Parabole des brebis et des boucs
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 596
Le récit
Le tableau s'ouvre par la résurrection des corps — « une multitude infinie de corps rendus par la terre et la mer et recomposés après avoir été poussière pendant si longtemps » — chaque chair retrouvant sur son squelette l'esprit qui l'animait autrefois. Tous se tiennent debout devant le Fils de l'homme, assis sur le trône de sa gloire et soutenu par ses anges.
Il sépare alors les bons des mauvais, « comme un berger sépare les brebis des boucs », les uns à droite, les autres à gauche.
Aux premiers, d'une voix douce : venez, les bénis de mon Père, prenez possession du Royaume préparé pour vous depuis l'origine du monde — j'ai eu faim, soif, j'ai été pèlerin, nu, malade, prisonnier, et vous m'avez secouru. Les justes s'étonnent : quand donc ? Réponse :
« En vérité, je vous le dis : quand vous avez agi de la sorte à l'égard du plus humble de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. »
EMV 596.50
Aux seconds, d'un air sévère, « son regard sera comme une flèche qui foudroiera les réprouvés » : allez au feu éternel, j'ai eu faim et vous ne m'avez pas nourri — « car vous n'aviez qu'une loi : votre plaisir égoïste ».
Et c'est ici que le récit s'écarte de sa source. Les réprouvés ne se contentent pas de demander « quand ? » : ils présentent une défense.
« Quand t'avons-nous vu affamé, assoiffé, nu, pèlerin, malade, prisonnier ? En vérité, nous ne t'avons pas connu. Nous n'étions pas là au moment où tu étais sur la terre. »
EMV 596.50
Jésus concède le fait, puis le retourne : c'est vrai, vous n'étiez pas là — mais vous avez connu ma parole, et vous avez eu parmi vous des pauvres, des affamés, des prisonniers. Pourquoi ne les avez-vous pas traités comme vous m'auriez peut-être traité ? Et il ajoute, contre l'excuse même :
« Car il n'est pas dit que ceux qui ont eu le Fils de l'homme parmi eux aient été miséricordieux envers lui. »
EMV 596.50
La morale
● Énoncée par Jésus lui-même, deux fois — une fois pour chaque groupe, et sous la forme de l'identification du Christ au pauvre. La sentence finale est reprise de Matthieu presque mot pour mot : « ceux-là iront à l'éternel supplice alors que les justes entreront dans la vie éternelle. » Le chapitre la referme sur trois mots de Jésus à ses apôtres : « Tel est l'avenir… »
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
Les réprouvés plaident, et c'est tout l'ajout. Chez Matthieu, les deux groupes posent la même question — « quand t'avons-nous vu ? » — et la symétrie est parfaite. Ici elle est rompue : les justes s'étonnent, les damnés argumentent. Leur défense est même la meilleure possible : nous sommes nés trop tard, l'occasion ne nous a pas été offerte. Le jugement cesse d'être une proclamation pour devenir un procès contradictoire, où l'accusé a la parole.
L'objection est accueillie avant d'être écartée. « C'est vrai, vous ne m'avez pas connu, car vous n'étiez pas là quand j'étais sur la terre. » Le Juge commence par donner raison. C'est le seul endroit du tableau où quelqu'un obtient gain de cause sur un point de fait — et cela ne change rien, parce que la question n'était pas là.
La contemporanéité ne sauve personne. « Il n'est pas dit que ceux qui ont eu le Fils de l'homme parmi eux aient été miséricordieux envers lui » : la phrase n'a aucun équivalent dans Matthieu, et elle est prononcée le mercredi saint, à des hommes qui ont vécu trois ans avec lui, deux jours avant que l'un le vende et que les autres s'enfuient. Elle retire d'avance à ses propres apôtres le bénéfice d'avoir été là.
Le motif de la condamnation est nommé. Matthieu se contente de l'omission. Ici, elle a une cause — « vous n'aviez qu'une loi : votre plaisir égoïste » — et la peine est ajustée à cette cause : « Allez et brûlez dans votre égoïsme. Allez, et que les ténèbres et le gel vous enveloppent, puisque vous avez été ténèbres et gel, tout en sachant où était la Lumière et le feu de l'Amour. » Le châtiment n'est plus infligé : il est la prolongation de ce qu'on a été.
Le corps est là dès le début. Matthieu place le Fils de l'homme sur son trône et rassemble « toutes les nations », sans dire d'où elles viennent. Le chapitre s'ouvre au contraire sur la reconstitution physique des ressuscités, et le passage précédent en donnait la raison : le pécheur doit se présenter « dans son intégralité… comme il a péché avec tout son être ». Le jugement des œuvres corporelles requiert des corps.
Le texte évangélique
Traduction de l'abbé Augustin Crampon (1923), dans le domaine public. Les passages ci-dessous sont ceux dont la parabole valtortienne est le parallèle.
Matthieu 25, 31-46 — les brebis et les boucs
31 " Lorsque le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, il s'assiéra sur le trône de sa gloire.
32 Et, toutes les nations étant rassemblées devant lui, il séparera les uns d'avec les autres, comme le pasteur sépare les brebis d'avec les boucs.
33 Et il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche.
34 Alors le Roi dira à ceux qui sont à sa droite : Venez, les bénis de mon Père : prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès l'origine du monde.
35 Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger, et vous m'avez recueilli ;
36 nu, et vous m'avez vêtu ; malade, et vous m'avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi.
37 Les justes lui répondront : Seigneur, quand vous avons-nous vu avoir faim, et vous avons-nous donné à manger ; avoir soif, et vous avons-nous donné à boire ?
38 Quand vous avons-nous vu étranger, et vous avons-nous recueilli ; nu, et vous avons-nous vêtu ?
39 Quand vous avons-nous vu malade ou en prison, et sommes-nous venus à vous ?
40 Et le Roi leur répondra : En vérité, je vous le dis, toutes les fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait.
41 S'adressant ensuite à ceux qui seront à sa gauche, il dira : Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel, qui a été préparé pour le diable et ses anges.
42 Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ;
43 j'étais étranger, et vous ne m'avez pas recueilli ; nu, et vous ne m'avez pas vêtu ; malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité.
44 Alors eux aussi lui diront : Seigneur, quand vous avons-nous vu avoir faim ou soif, ou être étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, et ne vous avons-nous pas assisté ?
45 Et il leur répondra : En vérité, je vous le dis, chaque fois que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces plus petits, c'est à moi que vous ne l'avez pas fait.
46 Et ceux-ci s'en iront à l'éternel supplice, et les justes à la vie éternelle. "
L'écart avec l'Évangile
L'ampleur. 2 025 caractères chez Crampon, 3 465 dans l'EMV — une fois et sept dixièmes. Mais la moyenne ment, parce que le supplément n'est pas réparti. L'adresse aux bénis fait 365 caractères contre 387 aux versets 34-36 : elle est plus courte que sa source. L'échange avec les justes fait 466 caractères contre 491 : plus court aussi. Tout le gonflement tient à deux endroits — le préambule sur la résurrection des corps, 459 caractères qui n'ont aucune contrepartie, et l'échange avec les réprouvés, 1 049 caractères contre les 325 des versets 44-45, plus de trois fois. L'Œuvre abrège le côté droit et développe le côté gauche.
La scène. Crampon ne dit ni le jour, ni l'heure, ni le lieu. Ici on est le mercredi saint au soir : « Ils s'asseyent sur une pente du mont des Oliviers, en face du Temple rosi par le soleil couchant. » Pierre avait demandé un entretien privé — « Viens à part et explique-nous quand se réalisera ta prophétie sur la destruction du Temple » — et Jésus avait refusé le huis clos : « Nous n'avons pas besoin de nous mettre à l'écart. » L'auditoire est donc les Douze plus tous les disciples restés sur la pente. Le tableau vient après le figuier, le déluge et le serviteur préposé à la nourriture de la maison, et surtout après une phrase qui l'explique d'avance : le pécheur impénitent « revêtira sa chair ressuscitée pour se présenter dans son intégralité au Jugement final comme il a péché avec tout son être durant sa vie terrestre ». Il s'arrête net, sur une phrase suspendue — « Tel est l'avenir… » — puis Jésus congédie tout le monde : « Partez maintenant. »
Ce qui est ajouté. Crampon écrit « toutes les nations étant rassemblées devant lui » sans dire d'où elles sortent ; l'EMV le dit : « une multitude infinie de corps rendus par la terre et la mer et recomposés après avoir été poussière pendant si longtemps », et « A chaque chair revenue sur les squelettes correspondra l'esprit qui l'animait autrefois. » Les anges de Crampon accompagnent — « et tous les anges avec lui » — ; ici ils portent le siège : le Fils de l'homme est « assis sur le trône de sa gloire et soutenu par ses anges ». Crampon dit deux fois « il dira », sans timbre ; l'EMV donne les deux voix, « de sa douce voix, il dira avec bienveillance » d'un côté, de l'autre « son regard sera comme une flèche qui foudroiera les réprouvés, et dans sa voix tonnera la colère de Dieu ». Les élus reçoivent un visage — « paisibles et rayonnants d'une beauté glorieuse dans la splendeur d'un corps saint » — et l'omission des autres reçoit une cause, que Crampon ne cherche pas : « car vous n'aviez qu'une loi : votre plaisir égoïste ». Enfin, là où le verset 44 ne laisse aux réprouvés qu'une question, l'EMV leur donne une plaidoirie : « En vérité, nous ne t'avons pas connu. Nous n'étions pas là au moment où tu étais sur la terre. » Ils empruntent pour cela le « En vérité » qui, chez Matthieu, n'appartient qu'au Juge. Toute la réponse est ajoutée elle aussi : la concession, puis « vous avez connu ma parole », puis les pauvres réels — « des pauvres, des gens affamés, assoiffés, nus, malades, prisonniers » —, puis la question « Pourquoi ne les avez-vous pas traités comme vous m'auriez peut-être traité, moi ? », dont le peut-être refuse aux damnés jusqu'à leur charité hypothétique, et enfin : « Car il n'est pas dit que ceux qui ont eu le Fils de l'homme parmi eux aient été miséricordieux envers lui. »
Ce qui est changé. Les six œuvres sont les mêmes et, du côté des justes, dans le même ordre ; deux d'entre elles seulement sont retouchées. Le « j'étais étranger, et vous m'avez recueilli » devient « j'ai été pèlerin et vous m'avez hébergé », et « en prison, et vous êtes venus à moi » devient « prisonnier et vous êtes venus me réconforter » : la visite est déjà un réconfort. Mais dans le réquisitoire, l'ordre casse. Crampon garde l'étranger avant le nu — « j'étais étranger, et vous ne m'avez pas recueilli ; nu, et vous ne m'avez pas vêtu » —, l'EMV les intervertit : « j'ai été nu et vous ne m'avez pas vêtu, j'ai été pèlerin et vous m'avez repoussé ». Et le verbe déplacé n'est plus une négation : « vous m'avez repoussé » est un acte là où Crampon n'accuse qu'un manque. La récitation des réprouvés suit le nouvel ordre — « affamé, assoiffé, nu, pèlerin, malade, prisonnier » — tandis que celle des justes gardait l'ancien : la symétrie des deux listes, parfaite chez Matthieu, est rompue de l'intérieur. Le feu change aussi de destinataires : chez Crampon il « a été préparé pour le diable et ses anges », pour eux seuls ; ici il est « préparé par la colère de Dieu pour le démon et les anges de ténèbres, et pour ceux qui ont écouté leur voix de la triple passion obscène » — les hommes y sont inscrits d'avance, et le feu a un auteur nommé. Ce feu se double d'ailleurs de son contraire : « que les ténèbres et le gel vous enveloppent ». Enfin, la solennité passe d'un camp à l'autre. Le « En vérité, je vous le dis » que Matthieu met dans les deux verdicts est ici réservé aux justes ; la sentence contre les damnés le perd et gagne un autre mot : « Ce que vous n'avez pas fait à l'un de mes plus humbles frères, c'est à moi que vous l'avez refusé, à moi, le premier-né des hommes. » L'omission est requalifiée en refus.
Ce qui tombe. Peu de chose, et toujours du côté des réprouvés. Les « nations » disparaissent : il n'y a plus de peuples devant le trône, seulement des corps. Le « En vérité, je vous le dis » du verset 45 tombe. Et surtout la fin du verset 44 : chez Matthieu, les damnés protestent qu'ils ont servi — « et ne vous avons-nous pas assisté ? » ; ici ils ne prétendent rien de tel, ils plaident l'absence. La ligne de défense n'est plus le mérite, c'est l'alibi.
La pointe. La sentence finale est reprise presque mot pour mot — « Et ceux-là iront à l'éternel supplice alors que les justes entreront dans la vie éternelle », pour « Et ceux-ci s'en iront à l'éternel supplice, et les justes à la vie éternelle » —, mais ce qui la précède l'a changée de nature. Chez Matthieu, la peine est infligée du dehors. Ici elle est ce qu'on était : « Allez et brûlez dans votre égoïsme. Allez, et que les ténèbres et le gel vous enveloppent, puisque vous avez été ténèbres et gel, tout en sachant où était la Lumière et le feu de l'Amour. » Et l'identification du Christ au pauvre, que Crampon énonce comme un verdict, est ici posée comme un reproche en forme de question : « Ne saviez-vous pas que je suis dans mes frères, et que je suis présent là où souffre l'un d'eux ? » Le jugement de Matthieu apprend quelque chose aux jugés ; celui-ci leur rappelle qu'ils le savaient.
Ampleur ×1,7 — Écarts : mobile ajouté · détail technique · pointe déplacée
Résonances bibliques
- Matthieu 25, 31-46 — l'unique version évangélique : le trône de gloire, la séparation du berger, les six œuvres, l'identification au plus petit des frères, la double sentence finale. La plaidoirie des réprouvés et la réponse qui leur est faite sont propres à cette version.
- Ézéchiel 34, 17. 20-22 — « je vais juger entre brebis et brebis, entre les béliers et les boucs » : la source vétérotestamentaire de l'image.
- Joël 4, 12 ; Daniel 12, 2 — la vallée du Jugement, et le réveil de « ceux qui dorment dans la poussière de la terre », les uns pour la vie éternelle, les autres pour l'opprobre : l'arrière-plan du préambule sur la résurrection des corps.
- Matthieu 25, 14-30 et 25, 1-13 — les talents et les dix vierges, que Jésus fait expressément redire par Matthieu à la fin du même chapitre (596.51).
- Jacques 2, 15-17 — la foi sans les œuvres devant le frère nu et sans nourriture.
Passages cités : Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 596 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.