront ne leur appartiendra pas, et l'urgence n'est pas de posséder mais de transmettre — la miette perdue est celle que l'on garde.
La suite immédiate de la scène. À peine la leçon donnée, Judas reproche à Jésus de préférer la Galilée à sa Judée natale, et il faut une longue réponse pour éteindre la querelle. La désunion se manifeste dans la minute qui suit son interdiction. Le rapprochement n'est pas commenté par le texte, mais il reproduit un procédé déjà observable au chapitre 61, où la parabole du cheval préféré est suivie sur-le-champ d'un homme qui se conduit exactement comme le cheval. Rien n'oblige à y voir une intention de composition ; la coïncidence mérite au moins d'être remarquée.
Résonances bibliques
- Proverbes 6, 6-8 — « Va vers la fourmi, paresseux ; considère ses voies et deviens sage. » Le rapprochement est net, mais la leçon est déplacée : le Proverbe loue chez la fourmi la prévoyance individuelle, quand Jésus y lit l'unité collective. Même animal, vertu différente.
- Proverbes 30, 24-25 — les fourmis, « peuple sans force », qui assurent pourtant leur subsistance : c'est le paradoxe exact de la faiblesse efficace.
- 1 Corinthiens 12, 12-26 — le corps et ses membres, qui deviendra la formulation théologique de la même intuition.
- Psaume 133, 1 — « Voyez, qu'il est bon, qu'il est doux d'habiter en frères tous ensemble. »
Passages cités : Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 91 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.