Parabole de la grenade
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 484
Le récit
La scène précède l'image. Traqué, Jésus contourne la ville avant l'aube ; elle l'attend quand même. Les notables le supplient de rester : ils ne sont pas dupes de leur propre sanctuaire, disent-ils, mais ils ne le sont pas davantage de celui d'en face, et ils avancent un argument que Jésus ne réfute pas — chez eux, au moins, on ne livre pas les gens. Un enfant, voyant les autres recevoir du miel et du raisin, court au verger et revient les bras contre la poitrine, portant trois grenades superbes. Jésus en ouvre deux, les partage, garde la troisième à la main et se lève pour parler.
Le fruit fermé promet déjà sa douceur ; ouvert, il aligne ses grains serrés comme des pierres précieuses dans un coffre. Mais qu'on le morde sans précaution, à travers les membranes qui compartimentent la pulpe, et l'amertume est telle qu'on le recrache en le croyant vénéneux. Ce n'est pas le fruit qui est mauvais : ce sont les cloisons. Elles ne servent à rien, sinon à rétrécir l'espace, à comprimer et à faire mal. Et il suffit de la main d'un enfant pour les ôter.
La morale
● Énoncée par Jésus lui-même.
Elle l'est deux fois, et sans détour. D'abord par l'application immédiate : les haines entre peuples, entre provinces, entre tribus sont exactement ces membranes — elles rendent poison ce qui avait été créé pour être douceur. Ensuite par le rappel des origines : Dieu n'a pas façonné autant de couples premiers qu'il y a de races ennemies, mais un seul, dont l'humanité s'est répandue comme une maison qui ajoute des pièces à mesure que les enfants grandissent.
Le tranchant est ailleurs. Les Samaritains venaient de se féliciter de leur cohésion : nous savons rester unis entre nous. Jésus refuse le compliment.
« Ce n'est pas assez. Vous devez aimer également ceux qui ne sont pas samaritains. »
EMV 484.6
Puis vient la promesse que les cloisons ne sont pas indestructibles :
« La bonne volonté les supprime, comme la main d'un enfant enlève ces cloisons amères. »
EMV 484.6
Le commandement est formulé pour finir en toutes lettres : que les hommes s'aiment comme des frères, puisqu'ils le sont.
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
L'enfant est déjà l'interprétation. Personne n'a demandé ce fruit ; il arrive par gourmandise et par imitation. Or c'est la main enfantine que la parabole désignera comme le seul outil capable de démonter les séparations. Le geste précède l'image qu'il servira à illustrer, et Valtorta ne relève pas la coïncidence.
Une parabole prêchée du mauvais côté de la frontière. L'auditoire est schismatique, et Jésus ne lui demande ni de rejoindre le Temple ni d'abjurer le Garizim : il lui demande d'aimer ceux qui le méprisent. Le désaveu des prêtres, ce jour-là, ne vient pas de lui mais de ses hôtes — il ne l'approuve pas et ne le contredit pas.
Une phrase qui reste en suspens. Un notable lui lance que l'amour ne lui viendra pas des Juifs. Le chapitre se situe à quelques jours de la Passion, et Jésus, qui répond point par point sur tout le reste, laisse celle-là sans réponse.
Résonances bibliques
- Jean 4, 20-24 — la Samaritaine : ni sur cette montagne ni à Jérusalem, mais en esprit et en vérité. Même géographie, même refus de trancher la querelle des sanctuaires en la déplaçant plus haut.
- Jean 13, 34 — « Aimez-vous les uns les autres » : le commandement énoncé ici l'est dans les mêmes termes, mais devant des étrangers et non devant les Douze.
- Exode 23, 2-9 — les préceptes que les notables citent eux-mêmes : ne pas suivre la foule pour mal faire, ne pas condamner l'innocent, refuser les présents qui aveuglent, ne pas opprimer l'étranger.
- Deutéronome 27, 12 — le Garizim comme montagne des bénédictions, argument central de leur plaidoyer.
Passages cités : Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 484 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.