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31Troisième année de vie publiqueChapitre 407Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.Mt 21, 28-32×5,5

Parabole des deux fils qui vont à la vigne

Troisième année de vie publique — Dans le domaine agricole de Nicodème, en pleine moisson, sous un verger, devant les moissonneurs, les glaneurs, les apôtres et un groupe de disciples.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 407

Le récit

Un père appelle son fils aîné à venir travailler ce jour-là dans la vigne familiale. Jésus s'arrête aussitôt sur ce que la demande contient d'honneur : en lui confiant la tâche qu'il assumait lui-même, le père lui reconnaît publiquement de la constance, du savoir-faire et l'affection d'un fils.

Refus sec. Trois motifs sont indiqués : la distraction des plaisirs, la crainte d'être pris pour un domestique, la peur enfin des ennemis de son père — qui n'oseraient pas s'en prendre à lui, mais ne se gêneraient pas avec son fils. Le père se tourne alors vers le second, qui accepte sur-le-champ.

La suite renverse les deux réponses. L'aîné, dont le fond est droit, se ressaisit, regrette d'avoir peiné son père et part sans un mot à la vigne, où il travaille jusqu'au soir. Le second sort bien de la maison, mais s'attarde au village en visites intéressées auprès de gens influents, se disant que son père, vieux et casanier, croira ce qu'on lui racontera.

Le soir les ramène tous deux, et le père compare : l'un revient las et mal assuré, le vêtement impeccable ; l'autre rentre épuisé, sale, décoiffé — et joyeux, avec dans le regard l'aveu qu'il a vaincu la tentation par amour. Le père embrasse celui qui a peiné.

« Tu es béni parce que tu as compris l'amour ! »

EMV 407.6

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même.

Comme souvent, elle est d'abord arrachée à l'auditoire : lequel des deux a aimé, lequel a fait la volonté du père ? La foule répond d'une seule voix. L'application suit sans détour : les saints aux yeux de Dieu ne sont ni ceux qui répètent « Seigneur ! Seigneur ! » en se frappant la poitrine sans repentir réel, ni ceux qui soignent le rite en public et négligent la charité en privé, mais ceux qui accueillent l'Envoyé.

« les ignorants, les pauvres, les publicains, les prostituées, passeront avant beaucoup de ceux que l'on appelle “ maîtres ”, “ puissants ”, “ saints ” »

EMV 407.7

Le motif est donné : Jean a été cru par les pécheurs et rejeté par les savants ; Jésus se heurte au même partage, et les miracles n'y ont rien changé.

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Un auditoire déplacé. Chez Matthieu, la parabole est une arme : lancée dans le Temple, aux grands prêtres et aux anciens, la sentence tombe sur ceux qui viennent de l'approuver. Ici, la même parabole, avec presque la même conclusion, est dite à des moissonneurs et à des glaneuses — c'est-à-dire aux bénéficiaires de la sentence. Le réquisitoire devient encouragement.

Une psychologie ajoutée. Les synoptiques ne motivent pas le refus de l'aîné. Les raisons données ici ne sont pas celles d'un mauvais fils, mais celles d'un homme qui a peur : du déclassement, des représailles. Le portrait ressemble moins au pécheur endurci qu'au disciple hésitant — ce qui, devant un auditoire où se tiennent les douze apôtres, ne manque pas de sel.

Le décor précède le récit. Toute la première moitié du chapitre montre Nicodème donnant l'intégralité de sa moisson aux pauvres, sans attendre l'année sabbatique, et incapable d'expliquer d'où lui vient l'idée que l'année est une année de grâce. Un membre du Sanhédrin fait la volonté du Père en silence, pendant que ses pairs la refusent : la parabole a été jouée avant d'être racontée.

Le texte évangélique

Traduction de l'abbé Augustin Crampon (1923), dans le domaine public. Les passages ci-dessous sont ceux dont la parabole valtortienne est le parallèle.

Matthieu 21, 28-32 — les deux fils envoyés à la vigne

28 " Mais que vous en semble ? Un homme avait deux fils ; s'adressant au premier, il lui dit : Mon fils, va travailler aujourd'hui à ma vigne.
29 Celui-ci répondit : Je ne veux pas ; mais ensuite, touché de repentir, il y alla.
30 Puis, s'adressant à l'autre, il lui fit le même commandement. Celui-ci répondit : J'y vais, seigneur ; et il n'y alla point.
31 Lequel des deux a fait la volonté de son père ? — Le premier, " lui dirent-ils. Alors Jésus : " Je vous le dis en vérité, les publicains et les courtisanes vous devancent dans le royaume de Dieu.
32 Car Jean est venu à vous dans la voie de la justice, et vous n'avez pas cru en lui ; mais les publicains et les courtisanes ont cru en lui, et vous, qui avez vu cela, vous ne vous êtes pas encore repentis pour croire en lui.

L'écart avec l'Évangile

L'ampleur

Crampon dit la parabole et son application en 767 caractères, l'EMV en 4 145 — cinq fois et demie plus. Le récit seul, de « un homme avait deux fils » au baiser du père, pèse 2 293 caractères contre 346 chez Matthieu : six fois et demie. Matthieu tient la parabole en trois versets ; l'Œuvre l'étale sur une journée entière, du matin au soir, avec le retour des deux fils.

La scène

Matthieu ne situe rien : la parabole s'ouvre sur « Mais que vous en semble ? », lancé à des interlocuteurs que le passage cité ne nomme pas, mais que les « vous » de la sentence désignent assez — ce sont des adversaires, et ils sont dans le Temple.

Le domaine. L'Œuvre situe tout, et à l'opposé. C'est une aurore de moisson dans le domaine de Nicodème, où Jésus vient d'arriver ; les paysans fauchent en chantant, et au bord des champs « des enfants, des veuves, des vieillards attendent pour glaner ». Nicodème vient de donner sa récolte entière aux pauvres sans attendre l'année sabbatique ; Jésus a béni les grains, les olives et les vignes, puis lui a demandé de suspendre le travail.

L'auditoire. On gagne l'ombre d'un verger, les dix apôtres arrivent en courant, et il commence : « A vous tous qui m'entourez, je veux proposer une parabole. Que chacun en recueille l'enseignement et la partie qui lui convient davantage. » L'auditoire, ce sont les moissonneurs, les glaneuses, les curieux, les disciples menés par Étienne, les Douze — et un membre du Sanhédrin qui se tient là du bon côté.

Ce qui est ajouté

Là où Crampon donne un ordre nu — « Mon fils, va travailler aujourd'hui à ma vigne » —, l'Œuvre en explique d'abord le prix : « C'était une grande marque d'honneur de son père ! » Le père confie au fils la charge qu'il assumait lui-même, ce qui suppose reconnue en lui « de la bonne volonté, de la constance, des capacités, de l'expérience, et un amour filial ».

Le refus expliqué. Surtout, le « Je ne veux pas » de Matthieu, qui ne s'explique pas, reçoit ici trois causes : le fils est « un peu distrait par les plaisirs du monde », il craint « de ressembler à un serviteur », il redoute « des moqueries et peut-être aussi des représailles de la part d'ennemis de son père, qui n'osaient pas lever la main sur celui-ci, mais auraient eu moins d'égards pour son fils ». Une incise nomme même le mécanisme : « Satan se sert de ces mirages pour éloigner du bien ».

Le calcul du second. Le second fils reçoit le sien, intérieur, que Matthieu ignore : « Notre père est vieux et il ne sort plus de la maison. Je lui dirai que j'ai obéi, et il le croira… »

Le soir. Et surtout l'Œuvre ajoute ce que Matthieu n'a pas du tout. Les deux fils rentrent, le père les compare, l'un avec « ses vêtements sans faux plis », l'aîné « fourbu, sale, mal peigné, mais joyeux et sincère » — et c'est l'aîné, celui qui avait d'abord refusé puis travaillé, que le père embrasse : il « embrassa son fils fatigué en lui disant : “ Tu es béni parce que tu as compris l'amour ! ” »

L'application. S'y ajoutent encore les « Seigneur ! Seigneur ! » de ceux qui se frappent la poitrine, les rites observés « avec ostentation », et l'avertissement que ceux qui attaquent la volonté de Dieu « comme si c'était la volonté de Satan » ne seront pas pardonnés.

Ce qui est changé

Le désaccord principal porte sur le destinataire. Chez Matthieu, ce sont les adversaires qui répondent « Le premier », et la sentence leur tombe dessus à la deuxième personne : « les publicains et les courtisanes vous devancent dans le royaume de Dieu », « Jean est venu à vous », « vous n'avez pas cru en lui ». Ici, c'est « la foule unanime » qui répond, et tous ces « vous » deviennent des « ils » : « beaucoup trop, en Israël, ne l'ont pas cru », « ils ne se sont pas repentis de ne pas avoir foi en moi ». Le seul « vous » conservé retourne l'accusation dans l'autre sens — les faux saints sont « ceux dont vous vous plaignez » : l'auditoire n'est plus l'accusé, il est la victime. Le piège de Matthieu, où l'on se condamne de sa propre bouche, ne peut plus fonctionner.

Deuxième divergence, factuelle : chez Crampon le second fils « n'y alla point » ; ici « il sortit de la maison, c'est vrai, mais ensuite il perdit son temps à flâner dans le village, à faire des visites inutiles à des amis influents dont il espérait tirer quelque profit ». Il part vraiment — la désobéissance devient une dérobade en chemin.

Troisième : le repentir de l'aîné, que Matthieu laisse sans objet — « touché de repentir » —, devient un regret de personne : « il se repentit d'avoir déplu à son père ».

Quatrième, plus discrète : le second fils de Matthieu répond « J'y vais, seigneur » ; ici il dit « Oui, père, j'y vais de ce pas ». Le mot qui, chez Matthieu, fait à lui seul le pont vers les « Seigneur ! Seigneur ! » disparaît du récit — l'Œuvre ne rétablit le pont que dans l'application.

La question soufflée. Enfin, Jésus ne pose plus sa question à froid : il souffle la réponse avant de la recevoir — « Vous dites certainement : “ C'est celui qui a fait la volonté de son père. ” Or qui l'a faite ? » — puis la ratifie lui-même : « Le premier. Oui. »

Ce qui tombe

L'apostrophe d'ouverture, « Mais que vous en semble ? », remplacée par une invitation à se servir. Le titre « seigneur » dans la bouche du second fils. Et, dans la clausule, le « encore » de Crampon — « vous ne vous êtes pas encore repentis pour croire en lui » —, qui laissait la porte entrebâillée ; l'Œuvre la referme et va plus loin : « leur haine est tombée sur moi et sur ceux qui m'aiment ».

La pointe

La clausule sur les publicains est conservée, mais élargie et adoucie à la fois. Crampon nomme deux catégories et un destinataire ; l'EMV en nomme quatre et vise plus loin : « les ignorants, les pauvres, les publicains, les prostituées, passeront avant beaucoup de ceux que l'on appelle “ maîtres ”, “ puissants ”, “ saints ”, pour entrer dans le Royaume de Dieu ». Les deux catégories ajoutées — les ignorants, les pauvres — sont exactement celles des gens qui écoutent ; et le « beaucoup de » ménage une exception, ce qui n'est pas indifférent quand le maître du domaine siège au Sanhédrin. Le reste du verset 32 est en revanche quasi littéral : « Mais les publicains et les prostituées, eux, ont cru en lui. »

Le déplacement le plus net est ailleurs. Matthieu demande : « Lequel des deux a fait la volonté de son père ? » L'Œuvre pose d'abord une autre question — « Lequel des deux avait aimé ? » — et ne fait de l'obéissance que la preuve de l'amour ; c'est pourquoi le père embrasse celui qui a peiné, geste que Matthieu n'a pas.

La fin. Là où Matthieu s'arrête sur un constat d'endurcissement, l'Œuvre finit par une bénédiction adressée aux présents : « Augmentez votre foi et soyez constants. Vous posséderez le Ciel parce que vous aurez su aimer la vérité. » Le réquisitoire est devenu un encouragement.

Ampleur ×5,5 — Écarts : amplifiée · mobile ajouté · auditoire changé · pointe déplacée · prolongée

Résonances bibliques

  • Matthieu 21, 28-32 — le parallèle direct, y compris la conclusion sur Jean-Baptiste et sur les publicains qui précèdent dans le Royaume. Le décor, lui, est tout autre : chez Matthieu, la scène se passe à Jérusalem, dans les derniers jours.
  • Matthieu 7, 21 — on n'entre pas dans le Royaume en disant « Seigneur, Seigneur ! », mais en faisant la volonté du Père. La formule est reprise presque telle quelle.
  • Lévitique 19, 9-10 et Deutéronome 24, 19-21 — la loi du glanage, laissée au pauvre, à la veuve et à l'orphelin : le cadre légal que Nicodème dépasse volontairement. Il justifie d'ailleurs sa générosité par la mesure débordante de Luc 6, 38.
Parabole des deux fils qui vont à la vigne — Les paraboles de Jésus