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74Deuxième année de vie publiqueChapitre 246Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.

Apologue des arbres qui cherchent un roi (Abimélek)

Deuxième année de vie publique — La synagogue de Nazareth, un jour de sabbat. Jésus vient de lire à haute voix l'apologue de Jotham contre Abimélek, et rend le rouleau. Le chef de la synagogue lui fait remarquer qu'il n'a pas lu la suite : « Ce serait utile pour faire bien comprendre l'apologue. » — « Ce n'est pas nécessaire. »
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 246

Le récit

Le chapitre contient deux apologues : celui que Jésus lit dans l'Écriture, et celui qu'il compose à sa suite.

L'ancien : les arbres cherchent un roi

Les arbres veulent se donner un roi. Ils vont trouver l'olivier, arbre consacré, dont l'huile brûle devant le Seigneur et sert à oindre l'autel, les prêtres et les rois. Il refuse : « Comment puis-je manquer à ma vocation sainte et surnaturelle pour m'abaisser aux choses de la terre ? »

Ils vont au figuier : « Comment puis-je renoncer à ma douceur et à mes fruits si savoureux pour devenir votre roi ? »

Ils vont à la vigne : « Comment puis-je, moi, renoncer à être allégresse et force pour régner sur vous ? »

Ils vont enfin à la ronce. Elle ne refuse pas — elle impose un pacte :

« Si vous voulez que je règne sur vous, venez au-dessous de moi. Mais, si vous ne voulez pas le faire, après m'avoir élue, je ferai de toute épine un tourment ardent et je vous brûlerai tous, même les cèdres du Liban. »

EMV 246.6

Le nouveau : les animaux élisent un agneau

« Mais moi, je vous en propose un autre, non pas lointain et pour des faits éloignés, mais proche, présent. »

Les animaux veulent un roi, et cherchent avec astuce celui dont ils n'auront rien à craindre. Pas le lion ni les félins. Pas l'aigle, à cause du bec. Pas le cheval, trop rapide — il verrait ce qu'ils font. Encore moins l'âne, dont ils connaissent les ruades. Pas le singe, trop intelligent et vindicatif. Pas le serpent — officiellement parce qu'il a servi Satan, en réalité parce qu'ils redoutent son venin. Pas le taureau : « Le diable aussi a des cornes », disent-ils, mais ils pensent : si nous nous révoltons, il nous exterminera.

Ils finissent par voir un agnelet blanc qui gambade, tète sa mère, boit au ruisseau, se couche dans l'herbe et prend les nuages pour d'autres agneaux qui l'invitent à jouer. « Il est facile à contenter. Il n'a ni arme ni venin. Il est naïf. Prenons-le pour roi. »

Puis l'agneau devient bélier, et déclare qu'il est temps de régner vraiment. Il reprend ceux qui manquent à l'honnêteté, à la charité, à la loyauté. On se gausse de son bêlement, qui ne fait peur ni comme le rugissement ni comme le sifflement. Le serpent se glisse entre ses pattes, l'aigle le laisse en plan, les félins le bousculent d'une patte feutrée en lui montrant les griffes, les coureurs galopent autour de lui en le raillant, les pachydermes le projettent d'un coup de trompe, les singes lui lancent des projectiles.

Alors il use de sa force : il punit légèrement un roquet querelleur, défonce la tanière d'un porc qui accaparait les vivres, abat le buisson où deux singes menaient leurs amours illicites.

« Ce roi est devenu trop puissant. Il veut absolument que nous vivions en sages. Cela ne nous plaît pas. Il faut le détrôner. » Un petit singe conseille la prudence : ne le faisons que sous couvert d'un juste motif, sinon nous ferions piètre figure et serions odieux à Dieu. Épions-le. Le serpent et le singe se portent volontaires. Au roi, le serpent dit : « Je te suis parce que je t'aime. » Le singe dit : « Comme je t'admire ! » Et le soir, ils rapportent aux autres : il a pris part au banquet de pécheurs, il fréquente les papillons et les limaces visqueuses, « il entretient des relations avec des étrangers impurs ».

L'agneau devenu bélier sait tout — l'esprit du Seigneur l'éclaire sur les complots. Il aurait pu s'enfuir.

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même, à trois niveaux.

Sur l'ancien apologue, la leçon est immédiate :

« L'humanité corrompue prend la tyrannie et la férocité pour la vraie royauté, alors que l'on considère la douceur et la bonté comme de la sottise et de la bassesse. L'homme ne se soumet pas au bien, mais il se soumet au mal. Il est séduit par lui, en conséquence de quoi il en est brûlé. »

EMV 246.6

Chaque refus est commenté au passage. L'olivier donne à Jésus l'occasion de rappeler que tout homme est roi et fils de Dieu. Le figuier permet une mise au point sur la douceur : « Ne confondez jamais la douceur avec la faiblesse. La première est une vertu, la seconde un défaut » — et ceux qui cherchent un roi doux le font souvent en espérant « un roi de comédie dont on peut attendre qu'il consente à toujours dire oui ». La vigne introduit l'image du lierre : le roi cède à la première étreinte d'un intérêt courtisan, « c'est si peu de chose ! », et un jour le lierre l'a recouvert, étouffé, tué.

Quant au second apologue, Jésus ne l'explique pas : il le raconte à des gens qui, précisément, l'épient.

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Le refus de lire la suite. Le chef de la synagogue le remarque et le lui reproche. Dans le livre des Juges, la suite raconte le châtiment : la ruine de Sichem et la mort d'Abimélek. Jésus s'arrête juste avant, sur la menace de la ronce — « qu'un feu sorte de lui, et qu'il dévore les cèdres du Liban » — et déclare que la suite n'est pas nécessaire. Il laisse la sanction en suspens.

Une leçon d'herméneutique avant la parabole. Jésus reproche aux maîtres de répéter toujours la même application, de rabbi en rabbi, « avec la même méthode et les mêmes conclusions ». Il compare ces docteurs aux cordes du puits, qui vont de la poulie à l'eau et de l'eau à la poulie « sans jamais pouvoir changer », et à l'écho qui répète un mot « sans rien y mettre du sien ». Puis il fait la démonstration inverse en composant un apologue neuf sur le même thème. Le texte enseigne ainsi une manière de lire avant d'enseigner un contenu.

Ils ont écarté le lion pour prendre l'Agneau. Les animaux éliminent méthodiquement tout ce qui a griffes, cornes, bec ou venin, et choisissent l'inoffensif — pour découvrir qu'il entend gouverner. C'est exactement la déception attendue du Messie par ceux qui l'écoutent. Et la tradition chrétienne joindra les deux figures que l'apologue oppose : le Lion de Juda est l'Agneau. Le texte ne fait pas le rapprochement.

Un autoportrait donné en public. Le bélier est accusé de banqueter avec des pécheurs et de fréquenter des étrangers impurs : ce sont mot pour mot les griefs faits à Jésus dans tout l'Évangile. Il raconte donc à Nazareth sa propre surveillance, ses propres accusateurs et le complot en cours — devant les intéressés, et sans jamais dire « c'est moi ».

Les deux espions se disent amis. Le serpent : « Je te suis parce que je t'aime. » Le singe : « Comme je t'admire ! Regarde : là-bas on est en train de pécher. Cours ! » Le traître ne se contente pas de rapporter, il oriente les pas du roi vers ce qu'il pourra ensuite lui reprocher. À la date où l'apologue est prononcé, Judas fait partie des Douze.

Résonances bibliques

  • Juges 9, 7-21 — l'apologue de Jotham sur le mont Garizim, source explicite : l'olivier, le figuier, la vigne et le buisson d'épines.
  • Luc 4, 16-30 — Jésus dans la synagogue de Nazareth : il lit le rouleau, s'arrête au milieu du verset d'Isaïe, applique le texte au présent, et déclenche l'hostilité. La scène est ici rejouée sur un autre passage.
  • Jean 1, 29 — « Voici l'Agneau de Dieu. »
  • Apocalypse 5, 5-6 — « Le Lion de la tribu de Juda a vaincu » — et Jean voit alors « un Agneau comme immolé ».
  • 1 Samuel 8, 4-20 — le peuple qui réclame un roi « comme toutes les nations », averti de ce que ce roi lui prendra.
  • Isaïe 53, 7 — l'agneau muet devant les tondeurs.
  • Psaume 2, 1-2 — « Pourquoi les nations s'agitent-elles ?… Les rois se liguent contre le Seigneur et contre son Oint. »
Apologue des arbres qui cherchent un roi (Abimélek) — Les paraboles de Jésus