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A15Cahiers de 1945 à 1950Chapitre 76Le 7 janvier 1946Parabole vivanteJésus énonce lui-même la morale, explicitement.

Parabole de la plante transplantée

Cahiers de 1945 à 1950 — 7 janvier 1946. La dictée n'est pas pour Maria Valtorta : elle porte en tête la mention « Pour sœur Teresa Cherubina », une religieuse à qui Jésus adresse une direction spirituelle qu'il fera transcrire. Il entre en matière sans un mot d'introduction, par une plante fleurie.
Les Cahiers de 1945 à 1950, chapitre 76

Le récit

Une plante fleurie est apparue à un endroit donné — que chacun pense à la fleur qu'il préfère. Mais le lieu où elle est née ne lui convenait pas : certaines plantes veulent du soleil et d'autres la pénombre, certaines des terres maigres et d'autres des terres grasses, certaines des roches où agripper leurs racines, quand pour d'autres un seul caillou est un malheur. Celle-ci a poussé sur un sol qui ne lui était pas propice, et c'est uniquement par bonté du Seigneur qu'elle a pu vivre jusqu'à ce jour, prospérer même, et fleurir. Le bon Père a fait pleuvoir sur elle des rosées spéciales, poussé tout à côté un arbuste à larges feuilles pour adoucir le soleil, apparaître un peu d'herbe autour du rejet pour abriter ses racines de la chaleur : « grâce au sacrifice de cette humble herbe, il protégeait cette superbe fleur ».

Un jour, le divin Cultivateur vient à passer. Son verdict est immédiat : la plante est belle, mais elle serait plus belle nourrie par un autre terrain, et se dire « Elle a vécu jusqu'ici et elle vivra encore » serait « tenter le ciel ». Il la déracinera donc pour l'emmener ailleurs, « pour faire les délices de Dieu ». Il se penche, prend ses outils et se met au travail « avec amour pour ne pas la faire souffrir ».

La plante gémit tout de même : « Aïe, Aïe ! Tu vas me faire mourir ! Je ne veux pas mourir ! » Non, répond-il : libérée de cette terre aride et pierreuse qui blesse ses racines, elle aura plus de force pour vivre. Les cailloux, plus nombreux que la terre, empêchent les racines de descendre chercher la bonne nourriture ; or « plus ses racines s'enfoncent humblement dans l'obscurité et le silence, plus la fleur est belle, là-haut, sur sa tige ». Et il conclut : « D'un côté se trouve le travail, de l'autre la gloire. Mais il ne peut y avoir de gloire sans travail. »

Second grief de la plante : on l'arrache d'un lieu où elle s'est acclimatée, où tous la connaissent — « le petit oiseau qui fait son nid dans l'arbuste, le lézard qui se chauffe à mes pieds, et un papillon blanc qui, comme le lézard, vient chaque jour me raconter ce qui se passe alentour et même plus loin ». Elle craint de dépérir en des lieux inconnus. Là où elle va, répond le Cultivateur, il n'y a pas un oiseau qui chante mais mille, et des plates-bandes à profusion. « Laisse tomber les papillons légers et les lézards rampants. Que peuvent-ils donc te raconter de réellement utile ? Viens, viens avec moi. Dans mon jardin, les anges du Seigneur sont des oiseaux et ils enseignent les paroles saintes. Et je m'y promène en compagnie de ma Mère. »

La plante ne sait plus que dire, mais elle résiste encore par une petite racine glissée dans une fissure de roche. Les mains du Seigneur saignent à force d'écarter la pierre pour l'en libérer. Et la fleur : « Cela me coûte trop. Je n'ai pas envie de mettre à nu cette racine. Enfin, elle est à moi ! personne ne doit la voir. C'est la plus belle de toutes. » C'est une racine présomptueuse, répond-il, la plus forte et la plus néfaste, celle qui a choisi sa propre voie : « Soit tu cèdes, soit je la coupe. Et dans ce cas, tu souffriras vraiment. » La plante refuse de céder. « Clac ! Il prit les ciseaux et coupa la racine orgueilleuse et entêtée », puis il emporta la plante, qui pleurait « de douleur de s'être vue taillée et son caprice dominé », pour la mettre dans sa plate-bande.

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même, qui nomme le genre avant d'expliquer : « C'est là une parabole, ma fille et épouse. Es-tu capable de la méditer et d'en mettre le fruit en pratique ? Je t'aide, parce que je suis le Maître. Écoute-moi. »

Les correspondances tiennent en deux phrases, et elles sont conventuelles : « Mes épouses sont les plantes fleuries. La plate-bande de mon jardin, c'est la Mère prieure, ou l'abbesse, ou encore la supérieure du monastère, du couvent ou de la communauté. » Les plantes sont nées plantes fleuries pour lui, leur volonté les fait siennes — mais il arrive qu'elles gardent leur humanité néfaste, et en particulier « l'humanité des humanités : l'orgueil ». De cela, dit Jésus, « je n'en veux pas ».

Le grief est alors très concret, et sans image :

« Pourquoi vouloir agir toute seule ? Pourquoi, si elle porte le nom de “Mère”, ses filles n'ont-elles pas une confiance absolue en elle ? »

Cahiers de 1945 à 1950, chapitre 76

Ce qu'il faut vaincre est la répugnance à ouvrir son âme tourmentée — ou à rapporter l'admonestation reçue — à la Mère du monastère, « à celle qui joue le rôle de Marie dans votre “petite maison” de Nazareth ». Et l'argument est domestique : « Joseph et moi ne taisions rien à Marie. »

Le destinataire est nommé, et ce n'est pas Maria Valtorta. La dictée est adressée à sœur Teresa Cherubina, tutoyée, à qui Jésus reconnaît d'abord ce qu'elle a déjà donné : « Tu m'as donné toutes les racines qui t'unissaient encore à ton “moi”, à ton passé. Mais il te reste la racine de l'orgueil ; pas chez toi seule, d'ailleurs, mais en toutes les âmes, sauf celles qui sont déjà grandement renouvelées en moi. » Il en cite jusqu'aux paroles intérieures : « Je veux agir de moi-même. Je refuse que l'on connaisse cette admonestation. » Maria Valtorta n'apparaît qu'en fin de chapitre, comme témoin, pour rapporter ce que Jésus lui a dit en souriant après la dictée : « À la fin, c'est moi qui deviens le maître des novices et le directeur spirituel extraordinaire de ce monastère ! »

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

La réprimande passe par le nom de religion. La destinataire s'appelle Cherubina, et Jésus referme l'application sur : « Tu as compris, mon petit ange ? Sinon, tu ne deviendras pas un grand chérubin ! Or je veux que tu le deviennes. » Le nom qu'elle a reçu en entrant devient l'unité de mesure de ce qui lui manque. On remarquera au passage que le chapitre la désigne de deux manières : « sœur Teresa Cherubina » en tête, « sœur Teresa Maria » dans la note finale.

Ce que Dieu défait, c'est ce que Dieu avait fait. Toute la première partie décrit un dispositif de compensation entièrement divin : les rosées spéciales, l'arbuste planté exprès, l'herbe sacrifiée. Puis le divin Cultivateur arrive et juge ce dispositif insuffisant — compter sur lui plus longtemps serait « tenter le ciel ». La providence qui a maintenu la plante en vie devient donc le motif de l'arracher : un sauvetage n'a pas vocation à devenir un régime. Et l'humble herbe, dont le sacrifice a protégé la fleur, est laissée sur place sans un mot.

L'orgueil comme propriété privée. Le détail le plus fort du récit est que la plante ne défend pas un défaut : elle défend sa plus belle racine. « Enfin, elle est à moi ! personne ne doit la voir. C'est la plus belle de toutes. » Ce n'est ni une laideur ni un vice avoué, c'est un bien propre et caché, et c'est aussi la racine la plus forte — celle qui est descendue le plus profond, dans la roche. Or on vient de lui dire que la beauté vient de racines qui s'enfoncent « humblement dans l'obscurité et le silence ». Deux profondeurs, deux obscurités, et rien dans l'image ne permet de les distinguer de l'extérieur : seule leur destination les sépare.

Les mains qui saignent avant les ciseaux. Le Cultivateur se blesse en essayant d'écarter la roche, et c'est la résistance de la plante qui le blesse. La souffrance change donc de camp avant de revenir : d'abord celle du jardinier, ensuite seulement celle de la fleur taillée. Le « Clac ! » est ce qui reste après l'échec de la persuasion — un long dialogue, deux objections patiemment réfutées, une offre laissée ouverte jusqu'au bout (« Soit tu cèdes, soit je la coupe »), puis un geste bref. Le consentement a été demandé longtemps ; il n'a jamais été exigé, et la transplantation a lieu quand même.

Résonances bibliques

  • Jean 15, 1-2 — « Mon Père est le vigneron […] tout sarment qui porte du fruit, il l'émonde pour qu'il porte encore plus de fruit. » Même logique : on coupe ce qui est vivant, pas ce qui est mort.
  • Ézéchiel 17, 22-23 — Dieu prend lui-même une tendre pousse à la cime du cèdre et la transplante sur une haute montagne, où elle porte du fruit. Le geste de la transplantation attribué à Dieu, et présenté comme une promotion.
  • Matthieu 15, 13 — « Toute plante que n'a pas plantée mon Père céleste sera arrachée. » L'arrachage y est un châtiment ; ici, c'est un soin, et c'est le même mot.
  • 1 Samuel 15, 22-23 — « L'obéissance vaut mieux que le sacrifice […] la rébellion vaut le péché de divination. » La racine d'orgueil de la parabole est exactement cette insubordination-là, à l'intérieur d'une vie déjà donnée.
  • Luc 2, 51 — « Il leur était soumis » : la maison de Nazareth que Jésus prend pour modèle du monastère, et où, dit-il, on ne taisait rien à Marie.
  • Cantique 5, 1 — « Je viens dans mon jardin, ma sœur, ma fiancée » : l'Époux qui descend dans son jardin, la plate-bande, le parfum dont il fait ses délices.
Parabole de la plante transplantée — Les paraboles de Jésus