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22Deuxième année de vie publiqueChapitre 281Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.Mt 25, 14-30×2

Parabole des talents

Deuxième année de vie publique — Jérusalem, sous le portique des Païens, pendant la fête des Tentes ; une foule mêlée s'est formée autour de Jésus, où se glissent des élèves de rabbins, des pharisiens et des membres du Sanhédrin. Un scribe vient de contester son enseignement sur le renoncement.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 281

Le récit

Un homme sur le point de partir pour un long voyage remet ses biens à ses serviteurs, en proportion de ce que chacun vaut et sait faire. Au premier, cinq talents d'argent ; au deuxième, deux ; au troisième, un seul, mais d'or — la part la plus précieuse, confiée à celui qu'il estimait le plus. Puis il s'en va.

Les deux premiers font travailler la somme et la doublent. Le troisième, tétanisé par la peur de mal s'y prendre, par la crainte des voleurs, par mille dangers imaginaires et surtout par sa propre inertie, creuse un trou et y enfouit le dépôt.

Des mois plus tard, le maître revient et demande des comptes. Les deux premiers présentent le double de ce qu'ils avaient reçu ; ils sont félicités, promus, invités à entrer dans la joie de leur maître. Le troisième déterre le métal intact et se justifie : il connaissait la dureté de son seigneur, un homme qui moissonne où il n'a pas semé ; il a donc préféré ne rien risquer, ne se fiant ni à personne ni à lui-même.

La réponse retourne l'argument contre lui. Si telle était l'idée qu'il se faisait de son maître, il devait d'autant plus faire produire l'argent — au moins le confier à des banquiers. Sa prudence n'était pas de la fidélité mais de la paresse, et le portrait qu'il dresse de son seigneur le condamne de sa propre bouche. Le talent d'or lui est retiré et donné à celui qui en a déjà dix. On objecte que c'est ajouter au plus riche ; le maître maintient : à qui possède et fait fructifier, il sera donné en surabondance ; à qui n'a rien faute d'avoir voulu, on ôtera même le dépôt. Le serviteur inutile est expulsé du domaine.

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même.

Elle est même donnée deux fois, et adressée nommément au contradicteur. Le scribe soutenait une arithmétique simple : plus on a reçu du Christ, plus on recevra au Ciel — les apôtres énormément, les curieux rien. Le récit démonte cette proportionnalité, et Jésus conclut que c'est à celui qui avait reçu le plus qu'il est resté le moins. Il en tire une conséquence qui vise l'auditoire présent :

« Vous verrez des païens arriver à la vie éternelle et des samaritains posséder le Ciel, et vous verrez des purs Israélites qui me suivent perdre le Ciel et la vie éternelle. »

EMV 281.9

La formule qui précède résume la logique de l'ensemble :

« Les surprises du Seigneur sont infinies parce que les réactions de l'homme sont innombrables. »

EMV 281.9

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Le troisième serviteur a reçu le plus, non le moins. C'est l'écart décisif avec Matthieu. Dans l'Évangile canonique, le serviteur infidèle est celui qui n'avait reçu qu'un talent, et la parabole peut se lire comme un avertissement aux médiocres. Ici, l'unique talent est d'or et vaut plus que les cinq d'argent : le paralysé n'est plus le moins doté, c'est le préféré. La parabole cesse de viser les petits pour viser les mieux placés — ce qui, sous le portique du Temple, ne manque pas d'adresse.

Une prudence qui se retourne en jugement. Le serviteur croit s'excuser en décrivant son maître ; il ne fait que révéler qu'il ne l'a jamais connu ni aimé. Le texte pousse le trait : ne se fier ni aux autres ni à soi n'est pas de la sagesse, c'est un refus d'agir déguisé en précaution.

Deux calculs opposés dans le même chapitre. Quelques lignes plus haut, Jésus recommandait de calculer avant de bâtir une tour ou d'entrer en guerre. Le troisième serviteur, lui, ne fait que calculer — et c'est sa ruine. Le chapitre place ainsi côte à côte le calcul qui prépare l'engagement et le calcul qui le remplace.

Le texte évangélique

Traduction de l'abbé Augustin Crampon (1923), dans le domaine public. Les passages ci-dessous sont ceux dont la parabole valtortienne est le parallèle.

Matthieu 25, 14-30 — les talents

14 " Car il en sera comme d'un homme qui, partant pour un voyage, appela ses serviteurs et leur remit ses biens.
15 A l'un il donna cinq talents, à un autre deux, à un autre un, selon la capacité de chacun, et il partit aussitôt.
16 Celui qui avait reçu cinq talents, s'en étant allé, les fit valoir, et en gagna cinq autres.
17 De la même manière, celui qui en avait reçu deux, en gagna deux autres.
18 Mais celui qui n'en avait reçu qu'un, s'en alla creuser la terre, et y cacha l'argent de son maître.
19 Longtemps après, le maître de ces serviteurs étant revenu, leur fit rendre compte.
20 Celui qui avait reçu cinq talents s'approcha et lui en présenta cinq autres, en disant : Seigneur, vous m'aviez remis cinq talents ; en voici de plus cinq autres que j'ai gagnés.
21 Son maître lui dit : C'est bien, serviteur bon et fidèle ; parce que tu as été fidèle en peu de choses, je t'établirai sur beaucoup : entre dans la joie de ton maître.
22 Celui qui avait reçu deux talents, vint aussi, et dit : Seigneur, vous m'aviez remis deux talents, en voici deux autres que j'ai gagnés.
23 Son maître lui dit : C'est bien, serviteur bon et fidèle, parce que tu as été fidèle en peu de choses, je t'établirai sur beaucoup : entre dans la joie de ton maître.
24 S'approchant à son tour, celui qui n'avait reçu qu'un talent, dit : Seigneur, je savais que vous êtes un homme dur, qui moissonnez où vous n'avez pas semé, et recueillez où vous n'avez pas vanné.
25 J'ai eu peur, et j'ai été cacher votre talent dans la terre ; le voici, je vous rends ce qui est à vous.
26 Son maître lui répondit : Serviteur méchant et paresseux, tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé, et que je recueille où je n'ai pas vanné ;
27 il te fallait donc porter mon argent aux banquiers, et, à mon retour, j'aurais retiré ce qui m'appartient avec un intérêt.
28 Otez-lui ce talent, et donnez-le à celui qui en a dix.
29 Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance ; mais à celui qui n'a pas, on ôtera même ce qu'il a.
30 Et ce serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres extérieures : c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents.

L'écart avec l'Évangile

L'ampleur

Crampon raconte en 2 091 caractères ce que l'EMV développe en 4 029 — presque le double. Avec la conclusion adressée au scribe, 4 814 : deux fois et demie. Et si l'on prend la scène entière, depuis l'objection du scribe jusqu'au dernier mot de Jésus, 7 832 contre 2 091 — près de quatre fois.

La scène

Matthieu place la parabole dans le discours qui précède la Passion et l'ouvre par une comparaison — « Car il en sera comme d'un homme » — sans lieu, sans heure, sans autre auditoire que les disciples. L'Œuvre la déplace dans le temps et dans l'espace : Jérusalem pendant la fête des Tentes, sous le portique des Païens où Jésus a lui-même donné rendez-vous — « Rejoignez-nous au portique des Païens ! » —, dans une cour de marbre où « certains élèves des rabbins » s'approchent du cercle et où le groupe s'est grossi « de membres du Sanhédrin, de rabbis et de pharisiens ».

Ce qui précède immédiatement n'est pas la parabole des vierges mais un enseignement sur le renoncement, avec la tour à bâtir et le roi qui compte ses troupes ; puis un scribe objecte que si l'on se dépouille de tout il ne reste rien pour servir, et pose l'arithmétique que la parabole va démonter : « Il est évident que les apôtres recevront énormément au Ciel, les disciples effectifs beaucoup, ceux qui ne le sont que de nom moins, ceux qui sont comme moi rien. »

Ce qui est ajouté

Là où Crampon écrit simplement « Mais celui qui n'en avait reçu qu'un, s'en alla creuser la terre », l'EMV donne à l'inaction quatre causes empilées : « paralysé par la peur de ne pas savoir s'y prendre, par la crainte des voleurs, de mille choses chimériques et surtout par la paresse ».

Les deux bons serviteurs. Muets sur leurs raisons chez Matthieu, parlent : le premier a agi parce qu'« il me semblait qu'il était mal de ne pas faire fructifier l'argent que tu m'avais donné », et il s'excuse — « Je n'ai pas pu faire davantage… » ; le second tend un registre, « Voici les comptes qui montrent comment j'ai employé ton argent », et demande « Es-tu content, mon seigneur ? ».

Le troisième. Crampon expédie sa défense en deux phrases, tient ici tout un plaidoyer où il se félicite d'abord lui-même — « Tu m'as confié la plus grande valeur parce que tu sais que je suis prudent et fidèle » — avant de reprocher au maître de ne faire « cadeau du moindre sou à ton banquier ou à ton régisseur ».

Les griefs du maître. Il en ajoute deux que Matthieu ignore : l'affection trahie, « tu ne m'as pas aimé parce que tu ne m'as pas connu », et la formation gâchée, « Je t'avais instruit avec un soin particulier dans ce but ».

La protestation. Enfin, au moment où Crampon fait dire « Otez-lui ce talent, et donnez-le à celui qui en a dix », une voix s'élève dans la parabole même pour protester : « Mais lui en a déjà dix alors que celui-ci reste sans rien… ». Personne, chez Matthieu, ne trouve la sentence injuste.

Ce qui est changé

Le désaccord principal tient en un mot. Crampon : « A l'un il donna cinq talents, à un autre deux, à un autre un, selon la capacité de chacun » ; l'EMV : « A l'un, il donna cinq talents d'argent, à un autre deux talents d'argent, à un troisième un seul talent, mais d'or. A chacun selon sa situation et son habileté. » Le troisième n'est plus le moins doté : c'est « celui auquel le maître avait donné davantage, un talent d'or pur », celui qui jouissait « de la plus grande confiance de son maître ». Là où Matthieu dit et redit « celui qui n'avait reçu qu'un talent », l'Œuvre dit le contraire, et la sanction porte alors sur le mieux servi.

Deuxième désaccord : l'objet de la peur. Chez Crampon, le serviteur a peur du maître — « je savais que vous êtes un homme dur » puis « J'ai eu peur » ; ici, il a peur pour le dépôt, « par crainte de diminuer ce trésor », et il ne se méfie pas seulement du monde mais de lui-même : « Je ne me suis fié à personne pas plus qu'à moi-même. »

Troisième : la maxime finale reçoit une clause que Crampon n'a pas. « Car on donnera à celui qui a » devient « A celui qui possède et le fait fructifier » ; « à celui qui n'a pas » devient « à celui qui n'a pas parce qu'il n'a pas la volonté d'avoir ». Le renversement cesse d'être un sort pour devenir un verdict.

Enfin la sentence. Crampon jette le serviteur « dans les ténèbres extérieures », l'EMV l'expulse d'un domaine — « qu'on l'expulse de ma propriété et qu'il aille pleurer et se ronger le cœur » —, et le « Serviteur méchant et paresseux » devient « Serviteur injuste et paresseux ! ».

Ce qui tombe

L'ouverture « Car il en sera comme d'un homme » disparaît, et avec elle le « il » qui rattachait la parabole à ce qui la précédait dans le discours : l'EMV commence de plain-pied par « Un homme qui allait entreprendre un long voyage ». Tombent aussi les deux images terminales, les « ténèbres extérieures » et les « grincements de dents », remplacées par une expulsion domestique ; le portrait du maître comme « un homme dur » ; et le vannage — « recueillez où vous n'avez pas vanné » devient « tu ramasses là où tu n'as rien répandu ». Le reste est conservé de très près, jusqu'à la phrase « y cacha l'argent de son maître », reprise mot pour mot bien que le dépôt soit devenu de l'or.

La pointe

Matthieu s'arrête sur la condamnation, dernier mot d'une parabole de la vigilance : le maître tarde, il revient, il compte. L'EMV ne s'arrête pas là et retourne le récit vers celui qui l'a provoqué : « Comme tu le vois, rabbi, à qui avait reçu le plus il est resté le moins ».

La réponse au scribe. Il voulait une proportion — beaucoup reçu, beaucoup rendu ; on lui répond que ceux qui « ont seulement leur âme pour unique capital » peuvent finir avec le talent d'or, et que « Les surprises du Seigneur sont infinies parce que les réactions de l'homme sont innombrables. » L'avertissement change ainsi de destinataire : chez Matthieu il vise le petit qui enfouit son peu ; ici il vise le préféré, l'homme instruit avec soin, le mieux placé.

La cible nommée. La conclusion la nomme sans détour, sous le portique des Païens et devant des membres du Sanhédrin : « Vous verrez des païens arriver à la vie éternelle et des samaritains posséder le Ciel, et vous verrez des purs Israélites qui me suivent perdre le Ciel et la vie éternelle. »

Ampleur ×2 — Écarts : amplifiée · mobile ajouté · auditoire changé · pointe déplacée

Résonances bibliques

  • Matthieu 25, 14-30 — le parallèle direct, dans le discours qui précède la Passion. Même structure, mais le troisième serviteur y reçoit la part la plus faible.
  • Luc 19, 11-27 — la parabole des mines, variante lucanienne, où le serviteur craintif enveloppe sa mine dans un linge et se voit opposer le même argument des banquiers.
  • Luc 12, 48 — à qui l'on a beaucoup donné, il sera beaucoup demandé : le principe que le chapitre applique aux plus proches du Maître.
Parabole des talents — Les paraboles de Jésus