Parabole du Jourdain et de l'amour
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 275
Le récit
« Pensons à notre beau Jourdain. Comme il est imposant à Jéricho ! » Mais l'était-il autant à sa source ? Non — c'était un filet d'eau, et il le serait resté « s'il était toujours resté seul ».
Ce qui l'a fait fleuve, ce sont les affluents. Des milliers, dit Jésus : les uns venus seuls, d'autres déjà formés de cent ruisseaux, descendant des montagnes et des collines des deux rives, tous se déversant dans le même lit. Et le filet devient « le fleuve large, solennel, paisible qui déroule son ruban bleu au milieu de ses rives fertiles couleur d'émeraude ».
Ainsi de l'amour. Chez ceux qui débutent, c'est un filet : ils savent à peine se garder du péché grave, et par crainte de la punition. Puis, à mesure qu'on avance, des rivières jaillissent — et Jésus précise d'où : « des montagnes rugueuses, arides, orgueilleuses et dures de l'humanité ».
« Tout sert à les faire surgir et jaillir : les douleurs et les joies, de même que, sur les montagnes, aussi bien les neiges gelées que le soleil qui les fait fondre servent à faire des ruisseaux. Tout sert à leur frayer un chemin : l'humilité comme le repentir. »
EMV 275.5
La morale
● Énoncée par Jésus lui-même, et prolongée en programme pratique.
L'image dit un double mouvement, que Jésus formule en une phrase : « l'âme, poussée sur cette voie, aime descendre dans l'anéantissement du moi et aspire à remonter, attirée par le Soleil-Dieu ». Le fleuve descend, l'eau qui l'a formé venait des hauteurs, et le tout est appelé vers le soleil qui l'évapore. Descendre et monter ne sont pas contradictoires : c'est le même cycle.
Puis Jésus nomme les affluents, et c'est là que la parabole cesse d'être contemplative :
« Les ruisseaux qui nourrissent le ruisseau embryonnaire de l'amour de respect sont, outre les vertus, les œuvres que les vertus apprennent à accomplir, les œuvres qui justement, pour être des ruisselets d'amour, sont des œuvres de miséricorde. »
EMV 275.5
Et il les énumère une à une — à commencer par « donner à manger aux affamés », dont il fait un devoir de reconnaissance, d'imitation et de justice, rattaché au quatrième commandement. Certaines, dit-il, « étaient déjà connues d'Israël, mais d'autres, c'est moi qui vous les fais connaître ».
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
La charité n'est pas une source, c'est un bassin. Le point de la parabole n'est pas que l'amour grandisse, mais qu'il grandisse par confluence. Un fleuve ne se nourrit pas de lui-même. Ce qui déplace entièrement la question de la perfection : il ne s'agit pas d'aimer plus fort, mais de laisser affluer des apports extérieurs — les œuvres, les épreuves, les rencontres.
Les eaux viennent de terrains hostiles. Jésus insiste sur l'origine : montagnes « rugueuses, arides, orgueilleuses et dures ». Ce ne sont pas des prairies qui alimentent le Jourdain, ce sont des rochers. La charité se nourrit donc de ce qui, dans l'humanité, paraît le moins fait pour elle — et « les neiges gelées » servent autant que le soleil.
Une parabole pour un homme absent. Elle est prononcée dans le prolongement d'une promesse faite à Jean d'En-Dor, ce pécheur qui « n'arrivait pas à se persuader de l'absolu pardon de Dieu » et à qui Jésus avait juré de parler toujours de miséricorde. La méditation sur le fleuve est donc, à l'origine, une réponse à un scrupuleux : ton filet d'eau deviendra fleuve, laisse-le se remplir.
L'exigence est triplée pour les ministres. « Le précepte de l'amour doit être obligatoire pour tous, mais il doit l'être trois fois pour les serviteurs de Dieu. » Jésus formule la différence avec précision : aux croyants il suffit de dire « on ne conquiert pas le Ciel si on n'aime pas » ; aux serviteurs il faut dire « on ne fait pas conquérir le Ciel aux croyants si on n'aime pas parfaitement ». La charité du prêtre n'est pas d'abord son salut, c'est son outil.
Résonances bibliques
- Ézéchiel 47, 1-12 — l'eau qui sort du Temple, d'abord jusqu'aux chevilles puis devenue un torrent infranchissable, et qui assainit tout sur son passage.
- Jean 7, 38 — « De son sein couleront des fleuves d'eau vive. »
- Matthieu 25, 35-40 — les œuvres de miséricorde que Jésus commence ici à énumérer : « j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ».
- 1 Corinthiens 13, 1-3 — sans la charité, les dons les plus éclatants ne sont rien : le fleuve sans ses affluents.
- Psaume 1, 3 — l'arbre planté près des cours d'eau.
- Exode 20, 12 — « Honore ton père et ta mère », que Jésus rattache expressément au devoir de nourrir les affamés.
- 1 Jean 4, 8 — « Dieu est amour », que Jésus énonce ici sous la forme « Dieu est Miséricorde parce que Dieu est Amour ».
Passages cités : Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 275 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.