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85Troisième année de vie publiqueChapitre 363Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.

Parabole de la porte étroite

Troisième année de vie publique — À Rama, chez la sœur de Thomas ; un habitant du bourg pose à Jésus la question qui déclenche tout : ceux qui se sauvent sont-ils peu nombreux ?
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 363

Le récit

Jésus ne répond pas par un chiffre. Il répond d'abord que si l'homme savait se conduire avec respect envers lui-même et avec un amour respectueux pour Dieu, tous se sauveraient, comme Dieu le désire — mais qu'il n'en fait rien, et se divertit du clinquant au lieu de prendre l'or.

Puis vient l'image. Il y a deux portes. L'une est large, attirante : une séduction pour dévoyer. Celle du Ciel est étroite, basse, nue, sévère. Pour y passer il faut être agile, léger, sans faste et sans matérialité — il faut vivre par l'esprit. Beaucoup chercheront à entrer sans y parvenir : la matière les a rendus obèses, les pompes mondaines les ont rendus compliqués, la croûte du péché les a raidis, l'orgueil leur tient lieu de squelette et les empêche de se plier.

Vient l'heure où le Maître du Royaume ferme la porte. Ceux qui sont restés dehors frappent : « Seigneur, ouvre-nous ! Nous sommes là, nous aussi. » — « En vérité, je ne vous connais pas, et je ne sais pas d'où vous venez. » Ils insistent : nous avons mangé et bu avec toi, nous t'avons écouté enseigner sur nos places. Et le Maître, au lieu de se souvenir, les regarde et les décrit :

« Plus je vous regarde et plus vous m'apparaissez rassasiés de ce que j'ai déclaré nourriture impure. […] Vous avez pour père Satan, pour mère la chair, pour nourrice l'orgueil, pour serviteur la haine, pour trésor vous avez le péché, et les vices sont vos pierres précieuses. »

EMV 363.7

Pendant qu'ils sont chassés, Abraham, Isaac, Jacob et les prophètes surgissent des profondeurs du Ciel, étincelants ; et des ressuscités venus de l'orient et de l'occident, du nord et du midi, prennent place à la table nuptiale de l'Agneau.

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même, en conclusion et par renversement.

La leçon n'est pas un décompte des sauvés — Jésus refuse la question telle qu'elle est posée. Elle porte sur ce qui qualifie pour entrer, et sur l'inversion des rangs :

« On verra encore que beaucoup de ceux que l'on croyait “ les premiers ” seront non seulement derniers, mais ne seront même pas derniers. »

EMV 363.7

Le tri ne se fait pas sur la proximité, ni sur l'appartenance, ni même sur la fréquentation : « nous avons mangé et bu avec toi » ne pèse rien. Il se fait sur ce dont on s'est nourri. Et l'avertissement vise nommément ceux qui se croient acquis — les puissants d'Israël, et jusqu'à ceux que le Christ a choisis pour serviteurs, dont il est dit qu'ils n'ont pas tous su mériter leur place.

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Une géométrie morale. L'obstacle n'est jamais la porte : c'est le corps de celui qui se présente. Obèse, compliqué, raidi, incapable de se plier — quatre défauts de forme, non de conduite. Le vice n'est pas décrit comme une faute à pardonner mais comme une déformation qui empêche matériellement le passage. D'où la sévérité de la scène : au moment de la porte fermée, il n'est plus temps de changer de forme.

Le refus de répondre à la question posée. On demande un nombre, Jésus rend une condition. Il commence même par affirmer que tous pourraient se sauver, « comme Dieu le désire » — donc que l'étroitesse de la porte n'est pas un quota. La porte est étroite non parce que les places sont rares, mais parce que le passage exige d'avoir renoncé à du volume.

« Je ne sais pas d'où vous venez. » Le Maître ne dit pas qu'il refuse : il dit qu'il ne reconnaît pas. La familiarité invoquée par les exclus était réelle — ils ont bien mangé avec lui, ils l'ont bien écouté. Ce qui manque n'est pas le souvenir, mais la ressemblance : on n'entre pas chez quelqu'un dont on n'est pas devenu la famille.

Ce que Jésus dit juste après. Il se tourne vers le sud et lance la lamentation sur Jérusalem — « combien de fois n'ai-je pas voulu rassembler tes enfants comme l'oiseau sur son nid rassemble ses petits sous ses ailes, et tu ne l'as pas voulu ! ». La porte fermée et les ailes offertes se suivent immédiatement : le même Dieu qui ferme est celui qui a longtemps tenu ouvert.

Résonances bibliques

  • Luc 13, 23-30 — le texte parallèle, avec la même question de départ, la même formule « je ne sais pas d'où vous venez », le même « nous avons mangé et bu en ta présence » et la même conclusion sur les derniers devenus premiers.
  • Matthieu 7, 13-14 — les deux portes et les deux chemins : « large est la porte et spacieux le chemin qui mène à la perdition ».
  • Matthieu 25, 10-12 — la porte fermée sur les vierges folles et le même refus : « Je ne vous connais pas. » Le rapprochement est d'autant plus net que la parabole des dix vierges figure déjà au corpus (n° 11, chapitre 206).
  • Matthieu 8, 11-12 — les convives venus de l'orient et de l'occident admis au festin avec Abraham, Isaac et Jacob, tandis que les fils du Royaume sont jetés dehors.
  • Apocalypse 19, 9 — le festin des noces de l'Agneau, terme explicite du texte.
  • Jean 8, 44 — « Vous avez pour père le diable » : la généalogie inversée que le Maître récite aux exclus reprend l'accusation johannique.
Parabole de la porte étroite — Les paraboles de Jésus