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107Deuxième année de vie publiqueChapitre 203Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.Lc 11, 5-8×1,5

Parabole de l'ami importun

Deuxième année de vie publique — Le mont des Oliviers, la nuit, au clair de lune, sur la crête au-dessus de Gethsémani. C'est le soir de la seconde Pâque ; Jésus a emmené les Douze seuls, « couronner la Pâque par une perle rare et désirée », pour leur enseigner enfin le Notre Père, longtemps réclamé et toujours différé. La parabole tombe au commentaire de la quatrième demande.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 203

Le récit

Un homme voit arriver chez lui, « à la fin de la seconde veille », un ami ou un parent — et il n'a pas de pain à lui offrir. Il va frapper chez son voisin :

« Mon ami, prête-moi trois pains, car il m'est arrivé un hôte et je n'ai rien à lui donner à manger. »

EMV 203.10

Peut-il s'entendre répondre, de l'intérieur de la maison close, qu'il est trop tard, que la porte est fermée, les battants bloqués, et que les enfants dorment déjà aux côtés du maître de maison ?

La réponse de Jésus est immédiate, et c'est un non. S'il s'est adressé à un véritable ami, il obtiendra ce qu'il demande. Et s'il s'était adressé à « un ami pas très proche », il l'aurait obtenu quand même — mais autrement : à cause de son insistance, et parce que l'autre, « pour n'être plus importuné », se hâterait de lui en donner autant qu'il en veut.

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même, et articulée à la prière qu'il est en train d'enseigner :

« Mais vous, quand vous priez le Père, vous ne vous adressez pas à un ami de la terre : vous vous tournez vers l'Ami parfait, qui est le Père du Ciel. Aussi, je vous dis : “ Demandez et l'on vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira. ” »

EMV 203.10

Suit aussitôt le second argument, celui du père : quel enfant se voit tendre une pierre s'il demande du pain, un serpent au lieu d'un poisson grillé, un scorpion au lieu d'un œuf ? Jésus signale lui-même qu'il se répète — « Je l'ai déjà dit et je le répète pour vous encourager » — et conclut : « Demandez donc avec un amour humble et filial votre pain au Père. »

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Le refus de Luc devient une hypothèse écartée. C'est l'écart décisif. Chez Luc, le voisin refuse effectivement — « Ne m'importune pas, la porte est déjà fermée » — et ne cède qu'à force d'insistance ; la parabole enseigne donc de prier sans se lasser. Ici, la phrase du refus est posée en question, et la question reçoit un « Non » net. L'ami véritable ne fait pas attendre.

Le cas de Luc est dédoublé. Il reste, mais rétrogradé : il ne vaut plus que pour « un ami pas très proche », qui finit par céder de lassitude. Deux figures se distinguent donc, là où Luc n'en avait qu'une — et l'insistance change de statut. Elle n'est plus la clé de la parabole ; elle n'est que le recours des relations tièdes. La leçon se déplace de la persévérance vers la qualité de celui à qui l'on s'adresse, ce que la conclusion confirme en nommant Dieu « l'Ami parfait ».

On demande pour un tiers. Le détail est dans Luc aussi, et il passe souvent inaperçu : celui qui frappe à minuit n'a pas faim. Il demande pour un hôte. Placée sous la demande « donne-nous notre pain », la parabole suggère que la prière la plus sûre d'être exaucée est celle qu'on ne fait pas pour soi.

Le contexte a été préparé. Jésus avait refusé d'enseigner cette prière tant qu'il ne verrait pas « un minimum de préparation suffisant pour que la prière ne soit pas une vaine formule de paroles humaines, mais une véritable conversation avec le Père » (203.2). Le chapitre entier est ce qu'il donne pour sa seconde Pâque : « L'an dernier, nous avons seulement rompu ensemble le pain et partagé l'agneau. Cette année, je vous fais le don de la prière » (203.13).

Le texte évangélique

Traduction de l'abbé Augustin Crampon (1923), dans le domaine public. Les passages ci-dessous sont ceux dont la parabole valtortienne est le parallèle.

Luc 11, 5-8 — l'ami importun à minuit

5 Il leur dit encore : " Si quelqu'un de vous, ayant un ami, va le trouver au milieu de la nuit, disant : Mon ami, prête-moi trois pains,
6 car un de mes ami qui voyage est arrivé chez moi, et je n'ai rien à lui offrir ;
7 et que de l'intérieur de la maison, l'autre réponde : Ne m'importune point ; la porte est déjà fermée, mes enfants et moi nous sommes au lit ; je ne puis me lever pour te rien donner :
8 je vous le dis, quand même il ne se lèverait pas pour lui donner, parce qu'il est son ami, il se lèvera à cause de son importunité, et lui donnera autant de pains qu'il en a besoin.

L'écart avec l'Évangile

L'ampleur. Crampon tient en 583 caractères, l'EMV en 914 — une fois et demie plus seulement. Le corps de la parabole seul, de « Réfléchissez : supposez que l’un de vous ait un ami » à la dernière ligne, fait 862 caractères. C'est un des écarts les plus étroits du corpus : ici l'Œuvre ne dilate presque rien, elle retourne. En revanche la parabole est enchâssée dans un chapitre de plus de vingt mille caractères, dont elle occupe moins d'un vingtième.

La scène. Crampon écrit « Il leur dit encore » et n'ajoute ni lieu, ni heure, ni auditoire. L'EMV donne tout. C'est le soir de la seconde Pâque : Jésus sort d'une maison de Lazare au nord de Jérusalem, passe la Porte d'Hérode, longe le mont Moriah, franchit le Cédron par un petit pont, laisse Gethsémani sur sa droite et monte jusqu'à la crête « où bruissent les oliviers », sous un ciel de pleine lune. L'auditoire est nommé : les apôtres seuls, sans les femmes, sans Marziam laissé endormi, et sans Judas, celui qui « n’a pas éprouvé le besoin de partager avec nous le souper de la Pâque » (203.12). Jésus a annoncé en sortant : « Je vous emmène couronner la Pâque par une perle rare et désirée. » Ce qui précède immédiatement n'est pas un enseignement quelconque : le Notre Père vient d'être dit debout (203.5), puis commenté demande après demande. La parabole tombe sous la quatrième, « Donne-nous notre pain quotidien », et c'est le mot pain qui l'appelle. Chez Luc, la parabole suit elle aussi le Notre Père, mais rien ne la rattache à une demande en particulier ; ici elle est un argument dans un commentaire.

Ce qui est ajouté. L'heure se précise : « au milieu de la nuit » devient « à la fin de la seconde veille ». L'ami devient un voisin — Crampon dit « va le trouver », l'EMV « Il va trouver l’ami son voisin ». La porte close se décompose en deux gestes : là où Crampon constate un état, « la porte est déjà fermée », l'EMV fait dire au dormeur ce qu'il a fait, « j’ai déjà fermé la porte et bloqué les battants ». Les enfants aussi changent de posture : « mes enfants et moi nous sommes au lit » devient « mes enfants dorment déjà à mes côtés ». L'insistance, chez Crampon simple constat du narrateur, devient chez Valtorta une condition explicitement posée, « et qu’il insiste ». Surtout, là où Crampon n'a qu'un ami, l'EMV en distingue deux : « un véritable ami » et « un ami pas très proche ». Enfin le récit reçoit un cadre que Crampon laisse au lecteur : il s'ouvre sur une question, « Avez-vous peur qu’il ne vous écoute pas ? Oh, non ! », et se referme sur « l’Ami parfait, qui est le Père du Ciel ».

Ce qui est changé. Quatre désaccords, et le premier suffirait. Chez Crampon, le refus est prononcé : « et que de l'intérieur de la maison, l'autre réponde : Ne m'importune point » — c'est une proposition du récit, l'homme derrière la porte dit non. Dans l'EMV, la même phrase devient une interrogation ouverte par « Peut-il s’entendre répondre de l’intérieur de la maison », et reçoit pour toute réponse un mot : « Non. » Le refus n'a plus lieu. Deuxièmement, le ressort s'inverse : Crampon dit que l'amitié ne suffit pas — « quand même il ne se lèverait pas pour lui donner, parce qu'il est son ami, il se lèvera à cause de son importunité » ; l'EMV dit qu'elle suffit — « S’il s’est adressé à un véritable ami et qu’il insiste, il obtiendra ce qu’il demande » — et renvoie l'importunité au cas subalterne de l'ami tiède, qui cède « pour n’être plus importuné ». Le cas de Luc n'est pas supprimé, il est rétrogradé. Troisièmement, personne ne se lève. Crampon revient trois fois sur ce mouvement — « je ne puis me lever », « quand même il ne se lèverait pas », « il se lèvera » : l'effort nocturne est le cœur de sa parabole. Dans l'EMV, le verbe ne subsiste que dans le refus hypothétique ; celui qui donne ne se lève pas, il « se hâterait de lui en donner ». Quatrièmement, la mesure du don : Crampon accorde « autant de pains qu'il en a besoin », l'EMV « autant qu’il en veut ». Le besoin devient le désir, une ligne avant que la scène soit appliquée au Père.

Ce qui tombe. Peu de chose, mais deux traits. Le voyageur : chez Crampon l'arrivant est « un de mes ami qui voyage » ; l'EMV en fait « un autre ami ou un parent », et le voyage disparaît au profit de la parenté. Et la garantie solennelle du verset 8, « je vous le dis », par laquelle le Maître engage sa parole sur l'issue du récit, ne survit pas : l'EMV conclut par un raisonnement au conditionnel, « Il l’aurait obtenu même s’il s’était adressé à un ami pas très proche », et réserve la formule d'autorité — « Aussi, je vous dis » — à l'application, non plus au récit.

La pointe. Chez Luc, la parabole démontre que l'insistance vient à bout même d'une mauvaise volonté : la leçon porte sur le demandeur, qui doit ne pas se lasser. Dans l'EMV, elle démontre que ce qu'on demande à un ami véritable n'a pas à lui être arraché, et Jésus enchaîne aussitôt sur la disproportion : « vous ne vous adressez pas à un ami de la terre : vous vous tournez vers l’Ami parfait, qui est le Père du Ciel ». La leçon passe de la persévérance de celui qui frappe à la qualité de celui qui ouvre. Et comme la parabole n'est là que pour commenter la quatrième demande, elle se referme sur le pain d'où elle était partie : « Demandez donc avec un amour humble et filial votre pain au Père. » Ce que Luc laisse au niveau de l'histoire, l'Œuvre ramène à la prière qu'elle est en train d'enseigner.

Ampleur ×1,5 — Écarts : mobile ajouté · détail technique · pointe déplacée

Résonances bibliques

  • Luc 11, 5-8 — l'unique version évangélique, avec les trois pains, la porte close et les enfants couchés. L'écart porte sur la réponse du voisin : refus effectif chez Luc, hypothèse écartée ici.
  • Luc 11, 9-13 ; Matthieu 7, 7-11 — « demandez et l'on vous donnera », la pierre, le serpent, le scorpion : la suite est reprise dans le même ordre que chez Luc.
  • Matthieu 6, 9-13 ; Luc 11, 1-4 — le Notre Père, dont ce chapitre est le commentaire demande par demande.
  • Luc 18, 1-8 — la veuve et le juge inique (EMV ch. 505, n° 43), l'autre parabole sur la prière insistante : là, l'obstination reste efficace, parce que le juge, lui, n'est pas un ami.
Parabole de l'ami importun — Les paraboles de Jésus