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22Deuxième année de vie publiqueChapitre 281Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.

Parabole des talents

Deuxième année de vie publique — Jérusalem, sous le portique des Païens, pendant la fête des Tentes ; une foule mêlée s'est formée autour de Jésus, où se glissent des élèves de rabbins, des pharisiens et des membres du Sanhédrin. Un scribe vient de contester son enseignement sur le renoncement.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 281

Le récit

Un homme sur le point de partir pour un long voyage remet ses biens à ses serviteurs, en proportion de ce que chacun vaut et sait faire. Au premier, cinq talents d'argent ; au deuxième, deux ; au troisième, un seul, mais d'or — la part la plus précieuse, confiée à celui qu'il estimait le plus. Puis il s'en va.

Les deux premiers font travailler la somme et la doublent. Le troisième, tétanisé par la peur de mal s'y prendre, par la crainte des voleurs, par mille dangers imaginaires et surtout par sa propre inertie, creuse un trou et y enfouit le dépôt.

Des mois plus tard, le maître revient et demande des comptes. Les deux premiers présentent le double de ce qu'ils avaient reçu ; ils sont félicités, promus, invités à entrer dans la joie de leur maître. Le troisième déterre le métal intact et se justifie : il connaissait la dureté de son seigneur, un homme qui moissonne où il n'a pas semé ; il a donc préféré ne rien risquer, ne se fiant ni à personne ni à lui-même.

La réponse retourne l'argument contre lui. Si telle était l'idée qu'il se faisait de son maître, il devait d'autant plus faire produire l'argent — au moins le confier à des banquiers. Sa prudence n'était pas de la fidélité mais de la paresse, et le portrait qu'il dresse de son seigneur le condamne de sa propre bouche. Le talent d'or lui est retiré et donné à celui qui en a déjà dix. On objecte que c'est ajouter au plus riche ; le maître maintient : à qui possède et fait fructifier, il sera donné en surabondance ; à qui n'a rien faute d'avoir voulu, on ôtera même le dépôt. Le serviteur inutile est expulsé du domaine.

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même.

Elle est même donnée deux fois, et adressée nommément au contradicteur. Le scribe soutenait une arithmétique simple : plus on a reçu du Christ, plus on recevra au Ciel — les apôtres énormément, les curieux rien. Le récit démonte cette proportionnalité, et Jésus conclut que c'est à celui qui avait reçu le plus qu'il est resté le moins. Il en tire une conséquence qui vise l'auditoire présent :

« Vous verrez des païens arriver à la vie éternelle et des samaritains posséder le Ciel, et vous verrez des purs Israélites qui me suivent perdre le Ciel et la vie éternelle. »

EMV 281.9

La formule qui précède résume la logique de l'ensemble :

« Les surprises du Seigneur sont infinies parce que les réactions de l'homme sont innombrables. »

EMV 281.9

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Le troisième serviteur a reçu le plus, non le moins. C'est l'écart décisif avec Matthieu. Dans l'Évangile canonique, le serviteur infidèle est celui qui n'avait reçu qu'un talent, et la parabole peut se lire comme un avertissement aux médiocres. Ici, l'unique talent est d'or et vaut plus que les cinq d'argent : le paralysé n'est plus le moins doté, c'est le préféré. La parabole cesse de viser les petits pour viser les mieux placés — ce qui, sous le portique du Temple, ne manque pas d'adresse.

Une prudence qui se retourne en jugement. Le serviteur croit s'excuser en décrivant son maître ; il ne fait que révéler qu'il ne l'a jamais connu ni aimé. Le texte pousse le trait : ne se fier ni aux autres ni à soi n'est pas de la sagesse, c'est un refus d'agir déguisé en précaution.

Deux calculs opposés dans le même chapitre. Quelques lignes plus haut, Jésus recommandait de calculer avant de bâtir une tour ou d'entrer en guerre. Le troisième serviteur, lui, ne fait que calculer — et c'est sa ruine. Le chapitre place ainsi côte à côte le calcul qui prépare l'engagement et le calcul qui le remplace.

Résonances bibliques

  • Matthieu 25, 14-30 — le parallèle direct, dans le discours qui précède la Passion. Même structure, mais le troisième serviteur y reçoit la part la plus faible.
  • Luc 19, 11-27 — la parabole des mines, variante lucanienne, où le serviteur craintif enveloppe sa mine dans un linge et se voit opposer le même argument des banquiers.
  • Luc 12, 48 — à qui l'on a beaucoup donné, il sera beaucoup demandé : le principe que le chapitre applique aux plus proches du Maître.
Parabole des talents — Les paraboles de Jésus