L'arbre qui grandit et fait s'écrouler les murs
Les Cahiers de 1945 à 1950, chapitre 145
Le récit
Un homme a planté un arbre dans un endroit exigu, à l'intérieur d'une enceinte. Tant que l'arbre n'a pas atteint son plein développement, tout va bien : il tient dans « l'enceinte où l'homme l'a placé ».
Puis il pousse, et ses racines deviennent aussi grandes que ses frondaisons. Elles ne peuvent plus rester confinées dans cet endroit étriqué. Elles s'insinuent sous la base des murs à la recherche d'espace, comme les branches l'ont fait en hauteur ; et leur poussée « soulève les murs, les désagrège », les fait s'écrouler.
Restent des brèches. Par elles peuvent entrer des voleurs ou des enfants, pour « dépouiller frauduleusement l'arbre de ses fruits et de ses branches, en le malmenant parfois jusqu'à provoquer sa mort ».
La morale
● Énoncée par Jésus lui-même, sans le moindre intervalle : l'application est soudée à l'image, dans la phrase qui suit immédiatement la chute des murs.
« Dans le cas de l'âme, l'arbre de l'inclination désordonnée aux concupiscences, s'opposant à l'inclination de l'esprit vers sa fin – Dieu –, ouvre une brèche pour Satan et pour le monde, qui s'allient pour séduire le moi imprudent, lui apportant la mort ou la violation, la mutilation, de la belle intégrité de l'esprit. »
Cahiers de 1945 à 1950, chapitre 145
Les murs ont d'ailleurs été nommés juste avant l'image : ce sont « les barrières de la conscience », que les instincts désordonnés finissent par faire tomber une fois qu'ils ont envahi l'homme tout entier. Et l'engrais est nommé aussi : ce sont « les bouchées appétissantes que l'homme imprudent lui accorde », car « chaque compromis avec ce qui est illicite – même s'il est petit et apparemment insignifiant, sans conséquence – prépare des compromis plus graves ». Suit la loi de croissance qui commande toute la parabole : « l'appétit pour les concupiscences se renforce au fur et à mesure que leur saveur perd de son piquant. »
L'issue contraire est donnée dans la même page, et elle est végétale elle aussi : « Si votre bonne volonté, saintement impitoyable, terrassait ces incitations, elles demeureraient stériles, comme des plantes nuisibles desséchées ». La tentation, répète Jésus tout au long du chapitre, n'est pas un péché — « Tentation repoussée, mérite acquis » —, et ce n'est pas d'être tenté qui doit faire peur.
Le destinataire n'est pas Maria Valtorta. C'est l'exception, dans ces dictées. Jésus s'adresse ici à des hommes, au pluriel, qu'il désigne comme « pères et maîtres spirituels, bergers auxquels j'ai confié mes agneaux », et il leur reproche d'avoir troublé celle qu'il appelle « mon petit Jean » — il aurait voulu qu'ils suivent son « exemple de prudence à l'égard du petit enfant que j'ai placé au milieu de vous ». Maria Valtorta est donc dans le texte à la troisième personne, comme l'objet du litige et non comme l'interlocutrice — et la dictée s'ouvre sur la peine que ce détour cause à celui qui la donne : « Pourquoi m'obligez-vous à vous dicter ces mots ? »
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
Le mur ne tombe pas sous un assaut : il est poussé de l'intérieur. C'est le renversement de l'image. L'enceinte n'était pas une prison mais une protection, et rien dans le récit n'est malveillant : l'arbre ne fait que ce que fait un arbre, il grandit. Personne n'a forcé l'enclos. La ruine vient d'une croissance normale dans un lieu trop petit, ce qui déplace entièrement la faute : elle n'est pas d'avoir planté l'arbre — l'inclination est là, elle vient d'Adam —, elle est de l'avoir nourri là où rien ne le contient qu'un mur.
Des voleurs ou des enfants. L'appariement est étrange, et il est délibéré : par la même brèche entrent ceux qui viennent voler et ceux qui viennent jouer, et l'arbre est dépouillé de la même façon. L'application nomme Satan et le monde ; or le monde, dans cette image, n'est pas nécessairement méchant — un enfant qui cueille des fruits ne veut aucun mal. Ce qui est grave n'est pas l'intention de celui qui entre, c'est que la brèche soit ouverte.
Le même rempart revient, mais assiégé. Quelques pages plus loin, l'âme est devenue une place forte, et le mur du jardin un rempart : Satan, qui « n'est jamais un conquérant stupide », ne gaspille pas ses munitions « contre une ville aux remparts déjà écroulés à cause de l'incurie de ses défenseurs ». Les deux images se rejoignent : la brèche a été ouverte avant l'assaut, et c'est l'arbre qui l'a ouverte. D'où la consolation paradoxale du chapitre — « Réjouissez-vous au contraire, vous qui êtes si fortement tourmentés par Satan » : un assaut violent est la preuve que les murs tiennent encore.
Une comparaison portée jusqu'au bout, dans un chapitre qui pense par arbres. Le passage tient en une seule phrase, sans personnage, sans dialogue, et s'ouvre sur « Il en est comme d'un arbre… » : c'est une image développée jusqu'à sa dernière conséquence plutôt qu'une histoire racontée pour elle-même — même si l'enchaînement, lui, est complet et l'état final différent de l'état initial. Il faut dire qu'elle n'est pas seule : le chapitre est hanté par des arbres. Celui du bien et du mal, « autour duquel Lucifer s'enroule » et dont Ève s'est trop approchée ; et celui que citent les contradicteurs en reprochant à Jésus ses propres mots — la tentation « comme un arbre élagué » qui « produit une frondaison plus robuste ». Trois arbres, et une seule question : lequel des trois grandit en nous, et qui tient les ciseaux.
Résonances bibliques
- Jacques 1, 14-15 — « Chacun est tenté par sa propre convoitise qui l'attire et le séduit ; puis la convoitise, ayant conçu, enfante le péché, et le péché, parvenu à son terme, engendre la mort. » La même chaîne de croissance, du facteur interne jusqu'à la mort.
- 1 Jean 2, 16 — « la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux, l'orgueil de la vie » : la formule est citée mot pour mot dans le chapitre, et donne son nom à l'arbre.
- Isaïe 5, 5 — « J'enlèverai sa haie et elle sera broutée, j'abattrai sa clôture et elle sera piétinée. » La même enceinte ouverte et la même vigne pillée, mais c'est Dieu qui y ôte le mur.
- Psaume 80, 13-14 — « Pourquoi as-tu rompu ses clôtures ? Tous les passants du chemin la grappillent. » Les voleurs qui entrent par la brèche.
- Genèse 3, 1-6 — l'arbre du bien et du mal, la conversation avec le Serpent, le fruit cueilli. Le chapitre y revient longuement et détaille sept erreurs successives d'Ève, dont la première est de s'être approchée.
- Hébreux 4, 15 — le grand prêtre « éprouvé en tout, d'une manière semblable, à l'exception du péché » : le verset est cité dans le chapitre, et c'est sur lui que repose toute la réponse aux objecteurs.
Passages cités : Maria Valtorta, Les Cahiers de 1945 à 1950, chapitre 145 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.