Parabole du fils absent et de la nourrice étrangère
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 364
Le récit
Jésus commence par la thèse — « ceux qui paraissent bâtards sont fils légitimes et les vrais fils deviennent bâtards » — puis raconte.
Un homme dut s'absenter longtemps pour ses affaires, laissant des enfants encore petits. De loin, il écrivait à ses aînés pour les tenir dans le respect et leur rappeler ses instructions. Le dernier, né après son départ, était en nourrice chez une femme d'une autre race, au pays de son épouse. La mère mourut, l'enfant restant loin de la maison.
Les frères calculèrent : « Laissons-le là où il est. Peut-être notre père l'oubliera-t-il et ce sera tout à notre profit, puisque nous serons moins nombreux à nous partager l'héritage. » Ainsi fut fait. L'enfant grandit chez sa famille maternelle, ignorant les instructions paternelles, ignorant qu'il avait un père et des frères — ou pire, sachant seulement ceci : « Tous m'ont repoussé comme si j'étais un bâtard. » Il finit par le croire, et prit en haine jusqu'à la famille de sa mère, qu'il soupçonnait d'adultère.
Devenu adulte, aigri, il partit travailler au loin. Le hasard le conduisit dans la ville où vivait son père. Sans savoir qui il était, il le fréquenta. L'homme était un sage : n'ayant aucune satisfaction de ses fils — qui n'entretenaient plus avec lui que « des rapports conventionnels […] tout juste pour qu'il se souvienne d'eux dans son testament » — il donnait des conseils aux jeunes gens de la ville. Le jeune homme fut attiré par cette droiture paternelle, « se fit un trésor de toutes ses paroles », et son âme aigrie devint meilleure.
Le père tomba malade et voulut rentrer. « Seigneur, toi seul m'as parlé avec justice. Permets-moi de te suivre comme serviteur. » — « Viens avec moi. Tu prendras la place du fils dont je n'ai pu obtenir de nouvelles. »
Ils vécurent ainsi sous le même toit sans que personne — ni le père, ni les frères, ni le jeune homme — sache qu'ils étaient du même sang. Les fils légitimes se révélèrent avides, durs, sans foi, avec « orgueil, cupidité et luxure » pour dieux. L'étranger devenait juste, bon, obéissant. Les frères le haïssaient parce que le père l'aimait ; lui pardonnait, « car il avait compris que c'est dans l'amour que réside la paix ».
Enfin le père partit chercher son fils perdu. La famille maternelle lui apprit que l'enfant, nommé Moïse à sa naissance, avait pris le nom de Manassé — « car son père avait oublié d'être juste en l'abandonnant ». Et elle donna les signes : la force, la beauté de sa mère, les yeux d'un noir profond, une petite caroube au côté droit, et du père un léger zézaiement.
« Oh ! dites-moi ! J'y étais et j'y ai connu un jeune homme qui zézayait un peu, seul et triste, et si bon sous son apparente dureté. C'est lui ? »
Il le retrouva, lui fit découvrir son côté, le reconnut, et tomba à genoux en louant Dieu.
La morale
● Énoncée par Jésus lui-même, après avoir fait ratifier la sentence du père.
« Tu auras la part de tes frères, puisque toi, sans amour de la part de personne, tu t'es rendu plus juste que tout autre. »
EMV 364.9
Et Jésus demande : « N'était-ce pas justice ? Bien sûr que si. » Puis il applique :
« Les vrais enfants du Bien sont ceux qui, rejetés par le monde, méprisés, haïs, critiqués, abandonnés comme bâtards, considérés comme une honte et une mort, savent surpasser les fils qui ont grandi dans la maison, mais qui sont rebelles à ses lois. »
EMV 364.9
Ni l'appartenance à Israël, ni la qualité de pharisien, de scribe ou de docteur n'ouvrent le Ciel. Ce qui l'ouvre est « d'avoir une volonté bonne et de venir généreusement à la Doctrine de l'amour ». Et l'avertissement final nomme les remplaçants : « beaucoup qui se croient sûrs en Israël seront supplantés par ceux qui sont à leurs yeux des publicains, des prostituées, des Gentils, des païens et des galériens ».
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
Le père n'est pas innocent, et le texte le dit. Le fils a changé son nom de Moïse en Manassé « car son père avait oublié d'être juste en l'abandonnant » — et le père se défend : « Ne me faites pas tort ! On m'avait dit qu'on avait perdu toute trace de l'enfant. » Il a été trompé par ses aînés, mais il est resté loin. Comme dans la parabole du fils difforme (chapitre 221), la figure paternelle porte une part de la faute, ce que le fils prodigue ne connaît pas.
Ils vivent ensemble sans se reconnaître. C'est le cœur du récit et sa plus belle trouvaille : le père et le fils partagent le même toit, s'aiment, et l'ignorent. La reconnaissance n'aura lieu qu'après une nouvelle séparation, et par des signes du corps — une tache de naissance, un défaut de prononciation. Ce que la parole n'avait pas révélé, la chair le prouve.
L'héritage est le mobile du crime. Les frères ne haïssent pas l'enfant : ils le calculent hors du partage. Et ils recommencent plus tard, en haïssant l'étranger que leur père préfère — sans savoir qu'il s'agit du même. La cupidité leur fait deux fois manquer leur frère.
Le père compare lui-même ses fils à ceux de Jacob. « Vous me rappelez la conduite des fils de Jacob envers leur frère Joseph. » La parabole contient donc sa propre clé biblique, énoncée par un de ses personnages — et Joseph est précisément celui que ses frères vendent, qui prospère à l'étranger, et devant qui ils finissent par s'incliner.
Une démonstration immédiatement vérifiée. À peine la parabole finie, Jésus se tourne vers un groupe de malades prosélytes — des étrangers — et leur demande : croyez-vous ? voulez-vous accueillir la Vérité et l'Amour ? Si je ne vous donnais que cela, seriez-vous satisfaits ? Ils répondent : « Seigneur, tu sais ce dont nous avons le plus besoin. Accorde-nous surtout ta paix et la vie éternelle. » Il les guérit alors. Ceux que la parabole appelait bâtards viennent de préférer la paix à la santé, devant ceux qui murmuraient.
Résonances bibliques
- Genèse 37 et 45 — Joseph vendu par ses frères, devenu étranger, et la reconnaissance finale : la référence que le père de la parabole cite lui-même.
- Genèse 41, 51 — Manassé, « car Dieu m'a fait oublier toute ma peine » : le nom que prend le fils délaissé.
- Matthieu 21, 31 — « Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu. »
- Matthieu 3, 9 — « Ne dites pas : nous avons Abraham pour père » : l'appartenance qui ne garantit rien.
- Romains 9, 6-8 — « Ce ne sont pas les enfants de la chair qui sont enfants de Dieu » : la thèse même de la parabole.
- Éphésiens 2, 12-13 — « Vous étiez sans espérance et sans Dieu dans le monde ; mais maintenant, vous avez été rapprochés. »
- Jean 4, 23 — adorer « en esprit et en vérité », formule que Jésus reprend en conclusion.
Passages cités : Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 364 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.