Parabole des temples
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 204
Le récit
Plautina pose la question la plus honnête qui soit. Tu dis que nos croyances sont vaines ; dans ce cas nous restons sans rien. Comment se construit une foi sur un terrain qui en est dépourvu ? Comment arriver à avoir ?
Jésus ne répond pas par une doctrine. Il prend l'exemple de ce qu'elles possèdent déjà — leurs temples, « vraiment beaux, dont l'unique imperfection est d'être dédiés au Néant » — et il en décrit la construction avec une précision d'architecte.
Où les bâtit-on ? Sur un emplacement spacieux, dégagé, en hauteur. S'il n'est pas dégagé, on le rend tel « en démolissant tout ce qui encombre ou limite le terrain ». S'il n'est pas en hauteur, on le surélève sur un stéréobate. Puis vient l'enceinte sacrée, colonnades et portiques, arbres consacrés, fontaines, stèles ; le propylée, au-delà duquel se trouve l'autel de la prière ; et en face, le lieu du sacrifice — car, note Jésus au passage, « le sacrifice précède la prière ». Un péristyle borde souvent l'ensemble d'une guirlande de marbres. À l'intérieur : le vestibule antérieur, la chambre du dieu, le vestibule postérieur.
Quintilianus l'interrompt, stupéfait : mais il n'a jamais quitté la Palestine !
« Je n'en suis jamais sorti pour aller à Rome ou à Athènes, mais je n'ignore pas l'architecture de la Grèce et de Rome. Dans le génie de l'homme qui a décoré le Parthénon, j'étais présent, car je suis partout où il y a vie et manifestation de la vie. »
EMV 204.4
Suit une énumération de sa présence — le sage qui pense, le sculpteur, le poète, la mère qui chante sur un berceau, l'homme qui peine sur les sillons, le vol de l'aigle et le bruit du moustique. « — De sorte que… tu connais tout ? — Oui. » Les Romains se regardent. Long silence.
La morale
● Énoncée par Jésus lui-même, en une phrase qui reprend point par point la description.
« La foi se construit comme on construit les temples dont vous êtes si fiers. On fait un emplacement pour le temple, on dégage les alentours, on surélève son emplacement. »
EMV 204.5
Plautina demande alors où est le temple destiné à loger la foi, « cette divinité vraie ». Jésus corrige immédiatement : la foi n'est pas une divinité, c'est une vertu ; il n'y a pas de divinité dans la vraie foi, mais un Dieu unique et vrai.
Le reste de l'entretien déplie l'édifice. Sur le Dieu qui n'est pas un souverain craintif régnant sur un empire hostile, mais l'Amour, qui « vit en aimant » et ne s'ennuie pas. Sur les génies, qui n'existent pas tels qu'on les imagine mais correspondent à « un besoin instinctif de l'homme de rechercher la vérité » — une incitation de l'âme, vivante et présente jusque chez les païens, et qui souffre en eux « car elle voit son désir déçu ». Sur l'impossibilité de ne pas croire, enfin :
« Le seul fait de dire : “ Je ne crois pas en Dieu ” présuppose une autre foi. En soi-même, peut-être, en son propre esprit orgueilleux. »
EMV 204.6
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
La démolition fait partie du plan. Avant la scène, Marie demande à son Fils si ces Romains sont parvenus à la foi. Réponse : « Pas encore, Maman. Je dois d'abord détruire la leur. » Et la parabole commence précisément par le dégagement du terrain — « en démolissant tout ce qui encombre ». Le programme annoncé en aparté à sa mère est exactement l'ordre des opérations du chantier. Le texte ne relie pas les deux passages.
Une parabole empruntée à l'auditoire. Jésus ne parle ni de semailles, ni de vignes, ni de bergers : il parle marbre, propylée et stéréobate, à des gens dont c'est la culture. La méthode est celle de tout l'entretien — partir de ce qu'ils ont, y compris de ce qu'il tient pour faux, et s'en servir comme échafaudage. Leurs temples sont vains quant au destinataire, justes quant à la méthode.
« Le sacrifice précède la prière. » La remarque est glissée comme un détail d'architecture — le lieu du sacrifice est en face de l'autel — et elle est en réalité tout le programme. Bâtir une foi commence par renoncer, non par demander. Dit à quatre jours de rien de particulier, à des femmes qui n'ont encore rien sacrifié, cela passe presque inaperçu.
Le seul lieu où Jésus dit « oui » à la question de l'omniscience. L'échange est bref et sans emphase : connais-tu tout, les pensées comme les œuvres ? — Oui. Ce n'est pas devant le Sanhédrin, ni devant les Douze, mais devant un officier païen curieux, dans un verger. Et la preuve avancée n'est pas un miracle : c'est une description d'architecture grecque.
L'âme du païen a de la nostalgie. Le point le plus généreux de tout l'entretien : l'âme des Romains n'est pas absente ni morte, elle est affamée — elle « reste sur sa faim, dans sa nostalgie du vrai Dieu dont elle garde le souvenir ». Leurs génies ne sont pas de purs mensonges mais des réponses fausses à une vraie question. C'est le terrain qui est bon ; seul l'édifice est mal orienté.
Résonances bibliques
- Actes 17, 22-31 — Paul à l'Aréopage, partant des autels athéniens et de l'inscription « au dieu inconnu » pour annoncer le vrai Dieu : le même procédé, appliqué au même public, et le seul parallèle vraiment étroit.
- Sagesse 13, 1-9 — les païens qui n'ont pas su remonter des œuvres à l'Artisan, jugés avec indulgence parce qu'ils cherchaient.
- 1 Corinthiens 3, 9-17 — « Vous êtes l'édifice de Dieu… vous êtes le temple de Dieu » : l'image du chantier appliquée à l'âme.
- Éphésiens 2, 20-22 — l'édifice bien ordonné qui s'élève sur la pierre angulaire « pour devenir un temple saint ».
- 1 Pierre 2, 4-5 — les pierres vivantes qui forment un édifice spirituel, avec le sacrifice qui y est offert.
- Jean 2, 19-21 — « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai » : la même métaphore, retournée sur son propre corps.
- Romains 1, 19-21 — ce que l'on peut connaître de Dieu par ses œuvres est manifeste aux païens eux-mêmes.
Passages cités : Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 204 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.