Toutes les paraboles
24Troisième année de vie publiqueChapitre 329Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.

Parabole des ouvriers de la onzième heure

Troisième année de vie publique — Alexandroscène, en terre phénicienne, dans la cour d'un entrepôt ouvrant sur le marché. L'auditoire est composite : Hébreux de passage, prosélytes, Phéniciens, païens, et une escouade de soldats romains venus surveiller le rassemblement.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 329

Le récit

Un propriétaire sort à l'aube embaucher des ouvriers pour sa vigne et s'entend avec eux sur un denier pour la journée. Trouvant l'équipe trop maigre, il revient sur la place en fin de matinée, où des hommes attendent sans ouvrage, et les envoie travailler aux mêmes conditions. Il recommence au milieu du jour, puis dans l'après-midi. À la onzième heure enfin, alors que le soleil décline, il en voit d'autres inoccupés et leur demande s'ils n'ont pas honte d'avoir perdu leur journée. Ils répondent que personne n'a voulu d'eux : ils auraient bien travaillé, mais on n'avait pas besoin de leurs bras. Il les embauche pour la dernière heure, au même prix — parce qu'il est bon, et que l'humiliation de ces hommes lui fait pitié.

Le soir, il fait payer en commençant par les derniers arrivés : ce sont les plus démunis, ils n'ont pas eu les repas servis aux autres pendant la journée, et il les a vus travailler avec ardeur. Chacun reçoit un denier.

Ceux de la première heure arrivent en dernier et découvrent qu'ils touchent la même somme. La contestation éclate. Douze heures de travail, la rosée du matin, le soleil dur, l'humidité du soir — et le même salaire que des paresseux venus pour une heure.

La réponse du maître ne se contente pas d'invoquer le contrat. Elle l'établit point par point, en faisant reconnaître au plaignant chaque élément : la somme convenue, son acceptation, l'absence de tout mauvais traitement — puis elle ajoute ce qui ne figurait dans aucun accord, le repos accordé pendant le jour et les trois repas offerts, faveur gratuite que nul ne pouvait exiger et que tous ont pourtant acceptée volontiers. Le maître retourne alors le reproche : c'est lui qui pourrait se plaindre, car ceux de la première heure, sachant qu'ils avaient affaire à un homme bon, ont travaillé mollement, tandis que les derniers, à jeun, ont abattu en une heure ce que les autres traînaient depuis l'aube. Les payer en rognant sur le salaire convenu, cela aurait été une trahison ; ce n'est pas sa manière.

« Ne récrimine pas et ne me porte pas à l'injustice. Je suis bon. »

EMV 329.11

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même.

Elle est donnée aussitôt après, et elle vise l'objection qui a fait naître la parabole. Jésus venait d'exposer les dix Commandements et d'appeler ses auditeurs à changer de vie ; quelqu'un a répondu qu'il était trop tard.

« Dieu le Père propose à tous les hommes les mêmes conditions et promet un même salaire. »

EMV 329.12

Suit l'application : celui qui se met au service de Dieu avec zèle sera traité avec justice, même si la mort proche lui laisse peu à faire ; des derniers seront premiers et des premiers derniers ; et l'on verra au Ciel des hommes étrangers à Israël plus saints que beaucoup d'Israélites. La restriction vient ensuite — beaucoup d'appelés, peu d'élus, parce que peu veulent la Sagesse.

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Les premiers ont mal travaillé. C'est l'écart le plus considérable avec Matthieu. Dans l'Évangile, rien n'est reproché aux ouvriers de l'aube : la parabole y repose entièrement sur la liberté souveraine de la bonté, résumée par la question du maître sur l'œil mauvais devant la générosité d'autrui. Ici, le maître les prend en défaut de zèle et note que les derniers ont produit davantage en une heure. La gratuité pure se double d'un comptage — celui qui murmure n'est pas seulement jaloux, il a effectivement moins donné.

Le contrat était connu de tous dès le départ. Chez Matthieu, les embauchés de la troisième heure reçoivent une promesse vague. Ici, le maître annonce dès la deuxième tournée le denier promis aux premiers. Le grief perd donc toute apparence de fondement : personne n'a été trompé, et le plaignant doit le reconnaître phrase après phrase, à la manière d'un interrogatoire.

Une parabole dite hors d'Israël. Le lieu compte. Elle est prononcée en pays phénicien, devant des païens, et son application le dit sans détour. Le chapitre lui donne d'ailleurs son commentaire vivant : le vétéran romain qui s'approche à la fin, montrant ses cicatrices, glisse qu'il pourrait bien arriver, lui aussi, à la onzième heure. Le récit se clôt sur Jésus expulsé de la ville par les soldats de ce même homme.

Résonances bibliques

  • Matthieu 20, 1-16 — le parallèle direct, avec les mêmes heures d'embauche et le même ordre de paiement inversé.
  • Matthieu 19, 30 ; Marc 10, 31 — la formule des premiers devenus derniers, qui encadre la parabole chez Matthieu et que le chapitre reprend dans son application.
  • Matthieu 22, 14 — beaucoup d'appelés, peu d'élus : la phrase est citée telle quelle à la fin du discours.
  • Exode 20, 2-17 ; Deutéronome 5, 6-21 — le Décalogue, énoncé juste avant la parabole devant un auditoire en majorité non juif.
Parabole des ouvriers de la onzième heure — Les paraboles de Jésus