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A19Leçons aux RomainsChapitre 6Leçon n° 6 — Rm 2, 1.Parabole vivanteLa parabole est prononcée par un autre que Jésus.

Parabole du levain et de la farine

Leçons aux Romains — leçon n° 6, sur Romains 2, 1. La leçon, datée du 9 janvier 1948, commente le verset « en jugeant les autres tu te condamnes toi-même, puisque tu fais les mêmes choses que tu condamnes ». Celui qui dicte commence par poser une question de destinataire — « Je m’adresse à qui ? Au commun des fidèles ou à la partie choisie du troupeau ? » — et c’est pour justifier sa réponse qu’il en vient au levain.
Leçons sur l’Épître de saint Paul aux Romains, leçon 6

Le récit

Lorsque la ménagère veut faire son pain, elle ne commence pas par la farine impure, « qui est pleine de son ». Pour faire la boule de levain, elle prend de la fleur de farine, la mélange avec de l’eau pure, et la laisse fermenter.

Elle forme ainsi le levain — et c’est ce levain qui « va faire fermenter même la farine impure, pour qu’elle devienne du bon pain ».

Le texte ajoute aussitôt une remarque sur un autre pain : « Les pains azymes étaient sans levain, mais alors on prenait de la farine pure, de la farine à hosties, et on mangeait ces pains sous forme de minces galettes cuites à feu vif. »

La morale

◆ Prononcée par un autre que Jésus. Le chapitre ne désigne le locuteur que par un titre, « l’Auteur Très-Saint », et celui-ci parle du Christ à la troisième personne — « des imitateurs du Christ », « le chemin aboutissant au cœur du Christ ». Il se nomme lui-même à la dernière ligne : « C’est l’Amour qui vous le dit. » Ailleurs dans la même œuvre, le même locuteur se déclare explicitement : « Par toi et par le Christ, moi, Esprit Saint » (leçon 16).

Particularité de forme : la morale précède l’image au lieu de la suivre. Elle est donnée dès la réponse à la question initiale — « À la partie choisie » — et l’image ne vient qu’ensuite, pour l’expliquer :

« Ma parole est le levain qui doit faire lever la farine pure, la farine à hosties, pour que cette farine, avec sa perfection, fasse lever la grande masse constituée de farine blutée plus ou moins grossièrement. »

Leçons sur l’Épître de saint Paul aux Romains, leçon 6

Il y a donc trois termes et deux fermentations, non une seule : la parole divine fait lever la part choisie, et la part choisie fait lever la masse. La « farine à hosties » désigne ces âmes qui viennent « se poser volontairement sur l’autel du sacrifice » — prêtres et victimes à la fois, « à cause de leur charité ».

« Ces nobles sacrifices individuels, provenant de la partie élue du troupeau, sont le levain qui fait fermenter et lever la masse impure de la partie moins bonne du troupeau. A leur propre insu, ces âmes donnent à la masse impure ce minimum de fermentation qui la rend apte à se transformer en troupeau acceptable. »

Leçons sur l’Épître de saint Paul aux Romains, leçon 6

Le verset de Paul revient alors, et il change de cible en cours de route. Il ne vise plus l’auditoire de la leçon mais « ceux qui s’imaginent tout faire », dont les actions sont « manifestes, parfois bruyantes, parfois intransigeantes », et qui sont mus par « ce même orgueil qui corrompit le Sacerdoce, les scribes et les rabbins d’Israël ». C’est à eux qu’il faudrait dire : « Tu te rends inexcusable. En jugeant les autres tu te condamnes toi-même. »

Le destinataire n’est pas une personne mais une catégorie. C’est l’objet même de la leçon : la question « je m’adresse à qui ? » est posée en tête, tranchée immédiatement, et la parabole ne sert qu’à en donner la raison — « celle qui travaille même si elle est cachée et apparemment absente. Son action secrète vaut plus que toutes les actions manifestes ». La leçon se termine par une adresse directe à ce groupe, sans nom propre : « Je m’adresse aux âmes-hosties. »

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Un levain fait de la même farine que la pâte. Dans la parabole évangélique, la femme prend du levain et l’enfouit dans trois mesures de farine : le levain est un corps étranger, déjà constitué, et la seule opération est de l’y mettre. Ici, il faut d’abord le fabriquer — fleur de farine, eau pure, fermentation — et il est de même nature que ce qu’il fera lever, seulement pris dans sa part la meilleure. La conséquence est nette : la « partie choisie » n’est pas d’une autre espèce que la masse, elle en est la fine fleur passée par un temps d’attente.

La farine impure n’est pas criblée. L’Évangile tel qu’il m’a été révélé rapporte au chapitre 79 une parabole voisine, où Jésus dit également « ma parole est le levain », mais où tout le propos porte sur le tri préalable : « s’il y a trop de son dans la farine, ou si on y a mélangé des graviers et du sable, et de la cendre encore en plus, peut-on faire du pain, même si le levain est excellent ? Non. » Il faut d’abord extraire patiemment son, cendres, gravier et sable, et cette purification requiert « la “volonté” de l’âme ». Rien de tel dans la leçon 6 : le levain fait lever « même la farine impure », telle quelle, et sans que la masse y consente ni même le sache. Les deux textes emploient les mêmes mots pour deux opérations inverses — l’une sur une âme unique qui se convertit, l’autre sur un corps collectif qui est porté.

Le pain azyme, écarté et pourtant gardé. La remarque sur les pains sans levain paraît une digression : on la lit comme une exception historique, l’ancien rite. Mais elle introduit le mot qui fera toute la suite — « farine à hosties » — et ce mot désigne ensuite les mêmes âmes choisies. Elles sont donc simultanément le levain de la masse et l’hostie de l’autel, c’est-à-dire ce qui fermente et ce qui ne fermente jamais. Le texte ne rapproche pas les deux emplois et ne les concilie pas ; il passe de l’un à l’autre en un paragraphe.

Un rendement inverse de la visibilité. « À leur propre insu » est le pivot de toute la leçon : le levain ne sait pas qu’il est levain, et son efficacité tient précisément à ce qu’il ne se voit pas. C’est ce qui articule la parabole au verset de Paul, sans que le texte le dise : celui qui juge est celui qui se voit agir. Le reproche de Rm 2, 1 ne tombe pas sur un vice moral particulier mais sur une position — se tenir hors de la pâte pour l’évaluer, au lieu d’y disparaître.

Résonances bibliques

  • Romains 2, 1 — le verset commenté, cité deux fois par la leçon : en ouverture comme parole de l’Apôtre, puis à mi-course comme phrase à adresser aux zélés bruyants.
  • Matthieu 13, 33 — « le Royaume des cieux est semblable à du levain qu’une femme prend et enfouit dans trois mesures de farine » : même geste, mais un seul temps de fermentation et un levain qui ne se fabrique pas.
  • 1 Corinthiens 5, 6-8 — « un peu de levain fait lever toute la pâte », et l’appel à célébrer « avec les azymes de la pureté et de la vérité » : Paul tient ensemble, comme cette leçon, le levain et le pain sans levain.
  • Lévitique 2 — cité explicitement par le texte : l’oblation de fleur de farine offerte en mémorial, « une brûlante offrande d’odeur très suave ».
  • Romains 12, 1 — « offrir vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, tel est le culte spirituel que vous avez à rendre » : la définition même de l’âme-hostie, prêtre et victime.
  • Genèse 18, 23-32 — Abraham marchandant le salut de Sodome sur le nombre des justes : quelques-uns suffisent à porter la masse, exactement ce que dit la fin de la leçon — « ils maintiennent le monde en place en apaisant la colère de Dieu ».
Parabole du levain et de la farine — Les paraboles de Jésus