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106Troisième année de vie publiqueChapitre 600Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.Jn 16, 21×1,2

Parabole de la femme qui enfante

Troisième année de vie publique — Jérusalem, le soir du Jeudi saint, au Cénacle, après la Cène pascale et l'institution de l'Eucharistie ; devant les onze, dans le long discours d'adieu qui précède la sortie vers Gethsémani.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 600

Le récit

C'est la plus courte de toutes, et Jésus l'annonce pour ce qu'elle est :

« Vous murmurez entre vous et dans votre cœur. Ecoutez une parabole, la dernière de votre Maître. »

EMV 600.35

Quand une femme a conçu et que vient l'heure d'enfanter, elle est dans une grande affliction : elle souffre et elle gémit. Mais une fois l'enfant né, une fois qu'elle le serre sur son cœur, toute peine cesse et sa douleur se change en joie — parce qu'un homme est venu au monde.

Il n'y a pas d'intrigue, pas de personnages à démêler, pas de retournement à interpréter. Une seule expérience humaine, universellement connue, où la douleur n'est pas supprimée après coup mais convertie par ce qu'elle produit.

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même, immédiatement et sans détour.

L'application suit la comparaison dans la même phrase :

« Vous de même, vous pleurerez et le monde se gaussera de vous. Mais ensuite votre tristesse se changera en joie, une joie que le monde ne connaîtra jamais. Vous êtes maintenant dans la tristesse, mais quand vous me reverrez, votre cœur se réjouira et personne ne pourra vous ravir votre joie. »

EMV 600.35

La leçon n'est pas la consolation ordinaire — « après la pluie le beau temps ». Le verbe est se changer : la même douleur devient la joie, comme le travail de l'enfantement devient l'enfant. Rien n'est effacé, tout est transformé.

Jésus tire ensuite deux conséquences pratiques. La joie sera si pleine qu'elle éteindra jusqu'au besoin de demander quoi que ce soit — « vous vous repaîtrez seulement de ma vue, oubliant toute autre chose ». Et à partir de là, la prière est exaucée sans réserve : « Demandez, et vous recevrez. »

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Une parabole en réponse à un murmure. Elle ne naît pas d'une question posée mais d'un malaise non formulé : « Vous murmurez entre vous et dans votre cœur. » Jésus répond à ce qui n'a pas été dit. C'est la situation inverse de la plupart des paraboles, provoquées par une objection ou une demande explicite.

La dernière image est une naissance. Quelques heures avant d'être livré, Jésus choisit, pour clore trois ans d'enseignement en paraboles, non pas une image de moisson, de jugement ou de royaume, mais celle d'une femme qui accouche. La série qui s'était ouverte sur un roi et son cheval se referme sur une chambre d'accouchée.

Le seul rôle féminin en position de sujet. Dans le corpus des paraboles, les femmes sont rares et généralement secondaires — les dix vierges qui attendent, la femme qui balaie sa maison pour retrouver sa drachme, la veuve qui harcèle un juge. Ici, la femme n'attend ni ne cherche : elle produit. Et c'est aux Onze qu'il est dit qu'ils lui ressembleront.

Ce que la parabole ne dit pas. Elle s'arrête à la joie de la mère et n'évoque jamais l'enfant pour lui-même. Si l'on prolongeait l'image — ce que le texte se garde de faire —, il faudrait demander ce qui naît de cette douleur-là ; la réponse serait l'Église, dont Jésus vient précisément de dire qu'elle recevra le Paraclet. Le texte laisse le rapprochement disponible sans l'énoncer.

L'aveu qui suit. Les apôtres s'exclament aussitôt : « Maintenant, tu t'expliques ! Vraiment, tu viens de Dieu ! » Et Jésus leur répond avec une lassitude désarmante : « Vous croyez à présent ? À la dernière heure ? Cela fait trois ans que je vous parle ! » Puis il annonce dans la foulée qu'ils vont se disperser et le laisser seul. La dernière parabole est comprise — et la compréhension n'empêchera rien.

Le texte évangélique

Traduction de l'abbé Augustin Crampon (1923), dans le domaine public. Les passages ci-dessous sont ceux dont la parabole valtortienne est le parallèle.

Jean 16, 21 — la femme qui enfante

21 La femme, lorsqu'elle enfante, est dans la souffrance parce que son heure est venue ; mais lorsqu'elle a donné le jour à l'enfant, elle ne se souvient plus de ses douleurs, dans la joie qu'elle a de ce qu'un homme est né dans le monde.

L'écart avec l'Évangile

L'ampleur

Un seul verset est cité ci-dessus, mais le morceau valtortien recouvre en réalité tout Jean 16, 20-24 : la comparaison et son application. Contre ces cinq versets — 832 caractères chez Crampon — l'EMV en aligne 997, soit 1,2 fois plus. Autant dire rien. L'image de la femme prise seule est plus serrée encore : 281 caractères contre 235. Ici l'Œuvre ne développe pas, elle recopie. C'est le régime des grandes allégories johanniques, et il faut le dire franchement : la reprise est quasi littérale, verset après verset, dans l'ordre. Ce qui s'ajoute tient en trois lignes ; ce qui se déplace tient en quelques mots — mais ces quelques mots comptent.

La scène

Jean ne dit ni l'heure ni le lieu, et ne nomme aucun auditeur. L'Œuvre place la parabole au Cénacle, le soir du Jeudi, après la Cène pascale et l'institution de l'Eucharistie, Judas parti depuis longtemps sur son « Adieu, Maître. Adieu, mes amis. » ([600.17]).

Debout, sur le seuil. Elle la fait dire debout : Jésus a déjà donné l'ordre du départ — « C'est l'heure de partir. Levez-vous, et écoutez mes ultimes paroles. » ([600.30]) — et tout ce qui suit, la vigne, les sarments, puis la femme qui enfante, se dit sur le seuil, manteaux à portée de main.

Ce qui précède immédiatement, c'est l'annonce du Paraclet et la phrase énigmatique « Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus. Puis encore un peu, et vous me reverrez. » ([600.34]).

Ce qui est ajouté

D'abord le mot lui-même et son rang : « Ecoutez une parabole, la dernière de votre Maître. » Jean n'annonce rien, il enchaîne directement sur « La femme, lorsqu'elle enfante » ; l'Œuvre pose une étiquette et un ordinal, et fait de ce paragraphe une clôture.

Ensuite l'image commence plus tôt : Crampon part de l'accouchement, l'EMV part de la conception — « Quand une femme a conçu et arrive à l'heure de l'enfantement ».

Puis un geste : là où Crampon dit seulement « lorsqu'elle a donné le jour à l'enfant », l'EMV ajoute « qu'elle le serre sur son cœur » — la joie n'est plus attachée à un fait mais à un contact.

Enfin, et c'est le plus net, l'Œuvre donne une cause à ce que Jean se contente de constater : au « En ce jour-là, vous ne m'interrogerez plus sur rien » du verset 23 correspond « Elle sera si grande qu'elle estompera tout besoin de demander, que ce soit pour l'esprit, pour le cœur ou pour la chair. Vous vous repaîtrez seulement de ma vue, oubliant toute autre chose. » On ne cessera pas d'interroger par discipline : la vue rassasiera.

Ce qui est changé

Quatre endroits, tous minuscules et tous parlants.

Le premier est au cœur de l'image. Chez Crampon la mère « ne se souvient plus de ses douleurs » — la peine est effacée par l'oubli ; dans l'EMV « toute peine cesse, et sa douleur se change en joie » — la peine n'est pas oubliée, elle devient la joie. Toute la morale de la parabole tient dans ce verbe.

Le deuxième. Crampon fonde la souffrance sur l'heure — « est dans la souffrance parce que son heure est venue » ; l'Œuvre déplace l'heure dans le décor et remplace la cause par les symptômes — « elle est dans une grande affliction, car elle souffre et gémit ».

Le troisième. Au verset 20, « vous pleurerez et vous vous lamenterez, tandis que le monde se réjouira » ; dans l'EMV, « Vous de même, vous pleurerez et le monde se gaussera de vous. » Le monde ne se réjouit plus de son côté, il rit d'eux — la joie devient moquerie, et elle est dirigée.

Le quatrième est le plus discret. Au verset 22, « mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira » — c'est Jésus qui revoit les siens ; dans l'EMV, « quand vous me reverrez, votre cœur se réjouira » — ce sont eux qui le revoient. Le sujet du revoir a changé de camp.

Ce qui tombe

Le dialogue qui amène l'image chez Jean disparaît comme dialogue : les disciples qui se demandent entre eux « Que signifie cet encore un peu de temps ? Nous ne savons ce qu'il veut dire. » (v. 18) ne parlent pas dans l'Œuvre ; leur perplexité est lue au lieu d'être entendue — « Vous murmurez entre vous et dans votre cœur. » Tombe aussi le reproche du verset 24, « Jusqu'à présent vous n'avez rien demandé en mon nom » : l'EMV garde la promesse et laisse le grief. Tombent enfin les deux « En vérité, en vérité, je vous le dis » des versets 20 et 23, et le motif du départ, « parce que je vais à mon Père », que l'annonce valtortienne du « encore un peu de temps » n'a pas retenu.

La pointe

Même doctrine, autre atterrissage. Crampon finit sur la joie : « demandez, et vous recevrez, afin que votre joie soit parfaite. » L'EMV intervertit les deux membres et finit sur l'ordre : « il vous l'accordera, afin que votre joie soit parfaite. Demandez, et vous recevrez. » Le dernier mot du Maître à ses apôtres n'est plus une promesse mais un impératif. Et dans l'image elle-même, le déplacement est du même ordre : Jean console une femme en lui promettant l'oubli, l'Œuvre lui promet que sa douleur sera l'étoffe de sa joie.

Ampleur ×1,2 — Écarts : mobile ajouté · pointe déplacée · quasi littérale

Résonances bibliques

  • Jean 16, 21-22 — le texte johannique de cette parabole, dans le même discours d'adieu et dans les mêmes termes : « La femme, lorsqu'elle enfante, est dans la douleur… »
  • Isaïe 26, 17-19 — la femme en travail comme figure d'Israël dans l'épreuve, suivie de l'annonce de la résurrection des morts.
  • Isaïe 66, 7-14 — Sion qui enfante, et la promesse : « Vous verrez, et votre cœur se réjouira. » La reprise est presque littérale.
  • Romains 8, 22-23 — la création tout entière qui « gémit dans les douleurs de l'enfantement » : la même image élargie au cosmos.
  • Apocalypse 12, 1-5 — la femme qui crie dans les douleurs de l'accouchement, et l'enfant enlevé vers Dieu.
  • Genèse 3, 16 — les douleurs de l'enfantement comme conséquence de la faute : la parabole en retourne le signe, la peine devenant la matrice de la joie.
Parabole de la femme qui enfante — Les paraboles de Jésus