Le rosier dans le désert qui attire les abeilles
Les Cahiers de 1945 à 1950, chapitre 151
Le récit
Un désert aride, où l’on ne trouve « aucune fleur au suc doux et sain » mais seulement des plantes toxiques et sans fleurs. Là naît un rosier, et il se couvre de corolles qui embaument l’air.
Le vent porte la nouvelle. Les abeilles sauvages — celles qui vivent dans les rochers ou dans des troncs d’arbres morts — viennent vers ces roses, parce que le vent leur a indiqué qu’elles sont apparues, riches de sucs parfumés, « là où il n’y avait que des mauvaises herbes, amères, rares et venimeuses ». Elles sont heureuses de pouvoir recueillir du bon miel « sans devoir aller trop loin pour les chercher ».
La morale
● Énoncée par Jésus lui-même, sans délai : l’image tient en un paragraphe et la phrase suivante l’applique — « Il en va de même des âmes. »
Une âme qui appartient à Jésus fleurit à un endroit et y « dégage un parfum de moi » ; alors viennent « les pauvres âmes qui ont grand besoin de douceur, de lumière, de réconfort, de nourriture ». Et celle qui porte ce parfum doit faire comme le rosier né dans le désert : « se laisser sucer le doux cœur, donner ce que le Créateur lui a donné. »
Suit la raison de fond, qui déplace entièrement le mérite :
« Ce que vous donnez, c’est encore moi, parce que vous êtes totalement données à moi au point de ne plus exister pour vous-mêmes, mais parce que j’existe. […] Vous êtes des amphores qui dégagent le parfum qui vous emplit, des voiles qui enveloppent la lumière mais sans la cacher. Les âmes vous parlent pour me parler. Laissez-les venir. »
Cahiers de 1945 à 1950, chapitre 151
Jésus prévient aussitôt l’objection pratique : « Tu vas dire : “Elle doit donc voir les gens ?” Non, mon âme. Aujourd’hui moins que jamais. » Le rosier attire, il n’ouvre pas sa porte. La consigne est de discerner « ceux qui en ont besoin des simples curieux », de laisser dehors « leurs enquêtes, leurs prétextes, leurs lettres sans la moindre sincérité », et d’ouvrir « non pas ta maison, mais ton cœur ».
Le destinataire est nommé, au milieu de la phrase. « Maria, c’est moi qui vis en vous, mes chères âmes victimes et servantes de l’amour. » Le tutoiement ne quitte plus le chapitre : trois interdits — « ne t’étonne pas, ne te trouble pas, ne t’enorgueillis pas. Ce sont trois choses inutiles, et la dernière est nuisible » —, puis le rappel que l’attraction ne vient pas d’elle, « car si cela arrive, c’est parce que je vis en toi et non grâce à tes vertus personnelles ». Le chapitre se ferme sur une béatitude taillée pour une seule personne : « mon agnelle qui te laisse conduire, tondre et immoler par ton Jésus sans résistance. Tu es la brebis la plus docile du Pasteur. […] Bienheureuse es-tu, mon âme. »
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
Une image sans personnage et sans décision. Rien n’y est choisi : le rosier naît, il fleurit, le vent parle, les abeilles viennent. Aucun des cinq termes n’a de volonté, et le récit n’a ni retournement ni fin. C’est un enchaînement de causes naturelles plutôt qu’une histoire — et c’est exactement ce que la leçon demande : il n’est rien exigé du rosier sinon d’être ce qu’il est et de se laisser prendre. « Il est naturel que ton parfum attire. »
Le désert n’est pas assaini. L’image ne dit à aucun moment que les plantes toxiques reculent, ni que le lieu redevient fertile. Le rosier ne change pas le désert : il y ajoute un point où l’on trouve du miel. Les abeilles elles-mêmes viennent d’endroits morts — les rochers, les troncs d’arbres secs — et elles y retourneront. L’économie du texte est celle d’un ravitaillement, pas d’une restauration.
La fleur et le coquillage. Deux images se succèdent à quelques lignes d’écart et se contredisent presque : d’abord le rosier qui se laisse « sucer le doux cœur », ouverture sans réserve ; puis l’ordre de se refermer « comme une valve d’huître perlière sur la perle qui est en toi ». Ce n’est pas une hésitation : c’est le partage entre ceux qui ont besoin et ceux qui veulent savoir. Mais le chapitre ne fournit aucun critère pour distinguer les uns des autres, sinon la Lumière déjà présente — « Sache discerner. Tu le peux puisque la Lumière est en toi. »
Une restriction datée. « Aujourd’hui moins que jamais » : la clause vaut pour un moment précis, non pour toujours, et le texte ne l’explique pas. Ce qui affleure ailleurs dans le chapitre — les enquêtes, les prétextes, les lettres sans sincérité, les hommes et Satan qui « font obstacle » — indique une situation concrète en 1947 plus qu’une doctrine sur la clôture. La parabole du rosier, elle, ne prévoyait aucune porte.
Résonances bibliques
- Isaïe 35, 1-2 — « le désert et la terre aride se réjouiront, la steppe exultera et fleurira » : le lieu stérile qui se couvre de fleurs, avec la même absence de cause naturelle.
- Siracide 24, 14 — la Sagesse « comme un plant de rose de Jéricho », et l’invitation à exhaler un parfum : l’image du parfum comme mode de présence divine.
- 2 Corinthiens 2, 14-16 — « il répand par nous en tout lieu le parfum de sa connaissance […] nous sommes la bonne odeur du Christ » : c’est mot pour mot le mécanisme du chapitre, y compris le fait que le parfum ne vient pas du porteur.
- Galates 2, 20 — « ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » : la fusion que Jésus décrit ici en termes d’absorption, « le plus grand […] a absorbé le plus petit ».
- Matthieu 7, 6 — « ne donnez pas aux chiens ce qui est saint, ne jetez pas vos perles devant les pourceaux » : l’huître qui se referme sur sa perle dit la même réserve.
- Matthieu 5, 3-9 — la forme des béatitudes, reprise à la dernière ligne du chapitre pour une liste inédite : « Bienheureux les doux, les obéissants, les généreux, ceux qui sont abandonnés au Seigneur pour le salut du monde. »
Passages cités : Maria Valtorta, Les Cahiers de 1945 à 1950, chapitre 151 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.