Parabole de la vigne et du vigneron — le travail de l'âme
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 428
Le récit
La parabole naît d'une conversation. Jésus regarde la plaine couverte de vignes et lance une remarque en apparence anodine : si elles rendent tant, c'est sans doute que les riches propriétaires y ont planté des cépages de premier choix. Un viticulteur présent, Cléophas, proteste — le plant ne fait rien sans le travail — et se lance dans un inventaire du métier qui occupe presque toute une section : attendre des années la première grappe, ôter les branches inutiles, empêcher les herbes d'épuiser la terre et les ronces d'étouffer les sarments, bêcher, fumer — car la douceur du raisin sortira de cet engrais noir —, effeuiller pour laisser passer le soleil, puis tailler, lier, protéger les racines du gel, et surveiller encore tout l'hiver. Il conclut de lui-même que soigner une vigne, c'est comme élever un enfant, puis s'excuse de trop parler.
« Vraiment, tu l'as déjà dite. Il suffirait d'appliquer ta conclusion et de préciser que les âmes sont comme les vignes… »
EMV 428.3
Il ne reste plus à Jésus qu'à poser les correspondances. La vigne est l'âme, déposée par Dieu dans la chair en formation ; elle demeure en friche jusqu'à l'âge de raison — moment variable, précise-t-il, qui commence quand l'enfant distingue le bien du mal et veut librement l'un ou l'autre. Le vigneron n'est pas Dieu : c'est le libre arbitre, ouvrier compétent remis à l'homme pour cultiver son propre domaine.
Suit le tableau des deux vignes. Celle qu'un vigneron désordonné laisse aller : la haie s'ouvre — largement pour les dissipations, par de petites brèches basses pour les vices capitaux —, les plants s'entassent sans être suivis, la gelée du manque d'amour saisit les racines, le sol s'épuise faute de mortification, et le vigneron libre finit esclave. Celle qu'un vigneron ordonné conduit : irriguée par la foi, ombragée par l'espérance, chauffée par la charité, liée par l'obéissance, taillée par la force, surveillée par la prudence — jardin où Dieu vient prendre ses délices et que ses anges transporteront un jour dans le jardin éternel.
La morale
● Énoncée par Jésus lui-même.
Elle l'est deux fois : par la clé allégorique, donnée sans énigme, et par l'exhortation finale. Le principe est le refus de l'assistance — si tout devait venir de Dieu, l'homme n'aurait aucun mérite à se refaire une sainteté après la ruine des origines. D'où la sévérité du tri à opérer en soi-même :
« Mieux vaut un cep unique, mais parfait, qu'un grand nombre inutiles ou nuisibles. »
EMV 428.4
Et la conclusion, qui est un appel à la veille plus qu'à l'effort :
« Veillez jusqu'à la fin, et les tempêtes pourront vous tremper, mais sans vous nuire. »
EMV 428.4
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
La parabole est dite par l'auditoire. Le procédé est rare : Jésus ne construit pas l'image, il la fait produire par un homme du métier, puis lui renvoie qu'il vient de prêcher sans le savoir. Ailleurs, la foule est amenée à prononcer la sentence ; ici, elle fournit la matière du récit. Le refus de Cléophas — il sait planter une vigne, pas transposer — dessine la fonction que Jésus s'attribue : non pas fournir les images, mais les retourner vers l'âme.
Le vigneron n'est pas celui qu'on attend. Dans l'usage biblique, le propriétaire de la vigne est Dieu et les vignerons sont les hommes à qui elle est louée ; chez Jean, le Père lui-même est le vigneron qui taille. Ici, toute la distribution passe à l'intérieur d'un seul homme : l'âme est la vigne, le libre arbitre en est l'ouvrier, l'homme est le propriétaire qui répond du résultat. Dieu n'apparaît plus que comme donateur du terrain et visiteur final — sans doute l'écart le plus notable du chapitre.
L'orage. L'image finale est vérifiée dans l'heure : Pierre lit le ciel, l'assemblée se disperse, et un déluge de grêle s'abat sur la plaine — sur ces vignes précisément. Les paysans qui accueillent Jésus le supplient d'écarter la grêle ; il ne fait tomber que la pluie. Les vignes de la parabole finissent arrosées.
Résonances bibliques
- Isaïe 5, 1-7 — le chant de la vigne : le bien-aimé bêche, épierre, plante un cep de choix, entoure d'une haie, et récolte des raisins sauvages. Presque tous les gestes énumérés par Cléophas y figurent déjà.
- Jean 15, 1-8 — la vraie vigne et les sarments, avec la taille de ce qui ne porte pas de fruit ; la comparaison souligne l'inversion des rôles évoquée plus haut.
- Psaume 80 — la vigne transplantée dont la clôture a été rompue et que les passants pillent : l'image de la haie forcée.
- Cantique 1, 6 — « ma vigne à moi, je ne l'ai pas gardée » : la vigne dont on est soi-même le gardien défaillant.
Passages cités : Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 428 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.