Toutes les paraboles
63Première année de vie publiqueChapitre 160Jésus donne la clé du symbole mais laisse l'application à l'auditeur.

Parabole des ruines d'Hatzor

Première année de vie publique — Sur la route de Nephtali à Giscala, sous la tente dressée pour un repas. Jésus est l'hôte de Gamaliel, le plus grand docteur d'Israël, qui l'interroge avec une courtoisie sincère et lui avoue son impuissance à croire.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 160

Le récit

Gamaliel a fait un aveu d'une honnêteté rare : « ta parole s'arrête à mon intelligence, mais ne pénètre pas plus avant. Mon intelligence l'admire en tant que parole d'un savant, et l'âme… » Il n'achève pas. Jésus achève pour lui : « L'âme ne peut la recevoir, Gamaliel, parce qu'elle est encombrée de trop de choses. Or ces choses sont des ruines. »

Puis vient l'image, prise d'un souvenir récent.

Venant de Nephtali, Jésus est passé par un mont qui s'avance au-delà de la chaîne, pour voir d'en haut les deux lacs de Génésareth et de Mérom « comme les voient les aigles et les anges du Seigneur », et pour rendre grâce de leur beauté. Toute la montagne n'était que floraisons : les prés, les vergers, les forêts, les lauriers embaumant près des oliviers qui préparaient « la neige de milliers de fleurs », et jusqu'aux robustes rouvres parés de clématites et de chèvrefeuilles.

Mais à un endroit, rien.

« Tout travail humain n'y aboutit à rien, et pas plus celui de la nature. Tous les efforts du vent ou de l'homme échouent à cet endroit, car les ruines cyclopéennes de l'antique Hatzor encombrent tout et, au milieu de ces pierres et de ces rochers, il ne peut pousser qu'orties et ronces ; seuls les serpents y nichent… Gamaliel… »

EMV 160.4

Il ne termine pas non plus. Il dit seulement son nom.

La morale

◐ Jésus donne la clé, mais laisse l'application à son interlocuteur — qui la fait lui-même, immédiatement.

« Je te comprends. Nous sommes nous aussi des ruines… Je comprends la parabole, Jésus. Mais… je ne peux pas… je ne peux pas agir autrement. Les pierres sont enterrées trop profondément. »

EMV 160.4

Jésus ne conteste pas le diagnostic ; il en conteste la conclusion. Gamaliel attend un signe pour croire — il a d'ailleurs sa formule, héritée de son maître Hillel : « Les pierres frémiront à mes dernières paroles. » Jésus lui oppose une objection agronomique :

« Quand un terrain est désolé, un coup de foudre ne suffit pas à le défricher. Ce n'est pas le sol qui la reçoit, mais les pierres qui le recouvrent. Travaille au moins à les déplacer, Gamaliel. Sans quoi, si elles restent ainsi enterrées au plus profond de toi, le signe ne suffira pas pour que tu croies. »

EMV 160.4

La leçon est donc que le signe attendu ne servira à rien s'il tombe sur des décombres — la foudre frappe les pierres, pas la terre. Et le travail demandé n'est pas de croire, mais de déblayer.

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Le savoir comme éboulis. Ce qui empêche Gamaliel n'est ni le vice, ni la mauvaise foi — Jésus lui reconnaît d'être juste et sincère —, mais l'encombrement. Une érudition immense, accumulée génération après génération, occupe la place. Hatzor n'est pas un désert : c'est une ville morte, c'est-à-dire quelque chose qui fut grand et dont les débris stérilisent le sol. L'image est d'autant plus dure qu'elle est flatteuse sur le passé.

Le contraste est le sujet. Jésus consacre plus de mots à la beauté de la montagne fleurie qu'aux ruines elles-mêmes. Les orties et les serpents n'occupent qu'une ligne, après quatre lignes de clématites et de chèvrefeuilles. La stérilité n'est pas décrite pour elle-même mais comme une exception au milieu d'une fécondité générale : tout fleurit, sauf là.

« Attendre un signe » est déjà une réponse. Gamaliel ne refuse pas de croire, il diffère — il attend la confirmation promise. Jésus retourne l'argument avec une douceur redoutable : « Pourquoi donc attendre les dernières paroles du Messie ? N'éprouveras-tu pas de remords de ne pas avoir voulu me suivre plus tôt ? » Et il compare cette attente à l'arrivée trop tardive au chevet d'un ami mourant.

Ce que Gamaliel fera du signe. La conversation reste en suspens — « Pensif, Gamaliel se tait » — et le chapitre s'achève sur les deux hommes chevauchant côte à côte vers la tombe de Hillel. Le signe qu'attendait Gamaliel viendra, au moment de la mort de Jésus, quand le voile du Temple se déchirera et que les pierres, effectivement, frémiront.

Résonances bibliques

  • Josué 11, 10-13 — Hatzor, « autrefois la capitale de tous ces royaumes », prise et brûlée : la seule ville que Josué livre aux flammes, d'où les ruines cyclopéennes.
  • Matthieu 13, 5-6. 20-21 — le terrain pierreux où la semence ne peut pousser faute de profondeur.
  • Jérémie 4, 3 — « Défrichez-vous un terrain neuf, et ne semez pas parmi les épines. »
  • Osée 10, 12 — « Défrichez-vous une terre nouvelle : il est temps de chercher le Seigneur. »
  • Luc 16, 31 — « S'ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader même si quelqu'un ressuscitait d'entre les morts » : le principe même de l'inutilité du signe pour qui n'a pas déblayé.
  • Actes 5, 34-39 — Gamaliel devant le Sanhédrin, conseillant de laisser faire les apôtres : « si cette œuvre vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire ». Les pierres avaient commencé à bouger.
Parabole des ruines d'Hatzor — Les paraboles de Jésus