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93Troisième année de vie publiqueChapitre 405Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.

Apologue de Judas Maccabée et Gorgias

Troisième année de vie publique — Près de la porte d'Emmaüs, devant une maison de paysans où Jésus s'est reposé, sur la plaine même où campèrent jadis les armées ; une mère vient de lui présenter le petit Jean, l'enfant aux hanches brisées qu'il avait guéri à la Belle Eau, et Jésus reprend la parole en le tenant par la main.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 405

Le récit

Jésus rappelle un épisode que la plaine sous leurs yeux a porté.

Judas Maccabée vint étudier le campement de Gorgias : cinq mille fantassins et mille cavaliers exercés à la bataille, pourvus de cuirasses, d'armes et de tours de guerre. Lui n'avait que trois mille fantassins — sans boucliers ni épées. Il regardait, et il sentait la crainte gagner le cœur de ses soldats.

Alors il parla, « fort de son bon droit que Dieu approuvait parce qu'il ne cherchait pas l'injustice, mais la défense de sa patrie envahie et profanée » :

« Ne vous laissez pas effrayer par leur nombre, et ne redoutez pas leur attaque. Rappelez-vous comment nos pères furent sauvés au passage de la Mer Rouge, quand le Pharaon les poursuivait avec sa grande armée. »

EMV 405.7

Puis il leur enseigna comment obtenir du secours : « Crions vers le Ciel et le Seigneur aura pitié de nous, il se souviendra de son alliance avec nos pères, et il écrasera aujourd'hui cette armée que voici devant nous. Alors toutes les nations reconnaîtront qu'il y a un Sauveur qui délivre Israël. »

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même, sous forme de deux conditions numérotées.

La première : avoir l'âme des pères. Pour que Dieu soit notre allié, il faut la sainteté et la promptitude à obéir dont les patriarches ont fait preuve, « que la grâce demandée soit de faible ou de très grande importance ». Et Jésus retourne aussitôt la plainte courante :

« Nous nous plaignons beaucoup, en Israël, que le Seigneur ne soit plus bienveillant avec nous comme il l'était autrefois. Mais Israël a-t-il encore l'âme de ses pères ? Qui a rompu et ne cesse de rompre l'alliance avec le Père ? »

EMV 405.7

La seconde : l'humilité. Et c'est ici que la lecture de Jésus se fait très fine. Judas Maccabée était un grand soldat, mais il n'a pas dit « aujourd'hui je vais détruire cette armée et les nations sauront que je suis le sauveur d'Israël ». Il a dit : le Seigneur détruira cette armée devant nous, « qui sommes incapables de le faire, faibles comme nous le sommes ».

« Judas ne s'est pas fait valoir en se parant du titre de Sauveur d'Israël, mais c'est au Dieu éternel qu'il l'a attribué. »

EMV 405.7

Toute la leçon tient dans le déplacement d'un pronom. Puis Jésus élargit : ce que vous affronterez ne sera plus « une question d'importance relative comme une lutte nationale », mais quelque chose de bien plus essentiel — votre âme. « Ne vous laissez pas dominer par la frayeur ou l'orgueil, car tous deux sont préjudiciables. »

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Un héros militaire cité pour son humilité, non pour ses victoires. Judas Maccabée était devenu, pour l'Israël occupé du temps de Jésus, l'emblème de la résistance armée et l'espérance d'un Messie guerrier. Jésus le convoque — puis n'en retient que la formule d'un homme qui refuse le titre de sauveur. Il désamorce la figure en s'en servant : le modèle est retenu, la leçon est déplacée du champ de bataille à l'âme.

Le titre refusé est celui qu'il porte. « Sauveur qui délivre Israël » : Judas l'attribue à Dieu et non à lui-même, et Jésus le loue précisément pour cela. Or celui qui commente est le Sauveur. Le texte ne fait pas remarquer que l'homme qui enseigne à ne pas revendiquer ce titre est le seul à qui il revienne.

Le miracle qui précède fonde l'argument. Une mère vient de rappeler à voix haute la guérison de son fils, et Jésus commente : « voici confirmée ma Nature par une mère reconnaissante, ainsi que le pouvoir de la foi sur le cœur de Dieu ». Il enchaîne immédiatement sur Judas Maccabée qui crie vers le Ciel. La démonstration se fait donc en deux temps : d'abord un cas vérifié, puis le principe.

Un homonyme dans l'auditoire. L'apologue fait l'éloge d'un Judas qui refuse le rôle de libérateur national et remet tout à Dieu. Un autre Judas, qui rêve précisément d'un Messie roi et prend des initiatives pour l'y contraindre, l'écoute. Le chapitre précédent s'intitulait Judas se sent découvert. Le texte ne relève pas la coïncidence des noms.

Une fourmi qui juge un architecte. Jésus conclut sur l'absurdité de vouloir juger Dieu, conseiller Dieu ou critiquer Dieu, et commence une comparaison — « Vous imaginez une fourmi qui, en observant le travail… ». La démesure de l'image dit assez ce qu'il pense de la prétention à corriger les plans divins.

Résonances bibliques

  • 1 Maccabées 4, 1-25 — la bataille d'Emmaüs contre Gorgias : les effectifs, le discours de Judas et l'invocation du passage de la Mer Rouge sont repris presque mot pour mot.
  • Exode 14, 13-14 — « Ne craignez pas, tenez ferme… le Seigneur combattra pour vous, et vous, vous n'aurez qu'à vous taire. »
  • Romains 8, 31 — « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? », que Jésus formule ici presque littéralement.
  • 1 Samuel 17, 45-47 — David face à Goliath : « Ce n'est ni par l'épée ni par la lance que le Seigneur sauve. »
  • 2 Chroniques 20, 15 — « Le combat n'est pas le vôtre, mais celui de Dieu. »
  • 2 Corinthiens 12, 9-10 — « Quand je suis faible, c'est alors que je suis fort. »
  • Éphésiens 6, 12 — le vrai combat n'est pas contre la chair et le sang : le déplacement même qu'opère Jésus en fin de discours.
Apologue de Judas Maccabée et Gorgias — Les paraboles de Jésus