Parabole du Bon Berger
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 352
Le récit
Un berger apprend qu'il existe, quelque part, un immense troupeau laissé à l'abandon par de mauvais gardiens. Les bêtes errent sur des sentiers dangereux, broutent des herbes toxiques, se rapprochent chaque jour des gouffres. Il se rend là-bas, se dépouille de tout ce qu'il possède et rachète le troupeau entier.
Ce berger est aussi un roi. Dans son royaume, ses bêtes trouveraient des pâtures saines, de l'eau claire, des chemins sûrs, des enclos que ni voleur ni loup ne forcent. Il les rassemble, leur explique ce qu'il a payé pour elles, leur demande de l'aimer et de le suivre — le sacrifice ne lui pèsera pas si elles répondent.
En route, il se retourne sans cesse : il relève celles qui faiblissent, soutient les malades, partage son pain et son sel, goûte l'eau des sources avant elles. Rien n'y fait. Une brebis s'attarde à brouter, puis deux, puis dix, puis cent ; gavées, elles se couchent dans la boue. D'autres se penchent au-dessus des ravins malgré ses avertissements ; lorsqu'il se place lui-même à l'endroit le plus périlleux pour leur barrer le passage, elles le heurtent de la tête et tentent plus d'une fois de le précipiter en bas. Beaucoup s'abîment dans le vide, d'autres s'entretuent à coups de cornes.
Un seul agneau ne quitte jamais la trace du berger, bêlant sans arrêt son affection. Quand ils atteignent la porte du royaume, ils sont deux. Le berger le porte lui-même par-dessus le seuil et demande à tout son peuple d'aimer celui que son cœur préfère.
La morale
● Énoncée par Jésus lui-même.
Elle est arrachée à l'enfant par deux questions. Qui est ce berger ? — Toi. Qui est l'agneau ? — Moi. Benjamin explique ensuite de lui-même comment il compte rester fidèle : en se redisant les paroles reçues, et parce que celui qui aime ne trouve pas fatigant d'obéir.
Jésus reprend le fil devant les disciples encore occupés à comparer leurs mérites, et l'application devient frontale :
« Il est dans la vérité plus que vous. Son innocence lui donne les clés pour ouvrir les portes de mon Royaume. »
EMV 352.9
Le développement du soir, au bord du lac, prolonge la leçon : le plus grand dans le Royaume est celui que les hommes tiennent pour le plus petit ; suivent l'avertissement sur le scandale des enfants, puis l'appel au combat sans trêve contre l'unique Ennemi.
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
La proportion est renversée. Dans la brebis perdue, quatre-vingt-dix-neuf restent et une s'égare. Ici, tout le troupeau se perd et un seul agneau arrive. La même image pastorale bascule de la miséricorde à l'échec ; et l'insistance ne porte pas sur la recherche de l'égarée, mais sur l'obstination de celui qui continue de marcher en tête, presque seul.
Le berger poussé vers le ravin. Le détail le plus dur passe vite : quand le berger se met en travers du danger, les bêtes essaient de le jeter dans le vide. Rien n'oblige à y lire une allusion à la Passion — mais le récit s'adresse à un enfant, et c'est peut-être pourquoi il peut se permettre d'être aussi noir sans être expliqué.
« Viens » et non « Entre ».
« Alors le berger ne dit pas : “Entre”, mais : “Viens” ; il le prit sur sa poitrine, dans ses bras, et l'amena à l'intérieur. »
EMV 352.7
La distinction est minuscule et porte tout le poids de la fin. Entrer suppose un seuil à franchir par soi-même ; venir suppose quelqu'un qui vous porte. L'agneau fidèle est le seul à avoir tenu la route entière, et le seul à ne pas la finir sur ses pattes.
Le texte évangélique
Traduction de l'abbé Augustin Crampon (1923), dans le domaine public. Les passages ci-dessous sont ceux dont la parabole valtortienne est le parallèle.
Jean 10, 1-18 — le bon pasteur et la porte des brebis
1 " En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n'entre point par la porte dans la bergerie, mais qui y monte par ailleurs, est un voleur et un brigand.
2 Mais celui qui entre par la porte est le pasteur des brebis.
3 C'est à lui que le portier ouvre, et les brebis entendent sa voix ; il appelle par leur nom ses brebis, et il les mène aux pâturages.
4 Quand il a fait sortir toutes ses brebis, il marche devant elles, et les brebis le suivent, parce qu'elles connaissent sa voix.
5 Elles ne suivront point un étranger, mais elles le fuiront, parce qu'elles ne connaissent pas la voix des étrangers. "
6 Jésus leur dit cette allégorie ; mais ils ne comprirent pas de quoi il leur parlait.
7 Jésus donc leur dit encore : " En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis.
8 Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands ; mais les brebis ne les ont point écoutés.
9 Je suis la porte : si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera, et il sortira, et il trouvera des pâturages.
10 Le voleur ne vient que pour dérober, égorger et détruire ; moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, et qu'elles soient dans l'abondance.
11 Je suis le bon pasteur. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis.
12 Mais le mercenaire, qui n'est pas le pasteur, et à qui les brebis n'appartiennent pas, voit venir le loup, laisse là les brebis et prend la fuite ; et le loup les ravit et les disperse.
13 Le mercenaire s'enfuit, parce qu'il est mercenaire et qu'il n'a nul souci des brebis.
14 Je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent,
15 comme mon Père me connaît, et que je connais mon Père, et je donne ma vie pour mes brebis.
16 J'ai encore d'autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie ; il faut aussi que je les amène, et elles entendront ma voix, et il y aura une seule bergerie, un seul pasteur.
17 C'est pour cela que mon Père m'aime, parce que je donne ma vie pour la reprendre.
18 Personne ne me la ravit, mais je la donne de moi-même ; j'ai le pouvoir de la donner, et le pouvoir de la reprendre : tel est l'ordre que j'ai reçu de mon Père. "
L'écart avec l'Évangile
L'ampleur
Le discours de Jean tient en 2 090 caractères, la parabole du chapitre 352 en 2 852 — une fois et demie. Mais le chiffre ne veut presque rien dire ici, parce que les deux textes ne racontent pas la même chose. Le discours johannique proprement dit, avec ses « Je suis » et sa porte, se trouve ailleurs dans l'Œuvre, au chapitre 518 ; le chapitre 352 bâtit une histoire neuve sur la même figure. Le rapprochement est thématique, non textuel : pas une phrase de Jean n'est reprise, pas une formule n'est démarquée. Scène complète, de l'arrivée de l'enfant jusqu'à l'application faite aux disciples : 7 203 caractères.
La scène
Jean ne situe rien : le discours s'ouvre sur « En vérité, en vérité, je vous le dis » sans que l'on sache où l'on est ni à qui l'on parle ; l'auditoire n'apparaît qu'en creux, au verset 6, pour ne pas comprendre. L'Œuvre situe tout. On rentre vers Capharnaüm au crépuscule, après une journée d'évangélisation ; Jésus marche quelques pas en avant, un rameau vert à la main, pendant que derrière lui apôtres et disciples comparent leurs mérites.
La demande de l'enfant. Un enfant de sept à huit ans, Benjamin, double le groupe, glisse sa main dans la main gauche de Jésus et commande le récit : « Raconte-moi une belle parabole, Jésus ». La parabole n'est donc pas une réplique dans une controverse, c'est une réponse à une demande d'enfant.
Ce qui est ajouté
Presque tout, puisque le récit est autre. Le berger est roi — « parce que ce berger était roi comme l'ont été aussi de nombreux rois en Israël » : Jean a une bergerie, l'Œuvre a un royaume.
Le troupeau acheté. Il n'est pas donné : le berger se dépouille de son avoir et « il acheta ces brebis et ces agneaux », là où Jean parle simplement de « ses brebis ».
Le discours aux bêtes. Le berger leur en adresse un que Jean ne connaît pas — « Aimez-moi, suivez-moi, car je vous aime beaucoup » — et la promesse de Jean, « il trouvera des pâturages », devient un inventaire : « des pâturages sains, de l'eau fraîche et pure, des chemins sûrs et des abris solides contre les voleurs et les loups féroces ».
Le voyage. Surtout, le verset 4 — « il marche devant elles, et les brebis le suivent » — se déplie en un voyage entier, avec ses gestes d'intendance : le berger se retourne à chaque instant, « Il leur donnait son pain et son sel. Il commençait par goûter l'eau des sources pour voir si elle était saine et la bénissait pour la rendre sainte. »
Les brebis. Muettes chez Jean, elles reçoivent un mobile : elles se lassent, elles broutent « jusqu'à se gaver au point de ne plus pouvoir bouger », elles se couchent repues dans la boue.
Ce qui est changé
C'est ici que tout se joue, et les divergences sont frontales.
Ce que le berger donne : chez Jean, « Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis », et il le redit deux fois ; ici il donne son bien, il paie, et sa mort n'apparaît nulle part comme un don. Elle revient pourtant, retournée : ce sont les brebis qui tentent de la lui prendre — quand il se place à l'endroit le plus dangereux pour leur barrer la route, « certaines le bousculèrent de leurs têtes arrogantes et plus d'une fois essayèrent de le jeter dans le précipice ». Le verset 18, « Personne ne me la ravit, mais je la donne de moi-même », a exactement pour envers cette scène-là.
La voix : Jean fait d'elle le lien même du troupeau au pasteur — « les brebis le suivent, parce qu'elles connaissent sa voix », et « Elles ne suivront point un étranger, mais elles le fuiront ». Le récit valtortien inverse les deux propositions : les brebis entendent une parole explicite, « malgré les paroles du berger : “ Ne le faites pas. ” », et passent outre ; c'est le berger qu'elles fuient. Et la seule voix qui se fasse entendre dans la parabole n'est pas la sienne, c'est celle de l'agnelet : « Il courait en bêlant et, par ses bêlements, il disait au berger : “ Je t'aime. ” »
D'où vient la perte : chez Jean elle vient du dehors, « le loup les ravit et les disperse », et la faute est au mercenaire qui s'enfuit ; ici le loup n'entre jamais en scène — il n'est nommé qu'au titre du danger dont le royaume protégera — et le troupeau se détruit lui-même : « D'autres se battirent à coups de cornes et de têtes, et s'entretuèrent. » Le mercenaire de Jean, qui abandonne, correspond bien aux « bergers qui étaient mauvais » du début ; mais chez Jean il est la cause du désastre, ici il n'est que la situation de départ, réglée dès la troisième phrase par l'achat.
Le compte : Jean promet « il y aura une seule bergerie, un seul pasteur » ; l'Œuvre arrive à la porte avec un seul rescapé — « il n'y avait qu'eux deux : le berger et l'agnelet fidèle ».
La porte, enfin. Jean en fait une identité et un passage à double sens : « Je suis la porte : si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera, et il sortira ». Ici le berger n'est pas la porte, il y arrive comme les autres ; et l'agneau ne la franchit pas — « Alors le berger ne dit pas : “ Entre ”, mais : “ Viens ” ». Il est porté à l'intérieur, et il n'en ressortira pas : « Je veux qu'il soit avec moi pour toujours. »
Ce qui tombe
Le plus voyant : toute la série des « Je suis ». Le berger de la parabole reste à la troisième personne d'un bout à l'autre, et l'identification, au lieu d'être proclamée par Jésus, est arrachée à l'enfant par une question — « Et cet agnelet, qui est-ce ? — C'est moi, Jésus. » Tombent aussi le voleur qui monte par ailleurs, le portier, l'appel des brebis par leur nom, le mercenaire nommé comme tel, la connaissance réciproque du pasteur et des brebis à l'image de celle du Père et du Fils, le don et la reprise de la vie, l'ordre reçu du Père, et l'incompréhension des auditeurs du verset 6 — l'enfant, lui, comprend du premier coup.
Le verset 16. « J'ai encore d'autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie », est le seul à trouver un écho dans le chapitre, mais hors de la parabole et à des heures de là : le soir, au bord du lac, Jésus défend l'exorciste étranger que les apôtres ont rabroué, « même s'il est encore en dehors de l'enceinte de ma Bergerie ».
La pointe
Chez Jean, la parabole sert à dire qui est Jésus : elle se termine sur le Père, sur l'autorité de donner sa vie et de la reprendre. Ici elle sert à dire qui entre. La conclusion n'est même pas tirée par le narrateur mais retournée contre l'auditoire réel — non pas les Juifs de Jérusalem, mais les disciples qui, pendant tout le trajet, mesuraient leurs prérogatives : « Il est dans la vérité plus que vous. Son innocence lui donne les clés pour ouvrir les portes de mon Royaume. » La figure pastorale a changé d'emploi. Elle ne répond plus à la question de l'identité du pasteur, elle répond à la question du plus grand dans le Royaume, et la réponse tient dans un chiffre : sur tout un troupeau, un seul est arrivé, et c'est le plus petit.
Ampleur ×1,5 — Écarts : mobile ajouté · détail technique · auditoire changé · pointe déplacée
Résonances bibliques
- Jean 10, 11-16 — le bon pasteur qui donne sa vie, connaît ses brebis, et parle d'autres brebis qui ne sont pas de cet enclos.
- Matthieu 18, 1-6. 10 — la question du plus grand dans le Royaume, l'enfant placé au milieu, la meule de moulin, les anges des petits qui voient la face du Père : tout le cadre du chapitre.
- Marc 9, 38-40 ; Luc 9, 49-50 — l'exorciste étranger, rabroué par les apôtres et défendu par Jésus le soir même : la bergerie du récit se révèle plus large que son enclos.
- Luc 15, 4-7 ; Matthieu 18, 12-14 — la brebis perdue, dont ce récit est comme le négatif.
Passages cités : Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 352 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.