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25Troisième année de vie publiqueChapitre 335Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.Lc 14, 16-24×0,05

Parabole du banquet où tous les invités se défilent

Troisième année de vie publique — Un matin d'hiver, dans la maison de campagne du pharisien Ismaël Ben Fabi, entre Naïm et le Jourdain, à la veille du sabbat. Le maître de maison a convié Jésus pour le présenter à six notables de sa connaissance ; le repas tourne à la confrontation.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 335

Le récit

Une précision s'impose d'emblée, et elle est rare : le chapitre ne raconte pas la parabole. Le texte se borne à indiquer que Jésus la dit, puis enchaîne directement sur sa conclusion. Le récit lui-même est donc supposé connu du lecteur — celui de l'homme qui prépare un grand festin, envoie chercher ses invités à l'heure dite, et n'obtient d'eux que des excuses toutes également raisonnables : un champ acheté, des bêtes à essayer, un mariage récent. Le maître, blessé, fait alors remplir sa salle avec ceux qu'on ramasse dans les rues et sur les chemins, tandis que les premiers conviés se voient exclus de sa table.

Ce que le chapitre raconte, en revanche, c'est tout ce qui amène cette parabole. Sur la route, Jésus a été accueilli par une famille pauvre dont la mère l'a supplié pour son mari malade et l'a mis en garde contre l'homme chez qui il se rendait. Le repas commence par des compliments intéressés : le pharisien cherche une amitié utile, ses invités se félicitent à haute voix des progrès que la prédication de Jésus leur aurait fait faire. Un cas de conscience est soumis — que faire d'une vieille servante aveugle héritée avec une propriété ? — et le maître de maison tranche froidement : les vieillards, les malades et les inutiles n'ont qu'à mourir, c'est l'ordre du monde.

C'est alors que le malade crie du dehors. Jésus le fait entrer, demande à un vieux scribe s'il est permis de guérir un jour de sabbat, et lui annonce en passant que sa plus belle forêt est en train de brûler ; l'homme sort en hurlant et en maudissant, sans plus se soucier ni du sabbat ni du malade. Personne n'ose répondre à la question. Jésus guérit, puis met son hôte à nu : deux orphelins de serviteurs morts à la tâche ont été chassés de chez lui, et il les a lui-même recueillis un soir de novembre. Suivent l'avertissement sur la dernière place au festin de noces, et l'exhortation à n'inviter chez soi que ceux qui ne peuvent rien rendre.

Un convive tente d'apaiser la scène par une pieuse formule sur le bonheur de ceux qui prendront part au banquet de Dieu, avant de glisser l'objection qui déclenche la parabole :

« c'est la vie qui nous apporte des obstacles. Les charges… les occupations… »

EMV 335.17

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même.

La situation est singulière : la morale est ici la seule partie du récit à figurer dans le texte. Jésus reprend mot pour mot l'excuse de son interlocuteur, la reconnaît comme exacte, et la retourne : ce sont précisément ces charges et ces occupations qui font manquer le Royaume, lequel ne s'obtient pas par des victoires militaires mais par des victoires sur soi. La place au grand banquet revient aux humbles dont l'amour ne compte pas ce qu'il coûte. Puis vient la phrase qui referme le chapitre sur une note d'espérance inattendue après tant de dureté :

« Même une heure suffit pour changer un cœur, pourvu que ce cœur le veuille. Et il suffit d'une parole. »

EMV 335.17

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Le chapitre entier suit l'ordre de Luc 14. Repas chez un pharisien un jour de sabbat, guérison d'un hydropique devant des docteurs qui refusent de répondre, leçon sur la dernière place aux noces, consigne d'inviter les pauvres et les estropiés, exclamation d'un convive sur le banquet du Royaume, puis parabole du grand festin : la séquence est celle de l'évangéliste, développée en scène. Que le seul élément non transcrit soit précisément la parabole donne au chapitre l'allure d'un commentaire greffé sur un texte tenu pour acquis.

Les excuses ont déjà été jouées avant d'être racontées. Les invités de la parabole allèguent un champ, des bœufs, un mariage. Ceux du chapitre allèguent l'usage du monde, la prudence en affaires, et surtout une forêt qui brûle — le vieux scribe quitte la table en pleine question sur le sabbat pour courir à ses cendres. La parabole n'a plus rien à démontrer : la salle vient de la mimer.

Une hospitalité contre une autre. Le chapitre s'ouvre sur une pauvresse qui offre du pain et du lait à des inconnus transis, et se poursuit chez un riche qui invite pour se faire valoir. Le récit met ainsi côte à côte les deux banquets dont il sera question, sans jamais dire qu'il les compare.

Le texte évangélique

Traduction de l'abbé Augustin Crampon (1923), dans le domaine public. Les passages ci-dessous sont ceux dont la parabole valtortienne est le parallèle.

Luc 14, 16-24 — le grand festin et les invités qui se dérobent

16 Jésus lui dit : " Un homme donna un grand repas et y convia beaucoup de gens.
17 A l'heure du repas, il envoya son serviteur dire aux invités : Venez, car tout est déjà prêt.
18 Et tous, unanimement, se mirent à s'excuser. Le premier lui dit : J'ai acheté une terre, et il faut que j'aille la voir ; je te prie de m'excuser.
19 Le second dit : J'ai acheté cinq paires de bœufs, et je vais les essayer ; je te prie de m'excuser.
20 Un autre dit : Je viens de me marier, et c'est pourquoi je ne puis aller.
21 Le serviteur étant revenu, rapporta ces choses à son maître. Alors le père de famille irrité dit à son serviteur : Va vite dans les places et les rues de la ville, et amène ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux.
22 Le serviteur dit : Seigneur, il a été fait comme vous l'avez commandé, et il y a encore de la place.
23 Le maître dit au serviteur : Va dans les chemins et le long des haies, et ceux que tu trouveras, presse-les d'entrer, afin que ma maison soit remplie.
24 Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon festin. "

L'écart avec l'Évangile

L'ampleur

Pour une fois, le rapport s'inverse. Crampon dit la parabole en 1 071 caractères ; l'EMV n'en donne rien — une seule ligne de régie signale que Jésus la dit et passe aussitôt à la conclusion, soit 54 caractères, un vingtième. Le mouvement complet, de l'exclamation du convive à la dernière parole de Jésus, fait 801 caractères contre 1 222 pour Luc 14, 15-24. Mais le chapitre qui porte tout cela en compte 31 433, là où Luc 14, 1-24 en compte 2 990 — dix fois et demie plus. Tout est développé sauf la parabole.

La scène

Crampon ne dit que « Un de ceux qui étaient à table avec lui ». Ici l'homme porte un nom, Eléazar, et un mobile : « Eléazar essaie de ramener la paix ». Le repas est celui du pharisien Ismaël Ben Fabi, dans sa maison de campagne, un jour d'hiver, à la veille du sabbat, devant six notables et le vieux scribe Chanania — lequel a déjà quitté la salle en criant « J'ai bien autre chose à penser, moi… » parce que son plus beau bois brûle.

Ce qui précède immédiatement n'est pas une leçon, c'est un silence : Jésus vient de reprocher à son hôte d'avoir chassé deux orphelins, Ismaël a proposé de les reprendre, Jésus a répondu « Non », et le maître de maison a baissé la tête.

Ce qui est ajouté

L'exclamation du convive reçoit une suite que Luc n'a pas. Chez Crampon, l'homme dit « Heureux celui qui aura part au banquet dans le royaume de Dieu ! » et Jésus enchaîne sur le récit. Ici, la même phrase est mise au pluriel et intériorisée — « Bienheureux ceux qui prennent part au banquet de Dieu dans leur âme et dans le Royaume éternel » — puis suivie d'une objection : « Mais crois-le bien, Maître, c'est la vie qui nous apporte des obstacles. Les charges… les occupations… » L'excuse est ainsi prononcée par un convive réel avant d'être prêtée aux invités de la parabole.

La conclusion. Elle renvoie à une conversation du début du repas, où Eléazar prédisait à Jésus que, s'il savait manier l'épée, « il n'y aura pas de roi plus grand que toi en Israël » : « je t'ai dit, au commencement de ce banquet, que mon Royaume se conquiert par des victoires sur soi-même et non par des victoires sur des champs de bataille ». La parabole répond à une objection politique posée des heures plus tôt.

Ce qui est changé

Le déclencheur, d'abord. Chez Luc, l'exclamation vient d'un homme « ayant entendu ces paroles » et rien n'indique qu'elle serve à autre chose qu'à approuver ; ici, c'est une manœuvre d'apaisement, et le compliment sert d'enveloppe à une dérobade.

Ensuite le sort de l'excuse. Chez Crampon, les trois raisons alléguées — une terre à voir, cinq paires de bœufs à essayer, un mariage récent — ne sont jamais discutées : elles ne provoquent que la colère, « le père de famille irrité ». Ici, Jésus les concède : « Les charges… les occupations, as-tu dit. C'est vrai. » Il ne conteste pas l'obstacle, il conteste qu'on lui cède.

Puis la liste des remplaçants : les « pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux » que le maître de la parabole fait ramasser dans les rues, l'EMV les a placés quelques instants plus tôt hors de tout récit, dans un ordre donné à l'hôte en face — « ouvre ton cœur aux pauvres, aux mendiants, aux estropiés, aux boiteux, aux orphelins et aux veuves ». Ce que Luc fait dire à un personnage de fiction, Ismaël se l'entend dire pour lui.

Enfin l'adresse. Luc conclut au pluriel, « je vous le dis » ; ici Jésus répond d'abord à un seul homme, « as-tu dit », « je t'ai dit », avant de revenir à la table entière.

Ce qui tombe

Presque tout. Le serviteur envoyé, les trois excuses et leurs formules — « je te prie de m'excuser » deux fois —, la colère du père de famille, les deux sorties successives, d'abord dans les rues puis « dans les chemins et le long des haies », le rapport « il y a encore de la place », le « afin que ma maison soit remplie », et la clausule : « aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon festin. » Neuf versets, dont pas une ligne n'est transcrite. L'Œuvre renvoie à la parabole sans la dire.

La pointe

Luc ferme la porte : son dernier mot est une exclusion sans appel. L'EMV ne la reprend pas. Sa conclusion attribue la place — « La place au grand Banquet est destinée à ces humbles de cœur qui savent être grands par leur fidèle amour qui ne mesure pas le sacrifice et qui surmonte tout pour venir à moi » — puis rouvre ce que Luc avait clos : « Même une heure suffit pour changer un cœur, pourvu que ce cœur le veuille. Et il suffit d'une parole. »

Le tri n'est pas scellé. Il est fait, mais non scellé : dans la salle, « Dans un cœur va naître une plante sainte », dans les autres des ronces, et l'appel continue de courir — « Qui m'aime me suive. » Là où le maître du festin déclare que ses invités n'y goûteront pas, Jésus invite encore.

Ampleur ×0,05 — Écarts : amplifiée · mobile ajouté · pointe déplacée · prolongée

Résonances bibliques

  • Luc 14, 1-24 — l'ensemble de la séquence, guérison, dernière place, invités à convier et parabole du grand festin.
  • Matthieu 22, 1-14 — la version des noces royales, plus sombre, avec le convive sans vêtement de fête. Le corpus valtortien la traite ailleurs, comme une parabole distincte.
  • Exode 22 — la défense de léser la veuve et l'orphelin, assortie d'une menace terrible ; Jésus la cite contre son hôte au moment le plus tendu du repas.
Parabole du banquet où tous les invités se défilent — Les paraboles de Jésus