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85Troisième année de vie publiqueChapitre 363Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.Mt 7, 13-14 · Lc 13, 24-30×3,25

Parabole de la porte étroite

Troisième année de vie publique — À Rama, chez la sœur de Thomas ; un habitant du bourg pose à Jésus la question qui déclenche tout : ceux qui se sauvent sont-ils peu nombreux ?
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 363

Le récit

Jésus ne répond pas par un chiffre. Il répond d'abord que si l'homme savait se conduire avec respect envers lui-même et avec un amour respectueux pour Dieu, tous se sauveraient, comme Dieu le désire — mais qu'il n'en fait rien, et se divertit du clinquant au lieu de prendre l'or.

Puis vient l'image. Il y a deux portes. L'une est large, attirante : une séduction pour dévoyer. Celle du Ciel est étroite, basse, nue, sévère. Pour y passer il faut être agile, léger, sans faste et sans matérialité — il faut vivre par l'esprit. Beaucoup chercheront à entrer sans y parvenir : la matière les a rendus obèses, les pompes mondaines les ont rendus compliqués, la croûte du péché les a raidis, l'orgueil leur tient lieu de squelette et les empêche de se plier.

Vient l'heure où le Maître du Royaume ferme la porte. Ceux qui sont restés dehors frappent : « Seigneur, ouvre-nous ! Nous sommes là, nous aussi. » — « En vérité, je ne vous connais pas, et je ne sais pas d'où vous venez. » Ils insistent : nous avons mangé et bu avec toi, nous t'avons écouté enseigner sur nos places. Et le Maître, au lieu de se souvenir, les regarde et les décrit :

« Plus je vous regarde et plus vous m'apparaissez rassasiés de ce que j'ai déclaré nourriture impure. […] Vous avez pour père Satan, pour mère la chair, pour nourrice l'orgueil, pour serviteur la haine, pour trésor vous avez le péché, et les vices sont vos pierres précieuses. »

EMV 363.7

Pendant qu'ils sont chassés, Abraham, Isaac, Jacob et les prophètes surgissent des profondeurs du Ciel, étincelants ; et des ressuscités venus de l'orient et de l'occident, du nord et du midi, prennent place à la table nuptiale de l'Agneau.

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même, en conclusion et par renversement.

La leçon n'est pas un décompte des sauvés — Jésus refuse la question telle qu'elle est posée. Elle porte sur ce qui qualifie pour entrer, et sur l'inversion des rangs :

« On verra encore que beaucoup de ceux que l'on croyait “ les premiers ” seront non seulement derniers, mais ne seront même pas derniers. »

EMV 363.7

Le tri ne se fait pas sur la proximité, ni sur l'appartenance, ni même sur la fréquentation : « nous avons mangé et bu avec toi » ne pèse rien. Il se fait sur ce dont on s'est nourri. Et l'avertissement vise nommément ceux qui se croient acquis — les puissants d'Israël, et jusqu'à ceux que le Christ a choisis pour serviteurs, dont il est dit qu'ils n'ont pas tous su mériter leur place.

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Une géométrie morale. L'obstacle n'est jamais la porte : c'est le corps de celui qui se présente. Obèse, compliqué, raidi, incapable de se plier — quatre défauts de forme, non de conduite. Le vice n'est pas décrit comme une faute à pardonner mais comme une déformation qui empêche matériellement le passage. D'où la sévérité de la scène : au moment de la porte fermée, il n'est plus temps de changer de forme.

Le refus de répondre à la question posée. On demande un nombre, Jésus rend une condition. Il commence même par affirmer que tous pourraient se sauver, « comme Dieu le désire » — donc que l'étroitesse de la porte n'est pas un quota. La porte est étroite non parce que les places sont rares, mais parce que le passage exige d'avoir renoncé à du volume.

« Je ne sais pas d'où vous venez. » Le Maître ne dit pas qu'il refuse : il dit qu'il ne reconnaît pas. La familiarité invoquée par les exclus était réelle — ils ont bien mangé avec lui, ils l'ont bien écouté. Ce qui manque n'est pas le souvenir, mais la ressemblance : on n'entre pas chez quelqu'un dont on n'est pas devenu la famille.

Ce que Jésus dit juste après. Il se tourne vers le sud et lance la lamentation sur Jérusalem — « combien de fois n'ai-je pas voulu rassembler tes enfants comme l'oiseau sur son nid rassemble ses petits sous ses ailes, et tu ne l'as pas voulu ! ». La porte fermée et les ailes offertes se suivent immédiatement : le même Dieu qui ferme est celui qui a longtemps tenu ouvert.

Le texte évangélique

Traduction de l'abbé Augustin Crampon (1923), dans le domaine public. Les passages ci-dessous sont ceux dont la parabole valtortienne est le parallèle.

Matthieu 7, 13-14 — la porte étroite

13 Entrez par la porte étroite ; car la porte large et la voie spacieuse conduisent à la perdition, et nombreux sont ceux qui y passent ;
14 car elle est étroite la porte et resserrée la voie qui conduit à la vie, et il en est peu qui la trouvent !

Luc 13, 24-30 — la porte étroite

24 " Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite ; car beaucoup, je vous le dis, chercheront à entrer, et ne le pourront pas.
25 Une fois que le père de famille se sera levé et aura fermé la porte, si vous êtes dehors et que vous vous mettiez à frapper, en disant : Seigneur, ouvrez-nous ! Il vous répondra : Je ne sais d'où vous êtes.
26 Alors vous vous mettrez à dire : Nous avons mangé et bu devant vous, et vous avez enseigné dans nos places publiques.
27 Et il vous répondra : Je vous le dis, je ne sais d'où vous êtes ; retirez-vous de moi, vous tous, ouvriers d'iniquités.
28 C'est alors qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents, lorsque vous verrez Abraham, Isaac et Jacob, et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, tandis que vous serez jetés dehors.
29 Il en viendra de l'Orient et de l'Occident, de l'Aquilon et du Midi ; et ils prendront place au banquet dans le royaume de Dieu.
30 Et tels sont les derniers, qui seront les premiers ; et tels sont les premiers, qui seront les derniers. "

L'écart avec l'Évangile

L'ampleur

Luc dit en 996 caractères ce que l'EMV développe en 3 278 — trois fois et quart plus. Question de départ comprise (Lc 13, 23-30), 1 093 contre 3 371. Mais la moyenne trompe. Mis en regard de Matthieu, le morceau consacré aux deux portes fait 292 caractères contre 242 : à peine 1,2 fois. Toute l'expansion porte sur la scène lucanienne de la porte fermée ; l'image matthéenne, elle, est traversée en trois phrases.

La scène

Matthieu place la sentence dans le Sermon sur la montagne, Luc sur la route de Jérusalem, et aucun des deux ne dit où l'on se tient. Ici c'est Rama, dans la maison de la sœur de Thomas, au carrefour est du bourg, la veille de l'entrée à Jérusalem ; « C'est le crépuscule », on rentre de la visite aux vignes.

L'auditoire. Il est nommé : les habitants du village, que Thomas a catéchisés pendant l'hiver et qui veulent maintenant « des explications particulières ».

Deux questions précèdent celle-ci et la préparent. Un villageois demande si les enfants que Jésus vient de bénir seront tous justes, et s'entend répondre : « Moi, je bénis tout le monde… mais tous ne se sauveront pas en Israël. » Un autre avoue faire le strict minimum — « Je m'abstiens de ce qui est mal, car j'ai peur de l'enfer. Mais j'aime mes aises et… je l'avoue, je m'efforce d'agir de façon à ne pas pécher, mais sans trop me gêner pour autant. Est-ce que je me sauverai en me conduisant ainsi ? » — et reçoit une réponse en deux temps : « Tu te sauveras » d'abord, puis le prix, que l'homme énonce lui-même — « je fais tort à mon âme en l'obligeant à une longue purification avant d'avoir la paix » — et que Jésus approuve : « Bravo ! Cette pensée est déjà un début de perfectionnement. » L'échange compte, car le discours qui suit chassera au loin ceux qui ont montré « de mollesse au lieu du sacrifice » : ce qui sépare cet homme des exclus n'est pas la ferveur, c'est qu'il s'accuse au lieu de se prévaloir. C'est alors seulement qu'un troisième villageois pose la question que Luc a au verset 23, hors du passage recopié plus haut : « Seigneur, ceux qui se sauvent sont-ils peu nombreux? »

Ce qui est ajouté

La porte large reçoit un auteur : là où Matthieu constate seulement que « la porte large et la voie spacieuse conduisent à la perdition », l'EMV en fait « une séduction de Satan pour vous dévoyer ». La porte étroite reçoit un signalement — « étroite, basse, nue et sévère » — et le refus reçoit une date : il tombe « quand sera venue l'heure de la mort », quand Luc laissait l'heure indéterminée.

La cause de l'échec. Surtout, le « ne le pourront pas » du verset 24 reçoit la sienne, et elle est corporelle : la matière rend obèse, les pompes mondaines rendent compliqué, la croûte du péché raidit, et « l'orgueil qui est leur squelette les empêche de se plier ».

Le Maître. Le « père de famille » anonyme du verset 25 est identifié — c'est « le Maître du Royaume ». Les exclus, qui chez Luc crient seulement « Seigneur, ouvrez-nous ! », ajoutent leur titre : « Nous sommes là, nous aussi. »

Le verset 27. Chez Luc, il ne fait que répéter le refus du verset 25, devient ici un examen en règle : le Maître les regarde, les trouve « rassasiés de ce que j'ai déclaré nourriture impure », constate que « vous n'êtes pas de ma famille », puis récite une généalogie inversée dont Luc n'a rien — Satan pour père, la chair pour mère, l'orgueil pour nourrice, et sur le cœur, écrit, le mot « Egoïsme ».

Le banquet. Celui du verset 29 devient « la table nuptiale de l'Agneau », les convives des « glorieux ressuscités », et les patriarches, que Luc montre simplement présents « dans le royaume de Dieu », « arriveront tout étincelants de gloire » des profondeurs des Cieux.

La conclusion. Elle s'allonge enfin d'une phrase qui n'appartient pas au passage : « Car nombreux sont les appelés, mais peu nombreux sont ceux qui de leur élection ont su se faire une vraie gloire. »

Ce qui est changé

Quatre divergences, et la deuxième est considérable.

La première ouvre le discours. À qui demande si les sauvés sont peu nombreux, Jésus répond que « tous les hommes se sauveraient, comme Dieu le désire » — soit le contraire de ce que pose Matthieu, « il en est peu qui la trouvent ». Le petit nombre cesse d'être une propriété de la porte pour devenir un accident de la conduite humaine.

La deuxième porte sur le refus lui-même. Luc fait dire deux fois au maître « Je ne sais d'où vous êtes » ; l'EMV garde la formule, puis la retourne : « maintenant je vois de qui vous êtes les fils et les sujets : de l'Autre ». Celui qui ignorait finit par savoir très exactement d'où ils viennent — le refus n'est plus une non-reconnaissance, c'est une identification.

La troisième tient à un mot : les exclus de Luc plaident « Nous avons mangé et bu devant vous » ; ceux de l'EMV disent « avec toi », et invoquent en outre un souvenir personnel, « Tu ne te souviens pas de nous ? ».

La quatrième casse la symétrie du verset 30. Luc balance deux propositions égales, les derniers devenus premiers et « tels sont les premiers, qui seront les derniers » ; l'EMV renchérit — ils « seront non seulement derniers, mais ne seront même pas derniers ». Ils ne changent pas de rang, ils sortent du classement.

Ce qui tombe

Le chemin. Matthieu double chaque porte d'une voie, « la voie spacieuse » et la voie « resserrée », et l'EMV ne retient ici que les portes : dans tout le passage, pas une route.

Le partage avec la fiche 29. Cette moitié de l'image est travaillée ailleurs dans l'Œuvre, au chapitre 385, où dix hommes choisissent entre quatre chemins à un embranchement (fiche n° 29) ; les deux textes se partagent le même verset de Matthieu sans se recouper d'une ligne — ici la porte, là la voie.

Trois pertes plus petites. Tombe le « il en est peu qui la trouvent » de Mt 7, 14, retourné plutôt que repris. Chez Luc, le maître « se sera levé » avant de fermer : ce geste disparaît, la porte se ferme sans que personne se lève. Et les « grincements de dents » du verset 28 s'effacent au profit d'un lieu, « là où les pleurs sont éternels et où il n'y a que terreur ». En revanche « retirez-vous de moi, vous tous, ouvriers d'iniquités » se retrouve presque intact : « Eloignez-vous de moi, vous tous, artisans d'iniquité. »

La pointe

Chez Luc, le renversement final est anonyme et général. Ici il est nominatif et il vise l'assistance : « les puissants d'Israël ne seront pas tous puissants au Ciel », et « ceux que le Christ a choisis pour être ses serviteurs n'ont pas tous su mériter d'être choisis pour la table nuptiale » — c'est-à-dire les apôtres qui écoutent, Thomas au premier rang, lui dont le père vient d'obtenir de Jésus l'assurance que son fils « aura une grande place au Ciel ».

Le critère du tri. Il se déplace aussi : Luc exclut sur un défaut de connaissance, l'EMV sur un défaut de forme et de nourriture — on entre si l'on a gardé la taille, et l'on a la taille de ce dont on s'est nourri. Quant à la question posée, elle ne reçoit jamais son chiffre : on a demandé combien, il est répondu comment.

Ampleur ×3,25 — Écarts : amplifiée · mobile ajouté · pointe déplacée

Résonances bibliques

  • Luc 13, 23-30 — le texte parallèle, avec la même question de départ, la même formule « je ne sais pas d'où vous venez », le même « nous avons mangé et bu en ta présence » et la même conclusion sur les derniers devenus premiers.
  • Matthieu 7, 13-14 — les deux portes et les deux chemins : « large est la porte et spacieux le chemin qui mène à la perdition ».
  • Matthieu 25, 10-12 — la porte fermée sur les vierges folles et le même refus : « Je ne vous connais pas. » Le rapprochement est d'autant plus net que la parabole des dix vierges figure déjà au corpus (n° 11, chapitre 206).
  • Matthieu 8, 11-12 — les convives venus de l'orient et de l'occident admis au festin avec Abraham, Isaac et Jacob, tandis que les fils du Royaume sont jetés dehors.
  • Apocalypse 19, 9 — le festin des noces de l'Agneau, terme explicite du texte.
  • Jean 8, 44 — « Vous avez pour père le diable » : la généalogie inversée que le Maître récite aux exclus reprend l'accusation johannique.
Parabole de la porte étroite — Les paraboles de Jésus