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92Troisième année de vie publiqueChapitre 402Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.

Apologue de Nabot et de sa vigne

Troisième année de vie publique — Jésus prêche, et coupe son instruction en deux parties par une pause délibérée. Le chapitre porte le titre : Judas se sent découvert.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 402

Le récit

Jésus emprunte l'histoire au premier livre des Rois.

Nabot de Jezréel possédait une vigne près du palais d'Achab, roi de Samarie. Elle lui venait de ses aïeux : son père l'avait reçue du sien, celui-ci du sien, et ainsi de suite. Des générations avaient peiné pour la rendre plus florissante. Elle lui était chère, « presque sacrée ».

Achab lui dit : cède-la-moi, elle jouxte ma maison, j'en ferai un jardin ; en échange je te donnerai une vigne meilleure, ou de l'argent si tu préfères. L'offre est honnête, et même avantageuse.

« Je regrette de te déplaire, ô roi, mais je ne peux te faire ce plaisir. Cette vigne est un héritage de mes pères et elle est sacrée à mes yeux. Dieu me garde de te céder le patrimoine de mes aïeux. »

EMV 402.5

Jésus s'arrête là. « Méditons cette réponse. » Il ne raconte pas ce qu'Achab et Jézabel firent ensuite de Nabot.

Il enchaîne sur un second emprunt, tiré des Nombres : Moïse répondant à Coré, Datân et Abiram, fils de Lévi qui se prétendaient égaux à Moïse et Aaron. « Mettez du feu dans vos encensoirs… et nous verrons bien qui le Seigneur choisit. Vous passez la mesure, fils de Lévi ! » Et il ajoute, sans détailler : « En bons juifs, vous connaissez la réponse de Dieu à ceux qui voulaient s'élever un peu trop. »

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même, et retournée sur lui pour finir.

L'héritage, c'est l'idée messianique telle qu'elle a été révélée : « toute sainte et spirituelle », qui « devrait être sacrée jusque dans ses moindres détails, pas négligée, ni altérée, ni rabaissée par des limitations humaines ». Le prix offert par Achab, ce sont les honneurs et la sécurité — « des honneurs à profusion et l'assurance de n'être pas supplantés facilement ».

« Combien ne troquent-ils pas la lumineuse idée messianique […] contre un fantoche de royauté humaine agité comme un épouvantail pour s'opposer aux autorités et à la vérité ? »

EMV 402.5

Le second apologue durcit le propos : vouloir un roi terrestre plutôt que le Roi des rois, c'est comme vouloir « devenir illégalement race d'Aaron alors qu'on est de la race de Lévi » — s'arroger une place que Dieu seul distribue. Et Jésus prévient : « Moi, qui suis Miséricorde, je n'arrive pas à les condamner par les terribles malédictions de Moïse. Mais derrière la Miséricorde, il y a la Justice. Que nul ne l'oublie ! »

Puis il prend pour lui le rôle de Nabot :

« Mais si eux le font, moi, je n'échangerai pas l'héritage du Père et de nos ancêtres, et je mourrai fidèle à cette promesse […]. Car je n'ai jamais déçu mon Père, et jamais je ne le ferai par peur d'une mort, si horrible soit-elle. »

EMV 402.6

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

La suite non dite est la Passion. Jésus s'arrête au refus de Nabot. Or dans le livre des Rois, la suite est connue de tous ses auditeurs : Jézabel fait produire deux faux témoins qui accusent Nabot d'avoir blasphémé Dieu et le roi, on le mène hors de la ville, on le lapide, et Achab prend la vigne. Et la phrase que Jésus prononce immédiatement après avoir dit qu'il mourra fidèle est : « Que mes ennemis fassent comparaître de faux témoins. » Il n'a pas raconté la fin de l'histoire — il annonce qu'il va la vivre.

Un avertissement adressé à quelqu'un en particulier. Jésus glisse une parenthèse : « si l'un d'eux se trouve dans l'assistance, qu'il reçoive de bonne grâce cet avertissement ». Le chapitre s'intitule Judas se sent découvert. Le portrait de celui qui préfère « un pauvre roi d'Israël » au Roi spirituel, qui prend des initiatives « en les prétendant orgueilleusement plus justes que celles de Dieu », est adressé à un homme présent qui se reconnaît — sans être nommé.

Le marché est présenté comme raisonnable. Achab ne vole pas : il propose mieux, ou de l'argent. C'est la force de l'apologue — la tentation ne prend pas la forme d'un crime mais d'une bonne affaire. Ce qui se perd n'a de valeur que parce qu'il a été reçu ; hors de cette transmission, une vigne vaut une vigne.

Deux emprunts, deux registres. Nabot est le modèle à imiter ; Coré, Datân et Abiram sont l'exemple à craindre. Jésus ne détaille pas leur châtiment — la terre qui s'ouvre et les engloutit — et se contente de « vous connaissez la réponse de Dieu ». Deux fois dans le même discours, il laisse l'auditoire compléter la sanction lui-même.

Résonances bibliques

  • 1 Rois 21, 1-16 — l'histoire de Nabot, source explicite : le refus, les faux témoins suscités par Jézabel, la lapidation hors de la ville, la vigne confisquée.
  • Nombres 16, 1-35 — la révolte de Coré, Datân et Abiram, les encensoirs, et l'engloutissement.
  • Matthieu 26, 59-61 — « Les grands prêtres cherchaient un faux témoignage contre Jésus, afin de le faire mourir. »
  • Hébreux 12, 16-17 — Ésaü « qui, pour un seul mets, vendit son droit d'aînesse » : l'héritage bradé contre l'immédiat.
  • Lévitique 25, 23 — « La terre ne sera pas vendue à perpétuité, car la terre est à moi » : le fondement légal du refus de Nabot.
  • Jean 6, 15 — Jésus se retire seul dans la montagne parce qu'on veut l'enlever pour le faire roi : le « fantoche de royauté humaine » refusé en acte.
Apologue de Nabot et de sa vigne — Les paraboles de Jésus