Toutes les paraboles
25Troisième année de vie publiqueChapitre 335Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.

Parabole du banquet où tous les invités se défilent

Troisième année de vie publique — Un matin d'hiver, dans la maison de campagne du pharisien Ismaël Ben Fabi, entre Naïm et le Jourdain, à la veille du sabbat. Le maître de maison a convié Jésus pour le présenter à six notables de sa connaissance ; le repas tourne à la confrontation.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 335

Le récit

Une précision s'impose d'emblée, et elle est rare : le chapitre ne raconte pas la parabole. Le texte se borne à indiquer que Jésus la dit, puis enchaîne directement sur sa conclusion. Le récit lui-même est donc supposé connu du lecteur — celui de l'homme qui prépare un grand festin, envoie chercher ses invités à l'heure dite, et n'obtient d'eux que des excuses toutes également raisonnables : un champ acheté, des bêtes à essayer, un mariage récent. Le maître, blessé, fait alors remplir sa salle avec ceux qu'on ramasse dans les rues et sur les chemins, tandis que les premiers conviés se voient exclus de sa table.

Ce que le chapitre raconte, en revanche, c'est tout ce qui amène cette parabole. Sur la route, Jésus a été accueilli par une famille pauvre dont la mère l'a supplié pour son mari malade et l'a mis en garde contre l'homme chez qui il se rendait. Le repas commence par des compliments intéressés : le pharisien cherche une amitié utile, ses invités se félicitent à haute voix des progrès que la prédication de Jésus leur aurait fait faire. Un cas de conscience est soumis — que faire d'une vieille servante aveugle héritée avec une propriété ? — et le maître de maison tranche froidement : les vieillards, les malades et les inutiles n'ont qu'à mourir, c'est l'ordre du monde.

C'est alors que le malade crie du dehors. Jésus le fait entrer, demande à un vieux scribe s'il est permis de guérir un jour de sabbat, et lui annonce en passant que sa plus belle forêt est en train de brûler ; l'homme sort en hurlant et en maudissant, sans plus se soucier ni du sabbat ni du malade. Personne n'ose répondre à la question. Jésus guérit, puis met son hôte à nu : deux orphelins de serviteurs morts à la tâche ont été chassés de chez lui, et il les a lui-même recueillis un soir de novembre. Suivent l'avertissement sur la dernière place au festin de noces, et l'exhortation à n'inviter chez soi que ceux qui ne peuvent rien rendre.

Un convive tente d'apaiser la scène par une pieuse formule sur le bonheur de ceux qui prendront part au banquet de Dieu, avant de glisser l'objection qui déclenche la parabole :

« c'est la vie qui nous apporte des obstacles. Les charges… les occupations… »

EMV 335.17

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même.

La situation est singulière : la morale est ici la seule partie du récit à figurer dans le texte. Jésus reprend mot pour mot l'excuse de son interlocuteur, la reconnaît comme exacte, et la retourne : ce sont précisément ces charges et ces occupations qui font manquer le Royaume, lequel ne s'obtient pas par des victoires militaires mais par des victoires sur soi. La place au grand banquet revient aux humbles dont l'amour ne compte pas ce qu'il coûte. Puis vient la phrase qui referme le chapitre sur une note d'espérance inattendue après tant de dureté :

« Même une heure suffit pour changer un cœur, pourvu que ce cœur le veuille. Et il suffit d'une parole. »

EMV 335.17

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Le chapitre entier suit l'ordre de Luc 14. Repas chez un pharisien un jour de sabbat, guérison d'un hydropique devant des docteurs qui refusent de répondre, leçon sur la dernière place aux noces, consigne d'inviter les pauvres et les estropiés, exclamation d'un convive sur le banquet du Royaume, puis parabole du grand festin : la séquence est celle de l'évangéliste, développée en scène. Que le seul élément non transcrit soit précisément la parabole donne au chapitre l'allure d'un commentaire greffé sur un texte tenu pour acquis.

Les excuses ont déjà été jouées avant d'être racontées. Les invités de la parabole allèguent un champ, des bœufs, un mariage. Ceux du chapitre allèguent l'usage du monde, la prudence en affaires, et surtout une forêt qui brûle — le vieux scribe quitte la table en pleine question sur le sabbat pour courir à ses cendres. La parabole n'a plus rien à démontrer : la salle vient de la mimer.

Une hospitalité contre une autre. Le chapitre s'ouvre sur une pauvresse qui offre du pain et du lait à des inconnus transis, et se poursuit chez un riche qui invite pour se faire valoir. Le récit met ainsi côte à côte les deux banquets dont il sera question, sans jamais dire qu'il les compare.

Résonances bibliques

  • Luc 14, 1-24 — l'ensemble de la séquence, guérison, dernière place, invités à convier et parabole du grand festin.
  • Matthieu 22, 1-14 — la version des noces royales, plus sombre, avec le convive sans vêtement de fête. Le corpus valtortien la traite ailleurs, comme une parabole distincte.
  • Exode 22 — la défense de léser la veuve et l'orphelin, assortie d'une menace terrible ; Jésus la cite contre son hôte au moment le plus tendu du repas.
Parabole du banquet où tous les invités se défilent — Les paraboles de Jésus