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16Deuxième année de vie publiqueChapitre 245Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.Mt 9, 12 · Mc 2, 17×29

Parabole du lépreux

Deuxième année de vie publique — Nazareth, dans la synagogue, où le chef du lieu a fait entrer Jésus sous prétexte d'une difficulté d'Écriture ; la ville entière s'y engouffre, curieuse et sans affection. Marie de Magdala, tout juste convertie, est de la suite, et c'est elle que l'on vise.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 245

Le récit

Un homme s'est ruiné par ses dérèglements jusqu'à devenir lépreux. Retranché de toute compagnie, il passe de longues années à considérer ce qui l'a mené là. Quand il n'attend plus rien, la guérison lui vient — accordée, dit Jésus, à ses larmes et à ses prières.

Peut-il rentrer chez lui pour autant ? Non : la Loi l'oblige à passer par le prêtre. Examen, premier sacrifice de deux passereaux, lavages répétés du vêtement, puis un second passage avec les victimes prescrites, la farine et l'huile ; le prêtre le conduit enfin à l'entrée du sanctuaire, et le voilà réadmis parmi les siens.

Ici Jésus s'arrête et interroge. Cet homme est-il déjà pur quand il va trouver le prêtre ? L'assistance répond franchement que non, il s'en faut de beaucoup. Alors comment ose-t-il approcher le prêtre, puis le Tabernacle lui-même ? Parce que le prêtre est le passage obligé, répond-elle encore, et parce que Dieu seul efface les fautes. Le piège vient de se refermer sur ceux qui l'avaient tendu.

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même.

L'application suit immédiatement, et elle est cinglante :

« Hommes à la pensée retorse et au cœur sans limpidité, pourquoi donc m'accusez-vous si moi, qui suis Prêtre et Tabernacle, je me laisse approcher par ceux qui sont spirituellement lépreux ? »

EMV 245.5

Le grief était précis : il se dit Verbe, donc plus saint que l'arche — pourquoi dès lors se laisse-t-il profaner par la compagnie d'une prostituée et d'un publicain ? La réponse ne nie pas la sainteté, elle retourne l'argument. Le lépreux approche le prêtre alors qu'il est encore impur, parce qu'il n'existe pas d'autre chemin vers la purification ; il n'y aurait profanation que si l'impureté demeurait, or elle est ôtée par cela même qu'on lui reproche. Le chapitre s'achève sur un ordre que Nazareth ne pouvait entendre sans humiliation : « Imitez les pécheurs » (EMV 245.6) — ils vous devancent quand il s'agit de venir à la vérité.

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Le piège se construit en trois temps. On part d'un cas d'école, la fille du Pharaon écartée de la maison de David parce que l'arche y était entrée ; on obtient de Jésus qu'il approuve la mesure et concède au sacré le plus grand respect ; on lui fait reconnaître qu'il vaut plus que l'arche. La conclusion tombe alors toute seule : pourquoi te profanes-tu ? Et Jésus le dit sans détour : il sait qui a soufflé la question.

La riposte emprunte la même mécanique. Plutôt que de se défendre, Jésus fait juger l'assemblée sur un cas où elle ne risque rien — une prescription rituelle connue de tous — et lui fait énoncer elle-même le principe qui la condamne. Le mouvement est celui de la parabole du cheval préféré (chapitre 61) : l'auditoire prononce la sentence avant de découvrir qu'elle le vise.

Une homonymie que le chapitre ne relève pas. Le chef de synagogue qui tend le piège se nomme Lévi ; celui que Jésus désigne, dans la même phrase, comme trophée de sa miséricorde est Lévi le publicain — Matthieu. Deux hommes du même nom que sépare leur seule réponse.

Le texte évangélique

Traduction de l'abbé Augustin Crampon (1923), dans le domaine public. Les passages ci-dessous sont ceux dont la parabole valtortienne est le parallèle.

Matthieu 9, 12 — le médecin et les bien portants

12 Jésus, entendant cela, leur dit : " Ce ne sont point les bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades.

Marc 2, 17 — le médecin et les bien portants

17 Entendant cela, Jésus leur dit : " Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades ; je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. "

L'écart avec l'Évangile

L'ampleur

Il faut le dire d'emblée : le rapprochement n'est pas verbal, il est situationnel. Le mot « médecin » ne figure pas une seule fois au chapitre 245, ni « malade », ni « bien portants ». Ce qui autorise la comparaison, c'est que les deux textes répondent au même grief — on reproche à Jésus la compagnie des pécheurs — et que le chapitre le dit lui-même en toutes lettres : « pourquoi donc m'accusez-vous si moi, qui suis Prêtre et Tabernacle, je me laisse approcher par ceux qui sont spirituellement lépreux ? »

Les chiffres. Matthieu répond en 115 caractères, Marc en 181 — une phrase, deux propositions au plus. La réponse valtortienne, prise de « Ecoutez. Je sais à quoi vous faites allusion » jusqu'à « ressuscités à la grâce du Seigneur », en compte 3 331 : vingt-neuf fois le verset de Matthieu, dix-huit fois celui de Marc. La parabole seule, avec le dialogue qu'elle déclenche, en fait 1 919.

La scène

Crampon, tel qu'il est recopié ci-dessus, ne situe rien du tout : le verset s'ouvre sur « Jésus, entendant cela, leur dit », un démonstratif qui renvoie à une accusation dont on ne saura rien ici, et un « leur » qui ne nomme personne.

Le lieu. L'Œuvre donne tout. Deuxième année, Nazareth, la synagogue où le chef du lieu — Jésus l'appelle par son nom, « Je viens tout de suite, Lévi » — a fait entrer Jésus sous couleur d'une difficulté d'Écriture, la ville entière s'y engouffrant derrière lui.

Ce qui précède. Elle le donne surtout : le cas d'école de la fille du Pharaon écartée de la maison de David, puis l'aveu qu'il faut aux choses sacrées le plus grand respect, puis celui que Jésus vaut plus que l'arche, et alors seulement la pointe du piège — « Dans ce cas, pourquoi te profanes-tu ? »

Les intéressés présents. Elle les donne en chair et en os dans l'assistance : « la femme qui était perdue, comme Lévi le publicain, ici présente maintenant avec sa nouvelle âme et sa nouvelle fonction ».

Ce qui est ajouté

Tout le récit, puisque Crampon n'en a aucun. Un homme qui « sous l'effet de ses nombreux vices, devint lépreux » ; les années de solitude où il réfléchit sur sa faute ; la guérison accordée « en raison de ses nombreuses prières et de ses larmes ».

Le rituel du Lévitique. Il est décomposé avec une précision de sacristain — l'examen, « un premier sacrifice de deux passereaux », « non pas une, mais deux lessives de ses vêtements », le retour « avec les agneaux sans tache, l'agnelle, la farine et l'huile prescrits », enfin la porte du Tabernacle. Rien de cela n'a de contrepartie chez Matthieu ni chez Marc : là où l'Évangile pose une comparaison médicale en six mots, l'Œuvre déroule une procédure légale complète.

La seconde riposte. S'ajoute aussi celle, celle qui vise la méthode et non le grief : « Pourquoi avez-vous deux poids et deux mesures pour juger ? »

Ce qui est changé

C'est l'essentiel, et le changement porte sur la forme de l'argument autant que sur son contenu. Chez Crampon, Jésus tranche par un aphorisme et personne ne répond : la phrase est à elle seule la démonstration, et la métaphore est empruntée à la médecine, où le pécheur est un malade.

L'interrogation. Ici, Jésus ne tranche rien, il interroge : « Mais vous, dites-moi : quand cet homme va pour la première fois trouver le prêtre, pourquoi y va-t-il ? » L'assistance répond, et c'est elle qui pose les prémisses — « Oh, non ! Il lui manque encore beaucoup pour l'être, matériellement et spirituellement », puis « Non. Certainement pas ! » — avant de découvrir qu'elle vient de se condamner. L'aphorisme d'une ligne est devenu une démonstration par la Loi, où l'auditoire fournit lui-même les deux termes du syllogisme.

La métaphore. Elle change aussi de registre : le lépreux n'est pas un malade que l'on soigne, c'est un impur que l'on réadmet, et le rapprochement se fait de rite à rite — ce que le prêtre est au lépreux, Jésus l'est au pécheur, « moi, qui suis Prêtre et Tabernacle ».

Le grief. Il n'est plus le même : chez les évangélistes on reproche à Jésus de manger avec des pécheurs, ici on lui reproche de se profaner, et la réponse est calibrée sur ce mot précis — « Il y aurait profanation si leur idolâtrie demeurait en eux comme elle demeurait dans la fille du Pharaon. »

Les accusateurs. Ils ont changé : ce ne sont pas des scribes venus de l'extérieur, ce sont les gens de sa ville.

Ce qui tombe

Le vocabulaire entier de Crampon. Ni « médecin », ni « malades », ni « bien portants » au chapitre 245 : l'image médicale, qui est toute la réponse évangélique, a disparu. Tombe aussi la seconde moitié de Marc — le mot « justes » ne s'y trouve pas non plus, et la formule « je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs » n'a ici qu'un écho lointain, dans le mouvement qui ouvre la réponse : « j'appelle ceux qui sont les plus réellement morts, les pécheurs ». C'est le seul point de contact lexical entre les deux textes.

La formule n'est pas perdue pour l'Œuvre. Il faut l'ajouter, pour être honnête : elle se lit au chapitre 224, mais transposée et adressée aux apôtres, quand Judas reproche à Jésus d'aller au-devant de villes hostiles — « Les malades ont besoin du médecin et les ignorants du maître. » Le mot est donc bien dans l'Œuvre ; simplement, il n'est pas ici.

La pointe

Matthieu s'arrête sur le constat, Marc y ajoute une déclaration de mission. Ni l'un ni l'autre ne demande rien à ceux qui accusent. L'Œuvre, elle, ne s'arrête pas au moment où l'argument est gagné : elle enchaîne sur un impératif qui renverse les rôles, « Imitez les pécheurs », avec sa justification — « En vérité, ils vous sont supérieurs quand il s'agit de venir à la vérité » — puis sur une mise en garde contre les pièges, et enfin sur une offre : passer le sabbat à Nazareth pour y enseigner. Le verset évangélique justifiait une conduite ; le chapitre valtortien se sert de la justification pour retourner l'accusation en leçon, et la leçon en invitation.

Ampleur ×29 — Écarts : amplifiée · détail technique · auditoire changé · pointe déplacée · prolongée

Résonances bibliques

  • Lévitique 14, 1-32 — le rituel de purification du lépreux : l'examen par le prêtre, les deux oiseaux, le double lavage des vêtements, puis les agneaux, la farine et l'huile. La parabole en suit le détail pas à pas ; c'est sa seule armature.
  • 2 Chroniques 8, 11 ; 1 Rois 11, 1-8 — le verset lu par le chef de synagogue, puis les femmes étrangères de Salomon et le glissement vers l'idolâtrie, que Jésus donne comme preuve d'une corruption progressive.
  • Matthieu 9, 12-13 ; Marc 2, 17 ; Luc 5, 31-32 — « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin. » La réplique évangélique la plus proche, prononcée précisément à la table de Matthieu.
  • Luc 4, 16-30 — l'autre scène de synagogue à Nazareth, où l'hostilité de la ville éclate ouvertement. Ici elle reste contenue.
Parabole du lépreux — Les paraboles de Jésus