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23Deuxième année de vie publiqueChapitre 281Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.Lc 10, 25-37×2,5

Parabole du bon Samaritain

Deuxième année de vie publique — Jérusalem, sous le portique des Païens, pendant la fête des Tentes ; un docteur de la Loi, assis à l'écart, se lève au milieu de la foule pour interroger Jésus sur la vie éternelle.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 281

Le récit

Un voyageur descend de Jérusalem vers Jéricho par les gorges de la montagne. Des brigands l'attaquent, le blessent gravement, lui prennent jusqu'à ses vêtements et l'abandonnent au bord du chemin, plus mort que vif.

Passe d'abord un prêtre qui rentre chez lui, son service au Temple achevé — l'encens du sanctuaire imprègne encore ses habits. Il regarde l'homme à terre, ne s'arrête pas, presse le pas.

Passe ensuite un lévite. Se souiller au contact du sang, lui qui doit servir au Temple ? Il relève son vêtement, jette au blessé un regard fuyant et remonte vers Jérusalem.

Vient enfin un Samaritain, qui redescend de Samarie vers le gué. Il aperçoit le sang, s'arrête, distingue le corps dans le jour qui baisse, met pied à terre. Il commence par ranimer l'homme avec un peu de vin fort, déchire son propre manteau pour en faire des bandes, nettoie les plaies au vinaigre, les oint d'huile, panse le tout avec soin. Puis il hisse le blessé sur sa bête et conduit lui-même l'animal à pied, soutenant l'homme et lui parlant pour le réconforter — sans se soucier de sa fatigue, et sans le moindre dégoût de porter secours à un Judéen. En ville, il le mène à l'auberge et le veille toute la nuit. À l'aube, le voyant mieux, il le confie à l'aubergiste, avance de l'argent, demande qu'on prenne soin de lui comme de lui-même et promet de rembourser le surplus à son retour — largement, si le travail a été bien fait.

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même.

Mais elle est arrachée à l'interlocuteur avant d'être formulée. Jésus énumère les trois passants et pose la question : lequel s'est fait le prochain du blessé ? Il ajoute, en une phrase, tout ce que le Samaritain n'a pas demandé — qui était cet homme, pourquoi il était là, ce que ce détour lui coûterait en temps et en argent, et jusqu'au risque d'être accusé de l'avoir lui-même frappé. Le docteur ne peut répondre qu'une chose : celui qui a fait miséricorde. La conclusion tombe alors, et elle noue les deux commandements que le docteur venait de réciter :

« Toi aussi, fais de même et tu aimeras ton prochain et Dieu dans le prochain, méritant ainsi la vie éternelle. »

EMV 281.10

L'entrée en matière mérite d'être notée : à la question « que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle ? », Jésus répond d'abord par un reproche direct — pourquoi vouloir le tenter, pourquoi vouloir mentir — avant de renvoyer l'homme à sa propre Loi.

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Le Samaritain arrive une page après avoir été annoncé. Juste avant, répondant à un scribe, Jésus venait de dire que des Samaritains posséderaient le Ciel tandis que de purs Israélites le perdraient. La parabole suivante met en scène exactement cela : un prêtre, un lévite, un Samaritain. Le récit ne fait pas qu'illustrer le commandement de l'amour, il vérifie l'affirmation qui vient d'être lancée sous le portique du Temple — et devant des membres du Sanhédrin.

La pureté rituelle comme motif explicite. Luc ne dit pas pourquoi le prêtre et le lévite passent outre ; le lecteur le devine. Ici le motif est nommé : le lévite écarte son habit pour ne pas se souiller de sang. Et le prêtre est décrit sortant du Temple, encore parfumé d'encens — l'ironie est appuyée, le culte et la charité se croisant sur la route en sens contraires.

Un secours qui prend toute la nuit. Les gestes sont décomposés avec une précision presque médicale, et le Samaritain ne quitte pas le blessé avant l'aube. La charité y est moins un élan qu'une durée : elle se mesure en heures perdues, en manteau déchiré, en argent avancé sans garantie.

Le texte évangélique

Traduction de l'abbé Augustin Crampon (1923), dans le domaine public. Les passages ci-dessous sont ceux dont la parabole valtortienne est le parallèle.

Luc 10, 25-37 — le bon samaritain

25 Et voici qu'un docteur de la Loi, s'étant levé, lui dit pour l'éprouver : " Maître, que ferai-je pour posséder la vie éternelle ? "
26 Jésus lui dit : " Qu'y a-t-il d'écrit dans la Loi ? Qu'y lis-tu ? "
27 Il répondit : " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout cœur, de toute ton âme, de toute tes forces et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même. "
28 Jésus lui dit : " Tu as bien répondu, fais cela et tu vivras. "
29 Mais cet homme, voulant se justifier, dit à Jésus : " Et qui est mon prochain ? "
30 Jésus reprit : " Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho ; il tomba entre les mains des brigands, qui le dépouillèrent, et l'ayant chargé de coups, se retirèrent, le laissant à demi-mort.
31 Or, il arriva qu'un prêtre descendait par le même chemin ; il vit cet homme et passa outre.
32 De même un lévite, étant venu dans ce lieu, s'approcha, le vit et passa outre.
33 Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui, et, le voyant, fut touché de compassion.
34 Il s'approcha, banda ses plaies, après y avoir versé de l'huile et du vin ; puis il le mit sur sa propre monture, le mena dans une hôtellerie, et prit soin de lui.
35 Le lendemain, tirant deux deniers, il les donna à l'hôte et lui dit : Aie soin de cet homme, et tout ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour.
36 Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de l'homme qui tomba entre les mains des brigands ? "
37 Le docteur répondit : " Celui qui a pratiqué la miséricorde envers lui. " Et Jésus lui dit : " Toi aussi, va et fais de même. "

L'écart avec l'Évangile

L'ampleur

Crampon raconte en 789 caractères ce que l'EMV développe en 2 047 — deux fois et demie plus. Scène complète, question du docteur incluse : 1 526 contre 3 388.

La scène

Crampon ne situe rien : « un docteur de la Loi, s'étant levé ». Ici, on est sous le portique du Temple, pendant la fête des Tentes, et la parabole suit immédiatement celle des talents. Le docteur, lui, « s'était assis pour écouter sérieusement » — il n'était pas venu pour tendre un piège, et c'est en se levant qu'il le tend.

Ce qui est ajouté

Le prêtre et le lévite. Le prêtre « avait terminé son office au Temple. Il était encore parfumé par les encens du Saint ! » et « avait hâte de rentrer chez lui ». Le lévite « releva son vêtement pour ne pas se souiller de sang » et « hâta le pas vers Jérusalem, vers le Temple » : les deux hommes vont donc en sens contraires, l'un quittant le culte, l'autre y courant, et le blessé est entre les deux. Crampon ne donne ni mobile ni direction — « il vit cet homme et passa outre », c'est tout.

Le blessé. Il est dit « de nationalité judéenne », ce que Crampon tait : l'inimitié entre les deux hommes devient explicite.

Le secours. Il est décomposé geste par geste — une gorgée de vin généreux pour ranimer, le manteau du Samaritain déchiré en bandes, les plaies lavées au vinaigre puis ointes d'huile, le bandage. Le transport. Il descend de sa monture, y charge l'homme et conduit la bête à pied, « soutenant en même temps le blessé, le réconfortant par de bonnes paroles ».

À l'auberge. Il le veille toute la nuit et ne le confie à l'hôtelier qu'à l'aube, en payant d'avance et en promettant une prime : « dans une bonne mesure si tu as bien fait ce qu'il fallait ».

Ce qui est changé

Trois désaccords, et ils sont nets. Chez Crampon, le vin est versé sur les plaies avec l'huile ; ici il est bu. Chez Crampon, le lévite « s'approcha, le vit et passa outre » — il vient voir de près ; ici il ne s'approche pas, il jette « un regard fuyant » : le geste devient moins cruel, mais plus lâche. Et surtout, ce que Luc dit du docteur en aparté — « pour l'éprouver », « voulant se justifier » — Jésus le lui dit en face : « Pourquoi veux-tu me tenter ? Pourquoi veux-tu mentir ? » Le lecteur de Luc est seul à savoir ; ici, l'intéressé est prévenu.

Ce qui tombe

Le « fut touché de compassion » du verset 33 disparaît : le Samaritain agit, on ne dit pas ce qu'il ressent. Les « deux deniers » chiffrés deviennent « des deniers ». Et le « va » de l'envoi final n'y est plus.

La pointe

Crampon conclut par une consigne sèche : « Toi aussi, va et fais de même. » Ici, la phrase revient à la question qui a tout déclenché : « fais de même et tu aimeras ton prochain et Dieu dans le prochain, méritant ainsi la vie éternelle ». Ce que Luc laisse au lecteur — que servir l'homme, c'est servir Dieu — est dit. S'y ajoute la liste de ce que le Samaritain ne s'est pas demandé : qui était le blessé, pourquoi il l'était, et s'il ne risquait pas « d'être accusé de l'avoir blessé ». Le bon Samaritain de l'EMV prend un risque judiciaire que celui de Luc ignore.

Ampleur ×2,5 — Écarts : amplifiée · mobile ajouté · détail technique · prolongée · pointe déplacée

Résonances bibliques

  • Luc 10, 25-37 — le parallèle direct. Chez Luc, l'huile et le vin sont versés sur les plaies et l'aubergiste reçoit deux deniers le lendemain ; le vinaigre, le manteau déchiré et la veille nocturne sont propres à cette version.
  • Deutéronome 6, 5 et Lévitique 19, 18 — les deux commandements que le docteur cite lui-même et que la parabole vient articuler.
  • 2 Chroniques 28, 15 — des hommes du Nord recueillent des captifs de Juda, les vêtent, les oignent, les chargent sur des ânes et les mènent jusqu'à Jéricho. Le rapprochement n'est pas suggéré par le texte, mais la scène est étrangement voisine.
Parabole du bon samaritain — Les paraboles de Jésus