Parabole de la vraie justice (l'enfant difforme guéri)
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 584
Le récit
Jacques rappelle à Jésus qu'il en a promis deux. « Elle ne va pas tarder… » Et il montre le rideau de la porte. Il s'écarte aussitôt : la vieille Noémi se précipite à ses pieds en criant que l'enfant est redevenu normal, qu'il n'est plus difforme, qu'il a été guéri pendant la nuit.
C'est la parabole. Jésus la nomme lui-même :
« Voici la seconde parabole, qu'on peut intituler : “ La vraie justice n'agit ni par vengeance ni avec partialité. ” »
EMV 584.5
Et il la raconte comme un récit, à la troisième personne, sans se désigner autrement que par son titre. Un homme — « ou plutôt l'Homme, le Fils de l'homme » — a des ennemis et des amis. Peu d'amis, beaucoup d'ennemis, dont il connaît la haine, les pensées, et la volonté qui ne reculera devant aucun acte. Ses ennemis sont plus forts que ses amis, car ceux-ci dissipent leurs forces en peur, en déception, ou en confiance excessive.
Cet homme a rencontré la veille un enfant : le plus désolé des enfants, difforme et estropié, fils d'un de ses ennemis. Tous demandent au Fils de l'homme des honneurs, des joies, la santé, la vie. Celui-là demandait une grâce étrange — mourir, pour ne plus souffrir. Car son père, qui hait le Fils de l'homme sans raison, hait aussi l'innocent qu'il a engendré.
« Je l'ai guéri afin qu'il ne souffre plus. » Non seulement la santé du corps, mais celle de l'âme : cette petite âme aussi est malade, blessée par la haine du père et le mépris des hommes, privée d'amour. Il ne lui restait que la foi.
Puis l'enfant paraît — lavé, peigné, dans le vêtement de laine blanche que Noémi a cousu pendant la nuit. Les épaules droites, le pas sans claudication, le visage encore fané d'un enfant que la souffrance a rendu adulte trop tôt.
La morale
● Énoncée par Jésus lui-même, jusque dans le titre qu'il donne à sa parabole.
Judas fournit l'objection qui permet à la morale d'être formulée : « C'est un miracle gaspillé ! Tu crois que cela te suffira pour obtenir l'amitié de son père ? Tu les rendras plus haineux ! »
« Je n'opère pas des miracles pour me gagner des amis, mais par pitié pour les créatures et pour rendre gloire à mon Père. Je ne fais pas de distinction ni de calcul, jamais, quand je me penche avec pitié sur une misère humaine. Je ne me venge pas de celui qui me persécute… »
EMV 584.5
La justice vraie est donc définie négativement, par les deux tentations qu'elle écarte : ne pas se venger de l'ennemi en refusant le bien à son fils, et ne pas favoriser celui dont on attend un retour. Le bienfait ne suit ni la haine reçue, ni l'amitié espérée. Jésus ajoute qu'il ignorait tout de cet enfant — jusqu'à son nom.
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
Une parabole dont l'événement est le corps. Les disciples réclamaient un récit ; Jésus leur donne un enfant vivant qui franchit une porte. La forme même de la parabole est ici son sens : la vraie justice n'est pas une chose qu'on raconte, c'est une chose qu'on fait, et qui entre dans la pièce. C'est le seul cas du corpus où Jésus annonce une parabole et produit un fait.
Le nom rendu. Les hommes l'appelaient par dérision Mathusala — le vieillard, moquerie visant un enfant que la souffrance avait ratatiné. Il rétablit lui-même son nom : « Maman m'appelait Chalem. » Chalem, l'intègre, l'achevé, le complet. L'enfant guéri redevient ce que son nom disait. Le texte ne relève pas la coïncidence.
Le seul à demander la mort. Jésus souligne l'anomalie de la requête : tous demandent la santé, les honneurs, la vie ; celui-ci demandait à mourir. La guérison est donc un refus d'exaucer. Ce que l'enfant a réellement obtenu n'est pas ce qu'il avait sollicité — et Jésus précise que la guérison du corps n'était qu'un moyen pour atteindre « la santé spirituelle », son âme étant elle aussi malade d'avoir manqué d'amour.
L'éclair dans les yeux. L'enfant guéri répond à Judas avec « l'éclair de colère impuissante des hommes et des animaux trop longtemps torturés ». Il vient d'être guéri, et la haine subie est encore là. La parabole ne prétend pas que le miracle a tout réparé : elle montre précisément ce qui reste à guérir, et que Jésus avait annoncé une phrase plus tôt.
Judas fait l'objection deux fois. Il vient de mordre sur la parabole des lampes, il calcule maintenant le rendement politique d'un miracle — « c'est un miracle gaspillé ». Les deux paraboles promises du même sabbat reçoivent de lui la même lecture : celle de l'intérêt. Le texte n'ajoute aucun commentaire.
Résonances bibliques
- Matthieu 5, 44-45 — « Aimez vos ennemis… car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons » : la définition évangélique de l'impartialité divine, dont ce miracle est la mise en pratique.
- Actes 10, 34 — « Dieu ne fait pas acception de personnes. »
- Romains 12, 19 — « Ne vous vengez pas vous-mêmes » : le premier terme du titre donné par Jésus.
- Deutéronome 10, 17 — Dieu « qui ne fait pas de favoritisme et n'accepte pas de présents » : le second terme.
- Jean 9, 1-3 — l'aveugle-né dont on cherche à qui imputer la faute, et dont Jésus dit que sa misère est là « pour que les œuvres de Dieu soient manifestées ».
- Ézéchiel 18, 20 — « Le fils ne portera pas l'iniquité du père » : la règle que Judas voudrait voir violée.
Passages cités : Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 584 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.