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104Troisième année de vie publiqueChapitre 592Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.

Parabole des vignerons homicides

Troisième année de vie publique — Lundi saint, au Temple de Jérusalem, dans la cour où enseignent les rabbis ; devant la foule des pèlerins de la Pâque, et devant les chefs des prêtres, les scribes et les pharisiens disséminés parmi elle.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 592

Le récit

Un homme achète un terrain. Il y fait tout ce qu'il faut faire : il plante la vigne, bâtit une maison pour ses vignerons, une tour pour surveiller, des celliers, des pressoirs. Puis il confie le domaine à des fermiers en qui il a confiance, et il part au loin.

La vigne pousse. Le maître envoie ses serviteurs chercher sa part. Les vignerons les encerclent : ils en frappent à coups de bâton, en lapident d'autres, en tuent plusieurs. Ceux qui reviennent vivants racontent. Le maître les soigne, les réconforte — et en envoie davantage. Même traitement.

Alors il se dit : « Je vais leur envoyer mon fils bien-aimé. Ils respecteront sûrement mon héritier. » Les vignerons le voient venir de loin. Ils se reconnaissent l'héritier, et s'appellent les uns les autres : soyons nombreux, unissons nos forces, entraînons-le à l'écart et tuons-le, l'héritage nous reviendra. Ils l'accueillent avec des honneurs hypocrites, l'entourent comme pour lui faire fête, l'embrassent — puis le ligotent d'un coup, le frappent au milieu des moqueries, le mènent au lieu du supplice et le mettent à mort.

Jésus s'arrête là et retourne la question à l'assistance : que fera le maître ?

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même — mais il la fait d'abord prononcer par ses adversaires.

Personne ne répond. Jésus insiste, et l'insistance est un piège refermé :

« Parlez donc, vous au moins, puisque vous êtes des rabbis d'Israël. Dites une parole de justice qui persuade le peuple de la justice. Moi, je pourrais dire une parole qui ne serait pas conforme à votre manière de voir. »

EMV 592.17

Contraints, les scribes rendent la sentence : le maître fera périr les scélérats d'une manière atroce et confiera la vigne à d'autres fermiers, qui la cultiveront honnêtement. Ils viennent de se condamner eux-mêmes. Jésus n'a plus qu'à ratifier — « Vous avez bien parlé » —, à citer le psaume de la pierre rejetée devenue pierre d'angle, et à nommer la chose :

« Le Royaume de Dieu vous sera enlevé, et il sera confié à des personnes qui lui donneront du fruit. Celui qui tombera contre cette pierre se brisera, et celui sur lequel la pierre tombera sera écrasé. »

EMV 592.17

La parabole ne dissimule rien : le fils est tué hors de la vigne, « à un endroit écarté », après un baiser et de faux honneurs. À quatre jours de la Passion, l'auditoire entend la description de ce qu'il prépare.

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Le procédé du jugement retourné. Jésus n'assène pas la conclusion : il fait juger ses accusateurs, puis leur applique leur propre verdict. C'est exactement la mécanique de la parabole du cheval préféré, la toute première de l'Évangile (chapitre 61), où la foule décrète que le cheval ingrat « serait digne de mort » avant de s'entendre dire qu'elle parlait d'elle-même. La série des paraboles s'ouvre et se referme sur le même piège — sauf qu'ici les juges savent qu'ils se condamnent, et se taisent.

Le silence qui suit. Valtorta relève l'anomalie avec ironie : ces hommes qui se sont récriés « pour bien moins que cela » n'éclatent pas, ne menacent pas, ne répondent rien. Elle y lit le calcul — « ces faux agneaux patients dissimulent sous une apparence hypocrite de douceur l'immuable cœur d'un loup ». Le silence n'est pas de l'encaissement : c'est de la méthode.

Le figuier, une heure plus tôt. Sur le chemin du Temple, Jésus a cherché des figues sur un arbre couvert de feuilles « nombreuses, inutiles », et l'a maudit : « Tu es comme beaucoup de cœurs en Israël. » Puis il entre au Temple et raconte une vigne qui ne rend pas son fruit. Le geste et la parabole disent la même chose à une heure d'intervalle, et le texte ne fait pas le rapprochement.

Ce qui suit immédiatement. À peine la parabole finie, Jésus arbitre une querelle d'héritage : quatre fils légitimes refusent de partager avec le fils qu'une servante a donné à leur père et que celui-ci a adopté. Une histoire d'héritiers qui veulent garder le domaine pour eux seuls, juste après une parabole d'héritiers qui tuent pour l'obtenir. La composition n'est pas commentée.

La patience comme aggravation. Le maître n'envoie pas la force après le premier massacre : il soigne les survivants et envoie « d'autres serviteurs encore plus nombreux ». Chaque envoi supplémentaire creuse la faute au lieu de l'arrêter. La longanimité, ici, n'adoucit pas le jugement — elle en construit le dossier.

Résonances bibliques

  • Matthieu 21, 33-46 · Marc 12, 1-12 · Luc 20, 9-19 — la parabole synoptique, avec la même chute sur le psaume de la pierre d'angle et la même conclusion : « ils comprirent qu'il avait dit cette parabole contre eux ».
  • Isaïe 5, 1-7 — le chant de la vigne : « Que pouvais-je faire de plus pour ma vigne ? » Toute la mise en place — la clôture, la tour, le pressoir — est reprise mot pour mot du prophète, qui identifie la vigne à la maison d'Israël.
  • Psaume 118, 22-23 — « La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle », cité explicitement.
  • Daniel 2, 34-35. 44-45 — la pierre qui se détache et broie les royaumes : arrière-plan probable du « celui sur lequel la pierre tombera sera écrasé ».
  • Hébreux 13, 12 — « Jésus a souffert hors de la porte » : la parabole situe déjà la mise à mort du fils à l'écart du domaine.
  • 2 Chroniques 36, 15-16 — Dieu envoie ses messagers « sans se lasser », et on les raille, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de remède : le schéma des envois répétés est déjà là.
Parabole des vignerons homicides — Les paraboles de Jésus