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105Troisième année de vie publiqueChapitre 596Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.Mt 24, 32-35 · Mc 13, 28-31 · Lc 21, 29-33×1,2

Parabole du figuier qui bourgeonne

Troisième année de vie publique — Le mercredi saint. Jésus vient d'annoncer la ruine du Temple, puis la fin du monde : le soleil obscurci, la lune sans lumière, les étoiles tombant « comme les grains d'une grappe trop mûre secouée par un vent de tempête », le signe du Fils de l'homme apparaissant dans le firmament noirci.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 596

Le récit

Au milieu de ces images terribles, Jésus prend la plus paisible qui soit — un arbre en train de bourgeonner sous leurs yeux, en ce mois de Nisan.

« Regardez le figuier : quand vous voyez ses branches s'attendrir et des feuilles pousser, vous savez que l'été est proche. De même, quand vous verrez tous ces signes, sachez que le Christ va venir. »

EMV 596.47

Il enchaîne aussitôt sur deux autres comparaisons qui en précisent la portée.

Le temps de Noé. Avant le déluge, les hommes mangeaient, buvaient, se mariaient, « sans réfléchir au signe », jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche. Il en sera de même.

Les deux au travail. Deux hommes seront dans un champ, l'un pris, l'autre laissé ; deux femmes tourneront la meule, l'une prise, l'autre laissée — « et ils n'auront pas le temps de se préparer au jugement du Christ ».

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même, en deux affirmations qui se tiennent en tension.

D'un côté, la certitude absolue :

« Ma parole ne sera pas prise en défaut. Ce que je dis sera. Le cœur et la pensée des hommes peuvent changer, mais ma parole est immuable. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas. »

EMV 596.47

De l'autre, l'ignorance revendiquée : « Quant au jour et à l'heure précise, personne ne les connaît, pas même les anges du Seigneur, mais le Père seul. »

D'où le seul comportement possible, qui est la leçon même du figuier : « Veillez donc, car vous ne savez pas à quelle heure viendra votre Seigneur. »

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Une image douce dans un discours de catastrophe. Tout autour, ce sont les astres qui tombent, les nations qui pleurent, les anges qui moissonnent. Et au milieu, un homme dit : regardez cet arbre qui bourgeonne. Le contraste est le sujet — la fin du monde est annoncée avec le vocabulaire du printemps, et l'événement redouté est comparé à l'été, c'est-à-dire à ce qu'on attend avec plaisir.

Le signe n'est pas un avertissement, c'est une échéance. Un figuier qui bourgeonne ne prévient de rien : il indique une saison en cours. La parabole ne promet donc pas qu'on sera averti à temps pour se préparer — elle dit qu'au moment où l'on verra les signes, la chose sera déjà là. Ce que les exemples suivants confirment : ceux qui sont pris au champ ou à la meule « n'auront pas le temps de se préparer ».

Deux ignorances différentes. Les contemporains de Noé ne savaient pas parce qu'ils ne réfléchissaient pas au signe donné ; les disciples ne sauront pas parce que le jour est réservé au Père. La première est une faute, la seconde une condition. La veille demandée ne consiste donc pas à calculer, mais à se tenir prêt pour une date qu'on ne calculera jamais.

Le figuier, une dernière fois. Deux jours plus tôt, sur le chemin du Temple, Jésus a maudit un figuier couvert de feuilles et sans fruits. Ici, les feuilles qui poussent deviennent un signe favorable. L'arbre du corpus — celui de Bethsaïde qui s'était courbé vers le soleil, celui du Cédron qui n'avait que du feuillage, celui-ci qui annonce l'été — traverse tout l'Évangile sans que le texte fasse jamais le lien.

« Cette génération ne passera pas. » Jésus ajoute une précision que les Évangiles ne portent pas : cette génération qui n'a pas voulu de moi. La formule oriente l'échéance vers la ruine de Jérusalem plutôt que vers la fin du monde, dans un discours qui mêle délibérément les deux — il l'annonce d'ailleurs lui-même en cours de route : « je parle maintenant de la fin du temps et du monde ».

Le texte évangélique

Traduction de l'abbé Augustin Crampon (1923), dans le domaine public. Les passages ci-dessous sont ceux dont la parabole valtortienne est le parallèle.

Matthieu 24, 32-35 — le figuier qui bourgeonne

32 " Écoutez une comparaison prise du figuier. Dès que ses rameaux deviennent tendres, et qu'il pousse ses feuilles, vous savez que l'été est proche.
33 Ainsi, lorsque vous verrez toutes ces choses, sachez que le Fils de l'homme est proche, qu'il est à la porte.
34 Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera point que toutes ces choses n'arrivent.
35 Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point.

Marc 13, 28-31 — le figuier qui bourgeonne

28 Ecoutez cette comparaison du figuier : Dès que ses rameaux sont tendres et qu'il pousse ses feuilles, vous savez que l'été est proche.
29 Ainsi, quand vous verrez ces choses arriver, sachez que le Fils de l'homme est proche, qu'il est à la porte.
30 Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera point que tout cela n'arrive.
31 Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point.

Luc 21, 29-33 — le figuier qui bourgeonne

29 Et il leur dit cette comparaison : " Voyez le figuier et tous les arbres :
30 dès qu'ils se sont mis à pousser, vous savez de vous-mêmes, en les voyant, que l'été est proche.
31 De même, quand vous verrez ces choses arriver, sachez que le royaume de Dieu est proche.
32 Je vous le dis, en vérité, cette génération ne passera point, que tout ne soit accompli.
33 Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point.

L'écart avec l'Évangile

L'ampleur

C'est l'un des passages les plus serrés du corpus. Matthieu 24, 32-35 tient en 418 caractères, l'EMV en 519 : un cinquième de plus, pas davantage. La comparaison elle-même est plus courte dans l'Œuvre que dans l'Évangile — 121 caractères contre 134 chez Marc. Si l'on ajoute la phrase sur le jour et l'heure, que l'EMV enchaîne sans respirer, on passe à 514 contre 631, soit le même rapport. L'Œuvre ne développe pas le figuier : elle le laisse tel quel et lui ajoute un commentaire.

La scène

Crampon donne les paroles sans le décor. L'Œuvre montre la fin d'une journée écrasante au Temple, puis le repos à Gethsémani, la visite des femmes, et enfin la descente du soir : « Ils s'asseyent sur une pente du mont des Oliviers, en face du Temple rosi par le soleil couchant. »

La question de Pierre. C'est lui qui la pose, et l'Œuvre montre comment elle se prépare : « Pierre et Jean parlent entre eux, puis murmurent quelque chose à Jacques, fils d'Alphée, et à André », qui acquiescent d'un signe de tête. Ce sont les quatre que nomme Marc (Mc 13, 3), à ceci près que l'Œuvre précise lequel des deux Jacques.

Ce qui précède. Le figuier arrive au terme d'un discours ininterrompu qui a traversé les faux christs, l'abomination de la désolation, l'éclair du levant au couchant et les astres qui tombent « comme les grains d'une grappe trop mûre secouée par un vent de tempête ». L'ordre est le même que chez Matthieu ; ce qui change, c'est qu'on voit le lieu, l'heure et le Temple encore debout dans la lumière rose.

Ce qui est ajouté

Entre la parole sur la génération et celle sur le ciel et la terre, Crampon ne met rien : les deux phrases se suivent. L'EMV y glisse quatre phrases : « Ma parole ne sera pas prise en défaut. Ce que je dis sera. Le cœur et la pensée des hommes peuvent changer, mais ma parole est immuable. » La sentence cosmique cesse d'être isolée : elle devient le dernier degré d'une échelle qui monte du cœur humain, changeant, à la parole immuable, puis de la parole immuable au ciel et à la terre qui passent. Là où Crampon oppose le monde à la parole, l'Œuvre oppose d'abord l'homme à la parole.

Second ajout : à « cette génération ne passera point » (Mt 24, 34), l'Œuvre accroche une relative — « cette génération qui n'a pas voulu de moi » — qui cesse de désigner des contemporains pour désigner des coupables.

Ce qui est changé

Quatre divergences, dont une considérable.

D'abord la conclusion du signe. Matthieu et Marc font dire « sachez que le Fils de l'homme est proche, qu'il est à la porte », Luc « sachez que le royaume de Dieu est proche » ; l'EMV dit seulement « sachez que le Christ va venir ». La porte disparaît — c'est-à-dire l'imminence, ce qui est le nerf de la formule évangélique. Reste un futur simple.

Ensuite l'objet du regard. Crampon fait voir « toutes ces choses » qui arrivent, l'Œuvre fait voir « tous ces signes ». Ce ne sont plus des événements, ce sont des indices à lire — et le paragraphe suivant reprochera précisément aux contemporains de Noé d'avoir vécu « sans réfléchir au signe ».

Troisième point : la parole sur le ciel et la terre. Elle est reprise presque au mot près, seul le « point » de Crampon devenant « pas », mais elle change de fonction. Chez Matthieu et Marc, elle clôt le développement, c'est la dernière phrase, un absolu posé sans appui. Ici, elle est déjà justifiée avant d'être dite, et elle sert de caution à la prophétie qui vient d'être prononcée : elle passe de sentence à argument.

Enfin, l'aparté. Pierre demande : « Viens à part et explique-nous quand se réalisera ta prophétie sur la destruction du Temple. » Jésus refuse — « Nous n'avons pas besoin de nous mettre à l'écart » — et fait appeler tout le monde. Marc écrit au contraire que les quatre « l'interrogèrent en particulier » (Mc 13, 3), et Matthieu que les disciples parlèrent « seuls avec lui » (Mt 24, 3). Le discours de l'Œuvre est public là où l'Évangile le donne pour privé.

Ce qui tombe

L'entrée en matière disparaît : Crampon annonce une comparaison — « Écoutez une comparaison prise du figuier » — l'EMV n'annonce rien et commence par un impératif de vue, « Regardez le figuier », plus proche du « Voyez le figuier » de Luc. Tombe aussi tout l'apport propre de Luc : « et tous les arbres », l'élargissement à toute la végétation ; « vous savez de vous-mêmes, en les voyant », c'est-à-dire la connaissance que l'homme tire seul de ce qu'il observe ; et « le royaume de Dieu est proche ». Tombe surtout, chez Matthieu et Marc, « qu'il est à la porte ».

La pointe

Chez Matthieu et Marc, le passage s'arrête sur l'impérissable, et le lecteur reste sur cette phrase. L'Œuvre ne s'y arrête pas : elle enchaîne aussitôt sur l'ignorance du jour — « Quant au jour et à l'heure précise, personne ne les connaît, pas même les anges du Seigneur, mais le Père seul » (Mt 24, 36 dit « les anges du ciel ») — puis, quelques lignes plus loin, sur « Veillez donc, car vous ne savez pas à quelle heure viendra votre Seigneur. » La certitude de la parole ne conclut plus rien : elle sert de prémisse.

Ce que le figuier dit désormais. Il ne dit plus que la chose est à la porte, il dit que la chose est sûre et que sa date est inconnue, d'où la veille. Ce que l'Évangile donnait comme une échéance devient une raison de ne pas dormir.

Ampleur ×1,2 — Écarts : auditoire changé · pointe déplacée · prolongée · quasi littérale

Résonances bibliques

  • Matthieu 24, 32-36 · Marc 13, 28-32 · Luc 21, 29-33 — la comparaison du figuier, « cette génération ne passera pas », et l'ignorance du jour et de l'heure.
  • Matthieu 24, 37-41 — les jours de Noé, les deux hommes au champ et les deux femmes à la meule.
  • Genèse 7, 11-23 — le déluge, et les cataractes du ciel qui s'ouvrent.
  • Daniel 7, 13-14 — « Je vis venir sur les nuées du ciel comme un Fils d'homme… on lui donna la domination. »
  • Joël 3, 13 — « Mettez la faucille, car la moisson est mûre ; venez, foulez, car la cuve est pleine. »
  • 1 Thessaloniciens 5, 2-6 — « Le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit… ne dormons donc pas, mais veillons. »
  • Ézéchiel 37, 1-14 — la vision des ossements desséchés qui reprennent vie : la résurrection annoncée par les prophètes, à laquelle Jésus renvoie.
Parabole du figuier qui bourgeonne — Les paraboles de Jésus