Parabole du riche insensé
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 276
Le récit
Les champs d'un homme riche lui ont donné des récoltes prodigieuses. La moisson s'entasse sur l'aire, déborde des greniers, s'abrite sous des hangars improvisés et jusque dans les pièces de la maison.
Son raisonnement est méthodique. Il a peiné comme un esclave, la terre l'a payé de retour ; il estime avoir travaillé pour dix récoltes et entend se reposer autant. Vendre l'obligerait à remettre le grain en terre l'an prochain : il abattra donc ses greniers pour en bâtir de plus vastes, y logera tout, et dira ensuite à son âme qu'elle a des réserves pour des années — qu'elle se repose, mange, boive et jouisse de la vie.
Jésus interrompt ici son propre récit pour désigner l'erreur : cet homme confond le corps et l'âme, et croit avoir tout accompli après une première bonne récolte dans les champs du bien. Or l'âme ne tire de l'oisiveté que de s'affaiblir.
La réponse divine tombe alors. Insensé — cette nuit même l'âme sera réclamée, le corps restera sans vie, et ce qui a été amassé reviendra à d'autres. Mieux valait convertir ces récoltes en œuvres de miséricorde : être miséricordieux envers autrui, c'est l'être envers sa propre âme. L'homme mourut cette nuit-là et fut jugé sans indulgence.
La morale
● Énoncée par Jésus lui-même.
Elle ferme la parabole en une phrase, et elle avait été annoncée avant elle :
« C'est ce qu'il se passe pour l'homme qui thésaurise pour lui-même et ne s'enrichit pas aux yeux de Dieu. »
EMV 276.6
L'exposé qui précède donnait déjà la règle pratique : commencer jeune, ne rien remettre au lendemain, parce que l'échéance est inconnue et que l'enfant tombe parfois avant le vieillard. Avec une insistance propre à ce chapitre : le trésor doit croître d'année en année. Celui qui cesse d'augmenter n'est plus un trésor mais un dépôt inerte, et s'arrêter n'est pas stagner — c'est reculer.
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
L'écart avec Luc est dans la scène, pas dans la parabole. Chez Luc, l'homme demande un partage, Jésus répond d'une phrase — « Homme, qui m'a établi juge et arbitre entre vous ? » (EMV 276.4) — et enchaîne. Ici la négociation se prolonge et dégénère : Jésus offre de venir au village prêcher pour convertir le frère, l'homme balaie l'offre et exige un ordre assorti d'une menace — que Jésus frappe son frère de maladie, puisqu'il sait donner la santé. Cette demande de miracle punitif est refusée, et le verdict est sans appel : jumeaux de naissance, ils sont jumeaux de passion, avec un seul amour et une seule foi, l'or.
La parabole est commentée en son milieu. Le récit est coupé entre le monologue du riche et la sentence divine, pour placer l'analyse de la faute avant qu'elle ne soit sanctionnée. La mort subite cesse alors d'être le ressort dramatique de l'histoire : elle n'en est plus que la confirmation. Et le sens s'en déplace — le riche de Luc est fautif d'avoir amassé pour lui seul, celui-ci l'est autant d'avoir voulu se reposer. La faute est nommée oisiveté avant d'être nommée avarice, ce qui vise des auditeurs n'ayant aucun grenier à agrandir.
Le contraste final. Le chapitre s'achève sur l'annonce que l'on ira se reposer à Magdala, chez Marie sœur de Lazare, dont tous les biens sont désormais affectés aux serviteurs de Dieu et aux pauvres. Le riche insensé démolissait ses greniers pour en bâtir de plus grands ; une femme très riche vient d'ouvrir les siens.
Résonances bibliques
- Luc 12, 13-21 — le parallèle direct, seul évangile à rapporter cette parabole : la demande d'héritage, le refus d'arbitrer, le monologue du riche, l'appel « Insensé ! ».
- Luc 12, 22-53 — la suite du même discours : les corbeaux, les lis, le petit troupeau, les bourses qui ne s'usent pas, les serviteurs veillant la lampe allumée, l'intendant fidèle ou ivrogne, le feu sur la terre, la maison divisée. Le chapitre en reproduit la quasi-totalité, dans l'ordre.
- Qohélet 2, 18-21 — l'amertume de laisser à un autre ce que l'on a péniblement acquis. Voir aussi Siracide 11, 18-19.
- Deutéronome 16, 19 — « Tu n'accepteras pas de présents, car le présent aveugle les yeux des sages. » Jésus le cite en ouverture du chapitre pour avertir ses futurs prêtres contre les cadeaux des riches.
Passages cités : Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 276 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.